Jessica 93 Les Trinitaires 22/01/2015

Jessica 93 les trinitaires © Sébastien Grisey

© Sébastien Grisey

Rencontre sans rendez-vous avec Geoffroy Laporte, le cerveau et les bras du one-man-band Jessica 93.

Avant de te rencontrer j’ai fait quelques recherches et lu pas mal d’interviews de toi et j’ai remarqué que tu te prêtais assez facilement au jeu des questions, que tu étais assez loquace, on sent que la promo ne te dérange pas, c’est bien le cas ?

Oui c’est vrai. Je crois que les artistes qui disent que ça les emmerde ce n’est pas vrai. C’est toujours marrant quand quelqu’un s’intéresse à toi, à ce que tu fais. Je trouve ça mieux que de rester dans ma piaule à ne rien faire et attendre le début du concert.

Après « Who cares » qui a été bien reçu par la presse en particulier, as-tu ressenti une certaine forme de pression ? Tu fais de la musique depuis longtemps et tes projets précédents n’ont pas forcément aussi bien marché.

En fait, il y a pas mal de morceaux du dernier album Rise qui avaient déjà été composés au moment où je finissais Who Cares, ou juste à sa sortie. Du coup, le processus de création de ces morceaux s’est fait pendant que je voyais Who Cares commencer à se répandre un peu partout. C’est seulement six ou huit mois après la sortie de Who Cares qu’on a réellement décidé de sortir Rise, mais il n’y avait pas de pression vu que les morceaux étaient déjà écrits.

Et est-ce que tu renouvelles ce procédé pour la suite ? Est-ce que tu composes en ce moment en tournée ?

C’est différent. En fait, j’ai passé beaucoup de temps chez moi depuis la sortie du disque depuis l’automne, j’ai fait quelques petites dates, j’ai bossé réellement à la sortie du disque et c’est seulement maintenant que je commence à tourner vraiment. Mais bon j’ai sorti 3 albums en assez peu de temps et j’ai aussi envie de me laisser du temps. Je joue de la batterie dans un groupe avec des potes, je joue dans un autre groupe qui s’appelle Missfist, on est en train de finir un disque, et je suis en train de voir pour monter un autre groupe sur Paris, bref je suis plus en train de m’aérer, de faire des choses à droite à gauche. Pour Jessica, je vais jouer, faire la tournée tout en me laissant respirer.

Le fait d’être seul sur scène ? c’est une question qui revient souvent dans les interviews.

Oui, ça intrigue. Pourtant il y a plein d’artistes qui sont seuls sur scène et on ne leur pose pas la question. Julio Iglesias par exemple on ne lui dit pas « Merde, julio t’es tout seul ? ». Pour moi, c’était une manière d’être mobile quand je voulais, d’être dispo quand je voulais. Au début c’était pas facile et puis à force on s’y fait. Au début l’installation que j’avais n’était pas tip-top, c’était assez bancal et à force de jouer, tu arranges les trucs pour que cela soit plus simple et maintenant ça me paraît ultra simple, presque naturel, du coup, je me laisse aller au truc.

Justement ton setup sur scène est-il différent de ce que tu as chez toi pour travailler tes morceaux ?

Non c’est exactement pareil, à une ou deux variantes près. Chez moi je joue rarement sur les amplis, j’aime beaucoup jouer directement sur les sonos en fait, je joue généralement sur ma chaîne Hi-Fi.

Le fait d’avoir accès à des scènes plus importantes maintenant cela change quoi ?

Bah c’est cool parce qu’avant je tournais vraiment tout seul et maintenant j’ai besoin d’un ingé son, du coup, j’ai Vincent, on est deux et ça change la vie ! (rires)

Évidemment il y a la question du messin Noir Boy Georges qui apparaît sur la pochette de ton dernier album. Racontes-nous…

Cela faisait un moment que l’on se croisait dans les concerts, les tournées et on avait une date commune à Angoulême l’année dernière. On s’est dit tiens, on a qu’à faire une petite tournée ensemble, d’une semaine et demie deux semaines et la photo de la pochette a été prise à Reims, en début de tournée, malgré la gueule que l’on a. Elle a été faite devant le squat de l’écluse, un lieu autogéré qui est mortel. On a dormi là-bas et la photo a été prise le matin au moment de repartir avec la Visa. C’est Max du groupe parisien Dame Blanche qui l’a prise. Il y a une deuxième photo que j’ai faite avec juste Max et Nafi (Noir Boy Georges) mais l’angle est moins bien, sinon je l’aurai choisie pour la pochette, histoire de ne pas être dessus.

Alors la question cruciale que tout le monde se pose c’est : combien de kilomètres à la fameuse Citroën Visa jaune banane ?

Quand je l’ai eue, elle avait 90 000 et je l’ai bousillée à 110 000 je crois. Elle a fini en petits morceaux.

Pour revenir à ta musique, ne crains-tu pas que le succès actuel t’amène involontairement à transformer ta musique, que tu perdes ce côté « Do It Yourself » qui caractérise ta musique ?

Non non, je continuerai à faire des concerts dans des petites caches, j’en fais toujours d’ailleurs, dès que je peux je passe voir mes potes… Mais bon je ne sais pas, peut-être qu’un jour j’ajouterai des synthés, des cœurs, des violons… (rires)

Et l’écho positif par rapport à ton disque va-t-il au-delà de la France ?

Oui, cela prend un peu partout en Europe et c’est bien, j’en avais envie. Je me suis associé à un tourneur qui me trouve des dates en Europe. Musicfearsatan, le label, commence à bien distribuer le disque un peu partout, faire parler du truc… forcément c’est bien, quand t’es musicien t’as envie de bouger.

Propos recueillis par Sébastien Grisey