Julien Baker :: Turn Out The Lights

L’américaine Julien Baker, originaire de Memphis, est tout juste âgée de 22 ans et est pourtant bien partie pour conquérir le monde. Son dernier album, Turn Out The Lights, contrairement à ce que son titre semble indiquer, a tout d’une lumière, chaude et intense, idéale pour éclairer la nuit des écorchés de ce monde.

Si j’écoutais mes aprioris stupides plutôt que la musique de Julien Baker, j’aurais tendance à dire que ce disque est trop facile, trop léger, trop mièvre, trop naïf, trop tout. Mais à lire toutes ces personnes d’horizons divers encenser ce disque, je me suis dis que je faisais peut être fausse route. Et quand c’est comme ça, le plus souvent, j’insiste. Je creuse. Je réécoute. Parfois il ne se passe vraiment rien. Souvent même. Et des fois il suffit simplement d’une deuxième écoute pour voir mes aprioris s’effondrer. J’ose imaginer que c’est le cas pour beaucoup. Et puis c’est la révélation. Turn out the lights est loin d’être trop tout, c’est surtout moi qui était trop bête.
Julien Baker est issue d’un groupe peu connu par chez nous, The Star Killers, devenu plus récemment Forrister. Il semblerait que ses deux albums solos l’aient propulsée dans la lumière, bien avant que l’on entende parler de son groupe. Succès soudain mais mérité.
Turn out the lights est aussi profondément intime que simple. Julien Baker s’y met à nu, sans filtres, partage ses émotions les plus fragiles, ses angoisses, ses failles. Issue de la scène punk, d’apparence frêle, juvénile, gay, chrétienne, Julien Baker est inclassable et insaisissable. Sa personnalité particulière, qui a bien des égards n’inspire rien d’autre que bonté et générosité, est toute la clé de sa musique et peut être bien de son succès. Quand Julien Baker chante ses maux, c’est tout le monde qui est susceptible d’y entendre une voix familière. La forme c’est un délicat mélange, pas bien complexe, de guitare, de violon et de piano. Un peu de tout, équilibré comme il faut pour parfaire chaque instant. Les mélodies sont accrocheuses mais jamais putassières, bien que parfois très dramatiques. Un peu poussives, et alors ? C’est fait tout en délicatesse. Les impressions de déjà entendu sont vite balayées par la réalité : Julien Baker fait du Julien Baker. Et de vos aprioris, comme de votre cœur, elle fera des miettes.
Rien ne sert de résister. Laissez vous habiter. Personne ne vous en voudra si vous vous retrouvez en position fœtale sur votre lit, les yeux humides, alors que vous écoutez Turn out the lights. C’est un effet secondaire à envisager lorsque l’on écoute ce disque. On y trouve trop de vérité pour se mentir à soi-même. Bien que clairement tourmentée, dans ses mots comme dans sa musique, Julien Baker est lumineuse. On l’écoute, on a mal mais on remet le couvert avec plaisir car, au final, Turn out the lights est de ces disques qui ne vous veulent que du bien. Cathartique, universel et sincère. Un album qui a tout autant d’arguments pour rassembler que pour diviser n’est-il pas un bon album ? Je vous laisse juge, mais pour une fois, ce ne sera pas moi le bourreau.

Jocelyn H.