Jay Som :: Anak Ko

© Lindsey Byrnes

Le second album est toujours une chose délicate à composer surtout lorsque le succès du premier album est arrivé un peu par hasard. L’Américaine Mélina Duterte qui s’est fait connaître sous l’alias Jay Som en sait quelque chose. Son premier essai, Everybody Works sorti en 2017 chez Polyvinyl Records, a connu un succès d’estime qui a surpris son auteur.
Everybody Works a radicalement changé la vie de celle qui, jusque-là, passait son adolescence à enregistrer tranquillement des chansons indie-pop dans sa chambre seule, à étudier la trompette jazz et à chanter dans les karaokés. Du jour au lendemain, Jay Som s’est retrouvée à l’affiche des plus grands festivals et à partager la scène avec Paramore, Death Cab for Cutie ou encore Mitski.
Alors, comment renouveler sa musique sans trahir les attentes d’un public voulant un second  Everybody Works ? Jay Som offre une réponse à cette question  avec le superbe Anak Ko, terme signifiant ‘mon enfant’ en tagalog, un dialecte autochtone Philippin dont est originaire la mère de Jay Som.
Pour concevoir ce beau bébé, Jay Som a déménagé à Los Angeles puis s’est isolée quelques temps dans le Parc national de Joshua Tree. Comme sur le premier album, Mélina a donc composé seule les neuf nouveaux titres d’Anak Ko. Mais, la grande nouveauté cette fois-ci, c’est qu’elle a fait appel à d’autres musiciens pour les enregistrer. Pour l’épauler, elle s’est notamment entourée de Laetitia Tamko de Vagabon, Annie Truscott de Chastity Belt, Justus Proffitt, Taylor Vick de Boy Scouts, ainsi que les membres de son backing band Zachary Elasser, Oliver Pinnell et Dylan Allard. Ensemble, ils ont apporté une nouvelle fraîcheur au son de l’américaine et ont permis à Jay Som de se concentrer sur la production. C’est sur ce point qu’Anak Ko est le plus surprenant. Les belles mélodies pop rêveuses au goût lo-fi que l’on a découvert sur Everybody Woks possèdent désormais l’écrin soyeux qu’elles méritaient.   Pour trouver ce son, Jay Som avance qu’elle s’est inspirée de Prefab Sprout, Cocteau Twins ou encore Slowdive. Le raffinement mélodique est donc au plus haut niveau. Nous sommes face à des minis cathédrales pop dont le style serait passé de l’austérité romane à la luxuriance gothique. Ce n’est pas pour autant que l’on entend ici des mélodies sophistiquées et difficiles à appréhender. Jay Som sait rester simple avec des pop song à la fois accrocheuses et tendres. Pour s’en rendre compte, il suffit de se laisser bercer par les cordes de Nighttime Drive ou de s’enivrer avec les guitares distordues de Peace Out.
Jay Som passe le cap du deuxième avec virtuosité et quitte en même temps l’adolescence lo-fi pour le monde des adultes raisonnés et matures.

Damien