Jessica 93 « En France, on veut trop materner les gens »

Metz, jeudi 15 mars, Les Trinitaires, il est presque minuit et les Jessica93 finissent de ranger leur matos (DIY oblige) après avoir livré une prestation puissante, passionnée et sans concessions devant un public messin bien dedans après un démarrage au diesel.
Arnaud en maître du shooting et votre serviteur nous rendons dans les loges où le groupe au complet nous rejoint au fur et à mesure de l’interview. Le groupe se compose de Geoff (chant et guitare), Eric (guitare), Henri (basse) et David (boîte à rythme, tom basse, cymbales et ambianceur de public). Une visiteuse surprise, Paula, chanteuse de JC Satan est également présente en début de partie.
L’ambiance est relax, tous les membres semblent vouloir participer. Ils sont agréables, sincères, plein d’humour et cash.

Rec on !

Geoff : t’avais tilté que c’était un groupe depuis  ?

Electrophone: oui j’avais tilté parce que je t’avais déjà vu en solo.

David : donc c’est quoi votre journal ?

Electrophone: Electrophone. Je ne sais pas si tu connais ?

Geoff : c’est pour la radio ?

Electrophone: t’as la radio et le site.

Geoff : c’est radio FM ou radio web ?

Arnaud : FM

Geoff : FM, c’est cool !

Arnaud : oui, à l’ancienne.

Electrophone : c’est que des gens bien qui écoutent plein de chouettes musiques, comme la vôtre. Il y a un site, une émission radio, des chroniques et des photos de live.

Arnaud : des musiciens aussi, accessoirement !

Geoff : tu joues avec Max en fait (Maxime Garcia, tête pensante de My Lovely Underghround).

David : c’est qui Max ?

Geoff : Max, c’est mon pote.

David : on sait que c’est ton pote mais on l’a pas vu.

Geoff : il s’est barré : sa meuf elle est enceinte et elle commence à fatiguer.

Electrophone : et votre volume de jeu est trop fort…

Geoff : je pense aussi.

David : c’est pas de la musique pour femmes enceintes, c’est de la musique pour que les gens arrêtent de se reproduire (petite aparté entre Paula et les Jessica93 sur la qualité moyenne du son sur scène et du très bon son dans la salle)

Geoff : et du coup, ça passe à la radio l’interview ? on va entendre ma voix ?

Electrophone : non, cela va être retranscrit sur le site.

David : on écrit à la radio ?

Paula : non, ça va être doublé.

Electrophone : y a des acteurs qui vont vous doubler.

Electrophone : ça se passe comment la tournée ? ça se passe bien ?

Geoff : la tournée ? c’est difficile de dire une tournée parce que comme on fait…

David : c’est le système français.

Geoff : ouais, voilà c’est le système français. On joue que les week-ends. Et je t’avoue qu’on a du mal à (…)

David : tu ne peux pas faire une vraie tournée en France.

Electrophone : mais vous avez déjà fait pas mal de dates juste avant ?

Geoff : on a fait une tournée européenne mais c’était 3 semaines d’un coup non stop. Mais là depuis février, on fait les week-ends quoi. On fait deux dates par semaine. Du coup, ça fait moins tournée, on est moins dedans.

Electrophone: oui, il y a des cassures.

Geoff : c’est ça, tu rentres chez toi, tu te fais chier 3 jours et puis tu repars.

Electrophone : et en général, ça se passe bien l’accueil ? il est bon ?

Geoff et David : ouais !

Electrophone : et vous avez joué où en Europe ?

Geoff : on a fait Suisse, Italie, Autriche, Hongrie, République Tchèque, Pologne, Allemagne, Belgique.

Electrophone : vous avez joué où en Belgique ?

Le groupe : Liège et Bruxelles.

Geoff : et on a fini par Beauvais !

Electrophone : vous voyez des différences entre les différents publics ?

 Geoff : c’est plutôt les lieux plutôt que les gens.

David : et du coup, ça fait changer le rapport aux gens !

Geoff : parce que forcément quand t’es en Allemagne, que tu peux fumer, t’as la bière à 2 euros et forcément les gens sont plus détendus.

David : et puis là par exemple le concert il est fini et y a plus personne. Ça ferme direct et tout le monde se barre.

Geoff : les salles en Allemagne, ça termine très tard et ils s’en foutent que les gens traînent. De toute façon, il y a toujours un bar plus ou moins à côté. Du coup, t’as cette impression de (…)

David : hop c’est fini et puis on ferme…

« En France, on veut trop materner les gens, faut pas fumer, pour tes oreilles n’écoute pas la musique forte, faut pas trop boire et faut te coucher tôt. »

Electrophone : oui, en gros, t ‘as fait ton taf et puis c’est fini.

Geoff : c’est exactement ça. Après, je les comprends les mecs : ils bossent, ils sont là depuis neuf heures du mat’ peut-être jusqu’à minuit passé. Je me rappelle à Laval, les mecs ils avaient juste envie de se barrer pendant que nous on était dans les loges en train de fumer de clopes. A la fin, ils ont mis le matos à notre place dans le camion.

David : il n’y a pas que des inconvénients !

Geoff : ils sont tellement pressés qu’ils rangent ton matos. Allez cassez vous quoi !

David : dans les autres pays, c’est plus des bars de nuit, des trucs comme ça.

Geoff : ouais, parce que même à Lindz en Autriche, c’était un lundi mais y avait la teuf toute la soirée. On est parti se coucher, y avait encore la teuf et il était 4 – 5 heures du mat’ et les gens y tisaient, t’avais l’impression que c’était un samedi soir.

David : c’est plus lieu pour boire des coups et là c’est plus lieu culturel – spectacle et puis après terminé.

Geoff : et pourtant c’est des lieux alternatifs culturels les trucs en Allemagne mais ke sais pas c’est plus libre, c’est moins institutionnalisé.

Eric : je sais pas à quel point les gens sont bénévoles ?

Geoff : quand j’ai été payé, le mec il était dans des bureaux, cela ressemblait vraiment à des SMACS, avec des ordis, des bureaux, des machins. Ils font 3 ou 4 concerts par semaine. Et c’est de l’argent de l’État parce que l’organisateur me l’a dit. Il y a des subventions. On était un lundi, y avait pas grand monde et je lui ai demandé si cela allait le faire 400 boules et il m’a dit t’inquiète c’est prévu c’est l’argent de l’État. En fait, c’est comme une SMAC mais c’est pas ultra contrôlé comme en France.

David : ouais mais y a pas les trucs d’intermittence, y a pas ces trucs de professionnels !

Geoff : ouais et puis tu peux cloper, les bières sont pas chères, tu peux rester jusqu’à 5 heures du mat’, faire du bruit. Y a pas ce truc de « on t’empêches d’écouter la musique forte, faire du mal à des oreilles». En France, on veut trop materner les gens, faut pas fumer, pour tes oreilles n’écoute pas la musique fort, faut pas trop boire et faut te coucher tôt. Tu vas à l’étranger, t’as un soulagement par rapport à ça. Après ça dépend, les pays ont tous leur culture différente tu vois. En Allemagne, les gens sont plutôt froids, quand ils t’accueillent, c’est plutôt « Salut » et puis après le concert ils sont ultra contents. Ils ne montrent pas leur sentiment. Tous les pays ont leur propre truc. Les polonais, c’est vrai qu’ils sont vachement ouverts.

Electrophone : je t’avais vu en 2014 en showcase à La Face Cachée (formidable disquaire à Metz) tout seul avec ton looper et maintenant sur scène tu es avec une bande de potes et ça apporte énormément au son du groupe. Ça t’apporte quoi ?  Visiblement, ça te plaît ?

Geoff : c’est clair. Ça m’apporte quoi ?  Ça m’apporte qu’avec le groupe, il y a une autre dynamique, ça me change je ne suis plus prisonnier des boucles et tout. Je peux faire des vrais couplets, des vrais ponts, des vrais refrains, des vrais solos. Puis c’est juste cool d’être en tournée à plusieurs, d’avoir une équipe quoi.

Electrophone : vu que tu as maintenant un groupe, tu comptes changer de nom un jour ?

Geoff : non.

Electrophone : du genre, Jessica93 et les roues de secours. Petit clin d’œil en lien avec les haters qui déversent leur fiel sur les réseaux sociaux ?

Geoff : y en a plein !

Electrophone : c’était un post qui disait en substances que tu rendais service à des intermittents en leur offrant un job.

Geoff : en fait, la première fois où Guillaume a commencé à jouer avec nous la première fois en répète, il était venu par hasard pour boire un coup. Et ensuite, on en a parlé en rigolant dans un bar où on traîne tout le temps. On disait « si tu arrives à avoir ton intermittence juste en tapant sur une cymbale, on aura niquer le système ». Et dans le bar, ça s’est entendu, ça été répété et amplifié. En même temps, le mec il est con parce que c’est cool.

Eric : après, il disait que c’est la pote du chanteur qui l’avait dit !

Electrophone : le mec il n’assume pas…

Geoff : ouais, surtout que moi j’avais répondu en demandant qui était la copine du chanteur. Et le mec a effacé tous ses messages, il a même pas assumé quoi. Après, ça c’est anecdotique mais ce qui est marrant c’est que le mec ne se rend pas compte que c’est cool de prendre ses potes et de les faire intermittents.

David : si  moi j’arrive à te fumer 300 balles par mois à rien foutre, c’est quand même la méga classe.

Geoff : le mec il disait ça en mode « ça sert à rien que ce soit en groupe », en gros que le groupe servait à rien (l’apport du groupe est énorme).

Electrophone (m’adressant aux membres du groupe) : vous venez de quel univers, vous avez joué dans d’autres groupes j’imagine ?

Eric : un peu le même que Geoff en fait.

Geoff : un univers parallèle !

David : moi je viens d’un univers impitoyable.

(rire général)

Eric : putain, moi je réponds sérieux et il raconte n’imp’…

Geoff:  présentez-vous, c’est le moment !

Electrophone: c’est l’idée !

Eric : euh moi je viens pas du milieu pas du tout professionnel. Plutôt le milieu qui organise des concerts, petit réseau DIY punk.

Geoff : je vais le présenter pour lui : il jouait dans un groupe de Paris qui s’appelle Bitpart (de 2010 à 2018). Avant il s’appelait Fatbeavers (de 2006 à 2010).  A la fin de Mobylette Facile, vous commenciez Bitpart, au début de Jessica, ça a le même âge. Et voilà, ils m’ont emmené en tournée pour faire la batterie parce que le batteur pouvait pas faire des longues tournée. Donc ça fait 10 ans qu’on se connaît quoi. J’avais fait de la batterie dans les débuts de Beat part, en 2011 ou 2012.

Electrophone (m’adressant au bassiste) : toi, je t’ai déjà vu avec Marietta à Verdun. C’était une soirée très arrosée.

Henri : ah ouais, attends, c’est avec quel groupe ?

Electrophone : avec Doc Geo.

Henri : ah oui, avec Geo.

David : Doc Gynéco

Henri : j’ai joué avec Marietta, j’ai joué avec Feeling of Love, j’ai joué dans T.I.T.S

Geoff : y a une salle à Verdun ?

Henri : y avait le programmateur de la salle d’ailleurs ce soir.

Geoff : tain, j’aimerais bien jouer à Verdun, trop envie de visiter Verdun.

David : on pourrait aller voir les tranchées et tout. Ambiance poilue quoi ! (Imaginant le groupe jouant à Verdun ) ça va les poiluuuus ! »

Geoff : ça doit être trop bien bien, il doit y avoir des champs entiers avec des trous d’obus de ouf. Je pense qu’ils ont dû conservé pas mal de trucs, comme en Normandie.

Electrophone (m’adressant à Henri) : t ‘as pas l’impression d’être un peu une réincarnation de Simon Gallup, le bassiste des Cure ?

Henri : je ne le connais pas.

David : ah, Simon Galloup !(prononcé à la française et répété 3 fois)

(rires)

Geoff : moi je trouve que des fois, il fait des grimaces à la Sid Vicious.

David : et il a la coiffure du mec qui fait le tambourin dans Brian Jones Massacre.

Geoff : c’est un mélange de Sid Vicious, du mec de BJM !

David : en fait, t’es né pour être une rock star !

Henri : je suis né pour me mettre mes gros pieds dans la drogue c’est ça ?

David : ouais, t’es né pour être drogué !

Geoff : et tu sais que Bertrand Cantat fait du mal à la communauté des drogués ? On ne dit pas assez qu’il fait du mal au monde de la drogue.

Electrophone (m’adressant à David, maître de la boîte à rythme, du gros tom et des cymbales) : et toi, qui es-tu ?

David : moi ?

Electrophone : d’où viens tu, où vas-tu ?

Le groupe : c’est la star du groupe !

David : euh, en fait si le groupe change de nom, cela va s’appeler Davis Snug and the Jessica93 déjà. Je fais la BD et euh c’est moi qui ai lancé Geoff un peu.

Geoff : ouais, c’est vrai.

David : j’ai organisé le premier concert de Jessica93 ; donc c’était un retour normal.

Electrophone: un retour sur investissement ?

David : sur investissement oui, et il paraît que c’est moi qui ait trouvé le nom  mais je ne m’en rappelle plus.

Geoff : ouais, enfin on l’a trouvé ensemble on va dire.

Electrophone : à ce sujet, il y a autant d’explications du nom qu’il y a eu d’interviews. Est-ce qu’il y a une vérité là derrière ? vraiment quelque chose de vrai ?

Geoff : ouais, y en a une mais faut la trouver. En fait, faut prendre toutes les  explications et les remettre dans le bon ordre. Y a un peu de vérité dans toutes les explications.

David : en fait, quand Geoff est né à Montreuil en 81, cette même année à Montreuil, il y a eu 93 Jessica qui sont nées à Montreuil.

Eric : on a une justification pour chaque interview.

Electrophone : vos explications paraissent cohérentes à chaque fois.

Geoff : ah bien sûr puisqu’elles sont vraies !

David : faut que ce soit cohérent.

Geoff : ça se verrait si elles étaient fausses !

Electrophone (en voyant le vinyle de Bras Mort dans les mains de Geoff) : très bon disque le récent Bras Mort !

Geoff : ah ouais, carrément. On a joué avec eux à Épinal il y a 3 semaines.

David : il était là Naffi ce soir ?

Geoff : non, il était pas là. Il gardait son gamin.

Electrophone : tu as pas mal de potes sur Metz ?

Geoff : ouais, carrément.

David : sur MeTz !(avec le « T » prononcé)

Geoff : il y Naffi (Noir Boy George), Max (MLU), et en ce moment je commence à connaître Julien (Julien aka The Austrasian Goat et maître es mastering d’une grande partie des sorties vinyles sur Metz depuis un paquet d’années sur les labels de la Face Cachée, Specific Recording, 213 Records…)

Electrophone : et Austrasian Goat, vous connaissez ?

Geoff : ouais. Et je suis ultra pote avec Pabel de Nancy. Il jouait dans Death to Pigs avant. Et Julien a remplacé Pabel. J’ai vu Death to Pigs la première fois en 2008. J’ai mis le temps avant de les rencontrer mais je savais qui c’était.

Electrophone : je sais pas si tu connais  l’album Paved Intentions de Austrasian Goat,c’est un album plutôt dark folk, c’est merveilleux.

Geoff : j’ai pas encore écouté.

Electrophone : on parle un peu de ton dernier album ?

Geoff : ouais.

Electrophone : c’est qui les Guilty Species (titre de l’album) ?

Le groupe : c’est un peu chacun d’entre nous.

Geoff : c’est un peu tout le monde. C’est ma manière de parler des êtres humains. Tu seras toujours coupable de quelque chose. Comme c’est lui qui a inventé le concept, donc c’est un juste retour des choses. Le chat, il se fait pas chier avec la culpabilité. Si il fait tomber un vase, exprès en plus, il culpabilise pas.

David : ouais mais le chat est-ce qu’il a la notion que le vase appartient à quelqu’un et qu’il a pas le droit d’y toucher ?

Geoff : non, il a pas ce problème de conscience, de possession, de tout cela. Et tout cela, ça mène à la culpabilité. Et c’est pour cela que l’humain est une espèce coupable.

Electrophone : c’est un peu l’idée de la religion en fait ?

Geoff : ouais.

David : c’est à cause des chats le titre de l’album !

Geoff : en grande partie, oui.

Electrophone : c’est peut-être cela l’explication du nom du groupe. Jessica c’est un chat !

Geoff : ouais, Jessica c’était le chat de ma sœur.

David : c’est Kâ en patois normand, ça veut dire chat. J’ai six Kâ, j’ai six chats. 93, neuf moins trois égal 6. J’ai six chats 93.

Electrophone : l’album a un son très puissant par rapport aux précédents. Il y a quelque chose qui a changé au niveau technique ?

Henri : la maturité de l’ingé-son.

Geoff : on a enregistré sur bandes, ce que je voulais faire depuis longtemps. Et Vincent qui nous fait le son en live et avec qui j’enregistre les disques depuis Who Cares, cela faisait longtemps que lui aussi voulait s’y mettre. Jusqu’à présent, il avait que ProTools et euh lui son boulot c’est de mixer des trucs pour la télé et pour les films. Du coup, ProTools il connaît vachement bien. C’est un jouet pour lui. Il connaît tous les raccourcis aux doigts. Et là, il avait trouvé un huit pistes à bandes et il était tout content. C’était sûr qu’on allait enregistré avec ça. Et le son est forcément différent.

Electrophone : le son est plus naturel.

Geoff : ouais, ça s’y prête bien, pour faire du rock’n’roll. Et là, on a enregistré deux titres avec cette formule-là sur bandes il y a deux semaines.C’est cool et ça sonne bien !

Electrophone : tu n’envisages pas un jour de jouer uniquement avec un batteur humain et laisser tomber la boîte à rythme ?

David : je te sens arrivé ! Un vrai batteur.

Geoff : à la base, j’ai crée le groupe tout seul. Donc j’avais pas d’autre moyen que d’utiliser la boîte à rythme. Mais j’aime bien l’idée de sonner français comme les Bérus, Metal Urbain. C’est le folklore du punk parisien. J’aime bien garder ce style, ce folklore. Du coup, je continue à garder la boîte à rythme. Ça fait pas parisien d’avoir un batteur. Parce qu’à Paris, c’est chaud pour choper un local de répète, tu fais trop de bruit tout de suite, donc la boîte à rythme c’est pratique t’es chez toi. Si on était de Amiens, on aurait peut-être joué avec un batteur.

Electrophone : Autre changement, plus aucun effet sur ta voix. Je trouve que les émotions passent mieux comme cela.

Geoff : à la base, si je mettais de la reverb, c’était pas par effet de style. C’est juste que je chantais comme une daube. Si je mettais ma voix sans reverb, c’était vraiment atroce. Donc je mettais plein de reverb et ça sonnait bien. Les gens se disaient que c’était génial. Et là, on a à nouveau mis de la réverb et comme le son était brut et direct, si tu mettais une reverb sur la voix, ça sonnait à part. Et en même temps, à force de jouer depuis toutes ces années, j’ai commencé à m’y faire, à ma voix, à assumer le truc.

Electrophone : selon moi, la véritable marque de fabrique de Jessica93, ce sont les lignes de basse et ton son de basse assez agressif. Tu as conscience de cela ?

Geoff : en fait, sur les premiers Jessica, tu entends mon son sur tous les instruments puisque j’ai tout fait. Et forcément, quand je joue de la basse, je fous toujours de la disto, j’adore ça. Je peux pas jouer sans disto. Et j’ai cette notion d‘une chanson où tu peux avoir une guitare qui tourne en boucle et c’est la basse qui mène le truc. Et pourtant, j’ai essayé de faire autant de morceaux avec la guitare et la basse en lead. Pour que ce soit pas trop chiant. Mais les morceaux qui marchent le mieux, ce sont ceux où la basse fait les modulations. Je remarque que les titres qui ont le plus marché Away, Love, c’est la basse qui est devant.

Electrophone : tu es content de ton bassiste ? il a un putain de son !

Geoff : ouais, à fond. Ça t’a plu ? Il relève le défi ?

Electrophone : clairement !

Electrophone : dans pas mal d’interviews que tu as données, on te compare souvent à Nirvana, Cure…cela te saoule ou tu t’en fous ?

Geoff : ça me saoule pas et de toute façon cela ne change pas grand chose au truc. On fait avec. Il y a beaucoup de trucs qui me saoulent mais on peut pas dire que cela en fasse partie. Après, ce qui me fait chier dans ce truc-là, c’est que tu te fais chier à faire des morceaux. Quand j’écoute mes disques, j’ai pas l’impression d’avoir fait un plagiat de Pornography (album culte de The Cure). Quand on te balance constamment cela dans la gueule, tu te dis putain soit les gens n’écoutent pas ou soit c’est vraiment moi qui fait une copie conforme de Pornography. Je serais dég’ de moi ! Horrible quoi…

Electrophone : mais ça peut être compris comme un truc très positif !

Geoff : je comprends pas ça, c’est comme quand tu dis à quelqu’un qu’il ressemble à quelqu’un. Si jamais je vois quelqu’un qui ressemble à quelqu’un d’autre, j’irai jamais lui dire. Je trouve cela insultant. En gros, t’as aucune personnalité, t’es qu’une copie. Y a des gens sur Internet, dès qu’il y a une photo de moi, ils foutent des photos de Kurt Cobain. Et ça me fait chier tu vois. Ils comprennent pas ça. Une fois, j’avais répondu en mettant une photo de moi lui faisant un oid et le gars m’a répondu « désolé, je savais pas, c’était pour te faire plaisir ». Mais je ressemble à moi. Et c’est pareil pour la zik, quand on te dit tout le temps que tu ressembles à tel groupe, c’est chiant. T’as l’impression d’avoir un peu de personnalité et en fait non…

Electrophone : pour rebondir, quelles sont tes influences musicales ?

Eric : Pornography !

Geoff : Pornography et Kurt Cobain !

(rires)

Geoff : mes influences, cela se retrouve plus dans la manière dont je joues les instruments, plus que dans les chansons.

Electrophone : il y a un côté métal dans ta musique.

Geoff : carrément ! ça, y a pas grand monde qui me le dit tu vois. Et même le mec du HellFest (le groupe y passera en juin de cette année), il voulait pas nous caler dans le festival parce qu’il ne voyait pas le pont Jessica et le métal. Mais je pense qu’il voyait tout ce qui a autour, le folklore, l’image. Mais le gars il a juste pas écouté les musiques parce que tu vois, il y a des morceaux comme « Sweet Dreams » sur Who Cares qui sonnent carrément métal dans l’ambiance.

Electrophone : dans la lourdeur aussi !

Geoff : ouais et Guilty Species aussi je trouve. Après voilà, quand je joues la guitare, je suis toujours influencé par Steve Albini, Big Black, Robert Smith. A la basse, je suis vachement inspiré par L7, les basses grunge avec plein de disto. La boîte à rythme, j’essaie juste d’en faire qui sonnent comme le batteur des Melvins.

Electrophone : tu as plein d’influences différentes en fait.

Geoff : ouais, cela va de Bérus à Dead Can Dance.

David : c’est très reggae quoi !

Henri : du dub aussi !

Geoff : une bonne dub. La dub de veau. Je vois pas très bien ce que c’est le dub en fait. C’est juste des grosses basses ?

Henri : t’as des morceaux de Bauhaus qui sont vachement dub !

Electrophone : et le clip de RIP, c’est justement un pied de nez à toutes ces comparaisons ?

Geoff : rien à voir, c’est juste qu’on était bourrés et on est parti sur cette histoire de conspiration. Il y a même des journalistes qui le marquent sans nous avoir posé la question. Ils partent du principe que (…)

Electrophone : ils parlent à ta place !

Geoff : ouais !

David : Kurt Cobain, c’est Jésus.

Geoff : on était parti là dessus, que Cobain c’était un martyr.

David : Jésus devait revenir en 2000 et il est pas revenu, c’est quoi ce bordel !

Electrophone : comme dans l’épisode de South Park où Dieu revient en 2000 sous la forme d’un poney mauve.

Geoff : dans la Bible, c’est écrit qu’il revient 2000 ans plus tard. Les passages qu’il y a dans le clip, j’invente rien, ce sont des vrais passages de la Bible. De vrais psaumes et tout.

Electrophone : il est génial ce clip !

David : du vrai travail de montage !

Geoff : t’as pas vu le dernier clip, qui sortait aujourd’hui ?

Electrophone : si, je l’ai vu. C’est du DIY !

Geoff : ah ben non, c’est du travail de professionnel. On a filmé tous les soirs pendant les 3 semaines de la tournée en Europe.

Electrophone : et le DIY, c’est un choix ou non ?

Geoff : c’est difficile de répondre. En France, les gens nous connaissent, ils savent d’où on vient mais à l’étranger, non. Dès que tu passes la frontière, les gens comprennent pas. Par exemple, en Allemagne, « RIP » cela ne les fait pas marrer. Ils ne comprennent pas. Ils le prennent au premier degré. Le site post-punk qui a relayé le truc, tout ce qu’il a relevé c’est que je dis « fag » dans le refrain et que sorti de son contexte ça pourrait être homophobe. Or, je le sors pas de son contexte ! Et en fait, chaque pays à son truc. Et je sais qu’à l’étranger, c’est des clips qui ne nous servent pas. C’est pas ça qui va nous aider à ce qu’on soit pris au sérieux. On passe pour des guignols…

Electrophone: c’est assez étrange parce que quand tu vois les milliards de merdes qui sont publiées sur le Net, là dans votre clip il y a de l’humour justement.

Geoff : les gens s’attachent à l’apparence.  Donc si tu fais ton clip en HD, cela veut dire que t’es un groupe sérieux avec des prétentions sérieuses. Donc les groupes sérieux qui font des trucs au portable, les gens comprennent pas. Ils se disent « c’est des branleurs » . En tout cas, je le pense.

Electrophone : Et l’album, il marche en dehors de la France ?

Geoff : non parce qu’il est distribué par des labels français et ils ne le sortent pas à l’étranger.  C’est le problème franco-français. Et pas qu’à notre petit niveau. La France reste en France, l’exception culturelle. Tout ça c’est chiant mais bon…

Electrophone : et tu aimerais les sortir à l’étranger ?

Geoff : carrément oui. D’ailleurs, pour les prochains disques, on aimerait travailler avec des labels à l’étranger. Si on continue à faire comme maintenant, on va droit dans le mur et on va tourner en rond…

Electrophone : merci à vous pour cette interview !

Geoff : merci à toi d’avoir eu la patience de nous écouter !

L’interview se termine, nous nous saluons et Paula nous interpelle en nous demandant l’enregistrement. Elle nous demande si on a abordé des sujets capitaux, comme le sexe et le sperme…Good night Metz !

Propos recueillis par Christophe et Arnaud

Photos Arnaud

Merci à Pauline, Juliette et l’équipe des Trinitaires