John Dywer :: Witch Egg

© Damien Boyer

Il faut bien admettre qu’il est difficile de suivre le prolifique John Dywer. A peine avons-nous fini d’écouter un album que le californien en a déjà publié un autre ou s’est engouffré dans un nouveau projet. C’est un peu ce qui nous arrive aujourd’hui avec l’arrivée de Witch Egg, album sur lequel le leader de Thee Oh Sees s’accoquine avec Nick Murray, Brad Caulkins, Tom Dolas, Greg Coates. Des francs-tireurs crédités sur des albums remarqués de la scène indé américaine.
Chaque album est pour John Dywer un prétexte à se mettre en danger et allé voir ailleurs si il n’est pas mieux. En l’occurrence ici, Witch Egg permet au californien et sa bande d’explorer un nouveau genre que l’on osera appeler jazz-garage à cause de l’ultra présence du saxophone de Brad Caulkins dans les huit morceaux. S’il fallait encore un peu plus de précision, on dirait que c’est le côté free du jazz qui domine ici.
Le quintet est en roue libre du début à la fin. Ils prennent plaisir à errer sans but vers des sphères étranges et troubles avec des contours plus que vagues. Chaque titre se fond dans le suivant sans aucun avertissement ni repère. On ne sait pas où l’on se situe dans l’album lorsque celui-ci défile sans entrave. C’est comme si la musique déformait complètement nos repères temporels. Cela est probablement dû en grande partie aux cassures mélodiques. On passe allégrement du kraut (‘City Maggot’) au psyché (‘Witch Egg’), du drone (Baphomet) à l’ambient (‘Sekhu’). Mais ce qui domine le plus dans Witch Egg, c’est l’éthique expérimentale du free-jazz. Dit ainsi, cela pourrait faire fuir bon nombre de fans de la première heure. Qu’ils se rassurent, l’équilibre entre le rock garage et le jazz est subtil. Witch Egg ne fait pas partie des albums indigestes du style jazz rock. Comme à son habitude, John Dywer surprend, nous réjouit, nous fait découvrir de la musique pas comme les autres.
De toute façon, nous ne sommes pas au bout de nos surprises puisque l’américain vient d’annoncer la parution d’Enless Garbage, un album encore plus expérimental reposant sur l’improvisation la plus totale.

Damien

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