Jean-Marie Massou :: Sodorome

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le nom de Jean-Marie Massou ne vous évoque rien ? C’est normal. A moins d’être amateur de savoureux mais obscures documentaires, de trainer dans des expositions qui partent à la pêche aux talents improbables ou tout simplement de vous promener dans la forêt Bouriane, où celui-ci vit isolé, il est fort peu probable que vous ayez jamais entendu parler du bonhomme. C’est un artiste qui existe en marge de tout, au nom de rien et qui pourtant s’adresse à tous. Il est un peu le meunier hurlant d’Arto Passilinna mais qui ne hurle plus, qui chante paisiblement, d’une voix rocailleuse et puissante. Jean-Marie Massou a un message pour vous, plein même, que vous ne comprendrez pas forcément mais alors qu’est-ce que c’est beau, brut aussi, comme un diamant jamais poli.

Ce double vinyle qui est le premier de Massou, au doux nom de Sodorome, on le doit à l’association Vert Pituite La Belle qui, à travers sa collection La Belle Brute, a décidé de mettre en avant la pratique brute des musiques. Ici, avec Jean-Marie Massou, il faut entendre le « brut » au sens d’art brut. Un art qui relève de l’intimité, qui ne répond à aucun public. Un art estampillé « art » qu’une fois révélé à la lumière du jour, celui qui a toujours existé et existera toujours dans les limbes obscures de la créativité de son créateur. Un art qui n’est donc pas « art » mais « vie », pur produit d’un imaginaire qui assimile ou s’affranchit de la norme et qui ne résulte que d’un besoin vital d’expression. Sodorome est donc une bouffée d’air frais dans un paysage musical qui semble souvent tourner en rond. Avec Jean-Marie rien ne tourne rond et c’est génial. Un peu de folie et beaucoup de poésie. L’art a-t-il seulement besoin d’autre chose ?

Sodorome se découpe en 4 actes. On a tout d’abord Les complaintes à la citerne qui, comme le nom le laisse entendre, sont des complaintes chantées par Jean-Marie Massou dans une citerne. Sa voix, aussi sincère que fragile, est ici sublimée par la réverbération qu’offre la citerne. Après écoute, étrangement, ces mélodies se collent à votre esprit et se rappellent perpétuellement à votre bon souvenir. N’avez-vous jamais entendu cette petite voix chantonner dans votre tête une mélodie parfaitement reconnaissable mais non identifiable ? Cette petite voix c’est celle de Jean-Marie Massou qui chante dans une citerne. Vient alors Massou chante avec. Il accompagne de sa voix des enregistrements de chansons bien connues, de tous horizons, qu’il imite, détourne ou commente.  Il fait ce que l’on a tous déjà fait en allumant la radio, chanter de façon décousue mais habitée. On ne pense jamais à s’enregistrer quand on fait cela. Pourtant, il y a probablement un peu de magie à capturer dans ces moments d’égarement ou de déclamations solennelles et passionnées, c’est tout du moins ce qui ressort avec Jean-Marie Massou. Peut-être sonnerions nous juste comme des casseroles ? Allez savoir. En tout cas ces petits collages sonores ont bien une raison d’être. Dans Le goût des jouets on bascule dans quelque chose de plus enfantin, innocent j’ai envie de dire, des histoires contées par Massou, des berceuses et des instants jouissifs qui se traduisent, par exemple, par un accompagnement à plein poumons du titre May it be d’Enya, celui la même qui a fait le générique du Seigneur des Anneaux. Enfin, cette étrange double galette se conclue sur La médecine à couler et les petits oiseaux. 17 minutes qui débutent comme une sorte de chaos sonore du quel émerge progressivement une impression de conclusion hollywoodienne, pleine de nostalgie et de mélancolie, toute décousue dans la voix de Massou. Une ode déchirante et débraillée à Mary Poppins, émaillée de faussetés qui transpirent l’humanité.

Sodorome est donc de ces rares diamants bruts, fait de petits collages touchants et porté par une voix dont la justesse se trouve dans l’émotion et non pas dans la capacité à chanter techniquement juste. Il ne faut pas écouter Sodorome dans l’idée d’un objet musicale normé et codifié, il faut écouter Sodorome pour ce qu’est Sodorome, une œuvre sonore non identifiée à laquelle il est pourtant si facile de s’identifier.

Jocelyn H.