It It Anita

IT IT ANITA © Jérôme Sevrette

© Jérôme Sevrette

La Belgique une fois de plus à l’honneur sur Electrophone. Favoritisme de votre serviteur ? Que nenni ! Juste que ce quatuor de la Cité Ardente (Liège) est un grand « petit » groupe dont la réputation ne cesse de grandir petit à petit (plusieurs tournées DIY en France dont un dernier et excellent passage à l’Autre Canal de Nancy en décembre dernier, participation future au festival The Great Escape à Brighton). Quatre guerriers post-rock prêts à faire fondre n’importe quel métal en leur présence. Des vikings belges en somme.
IT IT ANITA donc. Pourquoi ce nom ? Pourquoi ces pochettes mystérieuses, sensuelles et esthétiquement parfaites ? Pourquoi cette musique furieuse, accrocheuse, mélodique et addictive ? Pourquoi ce mélange d’ombre et de lumière, de calme et de tempête ? Si tu veux la réponse, alors pose ton morceau de cire sur la platine ou bouge ton doigt pour cliquer sur ton téléchargement légal et monte le volume (on n’est pas au couvent) !
IT IT ANITA a sorti ces 2 EPs cinq titres en 2014 et 2015. Une manière intelligente d’essayer d’accrocher l’auditeur sans lui infliger l’écoute de 10 titres d’affilée. Un parti pris qui leur permet de présenter deux brûlots punk-post-metal-noise rock (pour la définition, s’adresser à un rédacteur du NME).
Les 2 albums sont des tueries absolues. Pas de répit entre les titres. Pas de remplissage intempestif. Pas de formatage pour plaire (des intros de plus de 3 minutes sur plusieurs titres, à l’ancienne). Pas de message politique à la con. Juste un instantané inflammable à chaque seconde, un bain d’acide jeté dans ta face. Bonheur ! Deux guitares bien sales et vicieuses qui copulent avec une section rythmique reptilienne. Deux voix d’âmes noires éructant des lyrics mystérieuses ( we cross the bridge, we’re safe) au service de la mélodie.
Tour d’horizon détaillé de ces deux diamants bruts.

IT IT ANITA :: S/T
G Round – intro spatialo-trippante façon Pink Floyd / Brian Jonestown Massacre. Explosion en crescendo de guitares raides et sales sur une rythmique martiale. La basse groovy entre et la lente orgie sonore peut démarrer jusqu’à l’agonie finale où des spasmes de Fender rugissantes viennent transpercer la stratosphère. Décollage façon catapulte dès le premier titre.
Tacoma – à peine le temps d’inspirer, un break de toms et ça part directement en punk-rock brûlant. Titre entre ombre et lumière. Renversant et surboosté, planant et mystérieux. Atterrissage de l’autre côté de la rive en seconde partie où semble se dérouler une cavalcade sous speed. « We cross the bridge, we’re safe »…
F# – roulement de tambour façon numéro de cirque et bam !! Titre ultra court, sans concession. La cavalcade a mal tourné et l’auditeur tente d’échapper à un agresseur qui le poursuit. Sentiment d’oppression garanti. Guitares furieusement punk rock à nouveau et solo salement fuzzy. Chants hurlés comme des uppercuts à répétition.
NPR – à mes oreilles, le sommet de l’album. Titre envoûtant qui oscille entre sensation cotonneuse et sentiment d’urgence. L’auditeur a pris place dans un Space Mountain incontrôlable. « Raise your hands and pray… »
Lightning Bolt and Man Hands – superbe reprise de la chanson de Hymie’s Basement. Belle prise de risque que de conclure cet album chauffé à blanc par un titre aux volutes opiacées. Tempo lent, arpèges Mogwaiesques et ambiance bruitiste discrète façon Sparklehorse. Superbe !

IT IT ANITA :: RECORDED BY JOHN AGNELLO
Imposter – entrée en la matière virulente. Squier customisée dégueulant une intro bourdonnante et fuzzy qui ferait passer le son d’une tronçonneuse de série Z pour de la musique de chambre. Déflagrations et accalmies tout au long de ce titre parfait, encore accentué par les deux chants désespérés en contrepoint passés au filtre d’un delay analogique au feedback généreux. Une sorte de combat à la conclusion lente et inexorable. Une bombe à fragmentation dans tes oreilles. Orgasmique !
L’invention du chien – bruit et existentialisme musical. Les speakers crachent leur feedback pendant cette sublime intro de 3 minutes embrumée et fantasmagorique. Tempo lent pour cette sinueuse agonie au pays de la solitude.
Templier – titre au pedigree garage rock, droit comme un défilé militaire passé en accéléré. On retrouve la même faculté à balancer une énergie punk en anaérobie que sur le premier EP (et en particulier F#). Et ce piano chétif façon Stooges vient intensifier cette transe électrique. « Fucked up my life like anyone else… »
Le Grand Tour – fin d’album risquée avec un titre fleuve complètement énigmatique. Un magma en effervescence alimenté par des accords impériaux de grand piano, de lignes filandreuses tissées à l’E-Bow, de batterie Bonhamienne qui claque et de samples de voix étranges et spectrales.
Affaire à suivre : le groupe vient de terminer l’enregistrement de son troisième opus et sera sur les routes de France en avril.

Christophe