Interview Vinyles :: The Limiñanas

Jeudi 31 Janvier c’est soir de concert à L’Autre Canal. Hoboken Division, nos régionaux de l’étape qu’on ne présente plus ont l’honneur d’ouvrir pour les Limiñanas, une soirée concert immanquable pour Electrophone ! Quelques instants avant leur concert Lionel et Marie Limiñana nous ouvrent chaleureusement les portes de leur loge et prennent le temps de répondre à nos questions. En retour, nous leur concoctons une interview vinyle, le concept est simple : on leur demande de piocher dans une mallette à vinyles triés sur le volet par nos soins. À chaque disque la question qui va avec. Arnaud m’accompagne pour faire quelques photos. C’est parti.

VINYLE 1 // THE VELVET UNDERGROUND AND NICO

Élie : Le titre ‘The Gift’ qui se trouve dans votre dernier album est-il un clin d’œil à celui du Velvet Underground ? C’est un groupe fondateur pour vous ? Quelle importance a-t-il dans votre musique ?

Lionel : Ça doit être inconscient, ou pas. Il y a plein de groupes qui ont fait des chansons qui s’appellent ‘The Gift’, t’as l’album des Jam qui s’appelle ‘The Gift’ et qui est super aussi. Même si ce n’était pas conscient c’est un morceau qu’on adore, ce qui est certain c’est que les Velvet m’accompagnent depuis mes 10/11 ans. C’était des disques qui trainaient dans les bacs de mon grand frère. Du côté visuel t’es déjà interloqué par la pochette parce qu’il n’y a pas le nom du groupe dessus, t’as que Andy Warhol (je ne savais même pas qui c’était à l’époque). Quand tu regardes les photos derrière y’a un violoniste, ce qui est assez bizarre pour cette époque-là. À l’écoute le disque devient encore plus étrange, on dirait des comptines pour enfants. Plus tard quand tu commences à comprendre les textes, tu pars complètement dans une autre interprétation. T’as un côté trans, hypnotique hyper moderne dans ce disque. J’ai aussi adoré leurs autres disques et c’est aussi la période où tu découvres les Stooges, le MC5, Suicide et tous ces trucs derrière. D’ailleurs, j’ai racheté le vinyle des Velvet il y a 3 semaines parce que je l’avais paumé.Je continue de l’aimer vraiment profondément, il fait partie des disques qu’on écoute depuis 30 ans et qui sont importants. Du côté influences, c’est pas qu’on ait cherché à pomper ces groupes là mais à force d’écouter ce genre musique et de ne pas être très techniques musicalement, ben quand t’apprends à jouer de la guitare au lieu d’apprendre sur un morceau de téléphone ou de trust,tu chopes les accords de base du Velvet, des Cramps ou des Stooges qui sont toujours des morceaux géniaux à trois accords. Plus tard, tu te rends compte que quand t’as appris à jouer comme ça, tu te mets automatiquement à composer de la même manière. Après au niveau des arrangements et notamment de la batterie de Marie, c’est clairement une influence aussi, comme eux on a chopé l’idée d’avoir une batterie hyper minimaliste, sans cymbale, sans charley de manière à laisser de la place aux autres pistes et à ne pas trop perturber le spectre. Parce que quand tu fous un coup de cymbales t’en a pour 5 minutes quoi ! (rires).

VINYLE 2 // SERGE GAINSBOURG – L’HISTOIRE DE MELODY NELSON

Élie : On compare souvent votre musique à celle de Gainsbourg.

Lionel : Alors je me suis interdit d’écouter ce disque là depuis un bon moment tellement je l’ai écouté et tellement j’avais peur de m’en écœurer. Un peu comme quand tu bouffes des pâtes pendant un mois et qu’à un moment donné c’est trop, ben là c’est pareil. Pendant presque un an ou deux j’ai écouté cet album en allant au boulot dans mon walkman, c’était pile poil la durée de trajet de mon bus. Je fermais les yeux et je bloquais tous les jours sur tout en fait ! D’abord tu bloques sur le disque, tu rentres dans l’histoire et puis au bout d’un moment tu bloques sur les arrangements avec toutes les reverbs, les basses… C’est vraiment un disque incroyable et assez court, y’a peu de morceaux. D’ailleurs un coffret est sorti avec un inédit ou deux mais qui servaient pas à grand-chose, il a vraiment su garder l’essence de l’histoire.

Élie : Et votre façon de chanter très narrative vous vient-elle de ce disque ?

Lionel : L’idée d’avoir des textes lus, du « talk over » elle vient de là entre autres. Ça vient aussi des disques d’histoires pour enfants qu’on aimait bien quand on était gamins. Dès qu’on a commencé le groupe on s’est tout de suite amusé à chanter comme ça tous les deux. Mais évidemment, on ne prétend pas du tout arriver à la cheville de ces gens-là mais l’idée d’avoir une narration et de raconter une histoire avec un début un milieu et une fin c’est un truc qui continue de nous intéresser vachement.

VINYLE 3 // NEW ORDER – POWER, CORRUPTION AND LIES

Élie : Que représente pour vous New Order / Joy Division et leur musique ?

Lionel : Là encore, c’est des disques qui trainaient dans les collections de disques de mes frères et sœurs et que j’écoutais tout gamin. Même remarque que pour les Velvet, quand tu regardes la pochette du vinyle ben t’as aucune information dessus à l’inverse des albums de rythm’n’ blues, des albums de Otis Redding où là les choses sont claires : sur la pochette t’as soit le chanteur ou le groupe qui apparait et des indications sur les chansons. Pour le Velvet ou New Order y’a rien du tout ! J’avais même pas compris que ça représentait une disquette à l’époque (rires), y’a pas de crédits non plus, c’est le minimalisme total ! Musicalement je retrouve pleins de choses du Velvet là-dedans, ils ont la même démarche dans leur manière de travailler : la répétition et la trans. Ça m’a permis aussi de mettre un pied quand j’étais ado dans cette musique à la fois électronique et mélancolique.

Élie : Et comment vous est venue l’idée de collaborer sur plusieurs morceaux avec Peter Hook ?

Lionel : Alors on n’aurait jamais osé essayer, sauf qu’on a rencontré la personne qui est devenue notre éditeur aujourd’hui et qui s’appelle Michel Duval et qui a monté Because Edition. C’est Michel qui à l’époque a organisé le légendaire concert de Joy Division avec William Burroughs à Bruxelles. Il a toujours entretenu un lien d’amitié avec les membres de Joy Division et de New Order derrière. Quand on a signé chez Because, Michel nous a demandé ce qui nous ferait plaisir, on leur a répondu qu’il y avait vraiment deux trucs qui nous feraient rêver : une ligne de basse de Peter Hook sur une chanson et un jour de travailler avec Warren Ellis.

Marie : Mais tu l’as lâché comme ça,c’était pas préparé !

Lionel : Oui vraiment ! (rires) Et Michel a dit Ok. Il est parti dans son bureau, nous on est resté boire un coup avec Pascal Comelade. Un quart d’heure après Michel est redescendu et nous a dit : « vous aurez des nouvelles en rentrant à Perpignan la semaine prochaine ». Une semaine après, on reçoit un mail du staff de Peter Hook qui était en tournée (parce qu’il est tout le temps en tournée, il tourne comme un avion). Il nous a demandé de lui envoyer des démos. Dès qu’il est rentré de tournée il a réservé un studio à Manchester et a enregistré des lignes de basses et de chant.Un beau matin on a reçu des fichiers Wave des prises de Peter Hook, on les a monté sur notre démo et là on s’est retrouvé avec le son qui nous avait accompagné depuis tout gamin, c’était vraiment une sensation hyper émouvante et hyper bizarre. Pour notre dernier album Shadow People on lui a demandé s’il voulait bien faire la chanson ‘The Gift’ avec nous et il a dit oui. Pour le prochain album ça va se faire aussi. D’ailleurs, je pense qu’à la longue on arrivera à faire un album entier de nos collaborations avec Peter Hook ! C’est un mec qu’on a rencontré qu’une fois c’était dans les loges du Trianon, c’est un anglais dans toute sa splendeur, hyper gentil et c’est un musicien incroyable. Son style de basse est unique au monde, c’est un des rares bassistes à avoir utilisé la basse comme un instrument lead et mélodique sans non plus que ça soit bavard et avec une base hyper punk et mélancolique. Je pense qu’il a influencé des tas de gens. Et vous avez lu ces bouquins ? Il a écrit un bouquin hilarant sur Joy Division, New Order et sur leur club. À lire absolument ! Par exemple, dans le bouquin il explique que l’ampli basse qu’il avait pour Joy Division était tellement pourri que le seul moyen pour se faire entendre par les autres pendant les répètes c’était de jouer dans les aigus et du coup ça a créé son style.

VINYLE 4 // ENNIO MORRICONE – LE CLAN DES SICILIENS

Lionel : Ah Ennio ! Le Clan des Siciliens !

Élie : On a déjà comparé votre musique à celle d’Ennio Morricone.

Lionel : Ça c’est vraiment hyper prétentieux de parler de cette comparaison. On a beaucoup écouté Ennio Morricone et on a aussi beaucoup regardé les films de Sergio Leone.

Élie : Ça se ressent dans votre musique qui a un côté très cinématographique !

Lionel : Oui on adore le cinéma ! Pour en revenir à la comparaison, on s’est beaucoup inspirés de sa manière d’utiliser les pédales fuzz,note par note pour appuyer un riff comme par exemple dans Il était une fois dans l’Ouest. C’est vraiment typique de ces arrangements. Là encore, c’est une forme de mélancolie qu’on adore. Mais évidemment à aucun moment on peut comparer nos bricolages avec Ennio Morricone mais c’est quelqu’un qui nous a accompagné depuis tout petit. J’avais d’ailleurs la BO de Il était une fois dans l’Ouest. Le 33 tour était hyper intrigant parce que évidemment j’étais trop petit pour voir le film et t’avais la photo du frère de Charles Bronson, la corde au cou. Quand t’es môme, tu peux bloquer des heures là-dessus et te posant mille questions. Et le Clan des Siciliens c’est génial aussi, j’ai jamais été un grand fan de Alain Delon mais par contre de Lino à fond.

Marie : Et Gabin aussi !

Lionel : Et Gabin ! J’adore Gabin… Gabin, Ventura… Et y’a plein de gens qui déblatèrent sur Henri Verneuil, mais moi je trouve ça mortel, vraiment j’adore ça. Pour en revenir à Morricone, oui c’est important pour nous et on a pompé pleins de trucs comme par exemple l’idée de mélanger des instruments grecques et turques. Ça il le faisait tout le temps !

Élie : Vous pouvez nous parler de votre méthode de composition ?

Lionel : On a un garage qu’on a transformé en studio. Pour la prod, on a très peu de matos : un mac, deux préamp, 4 micros et une carte son. Après, on a un mur blindé de guitares électriques, mais rien qui ait vraiment de valeur, que des trucs qu’on a trimballé. On a pas mal d’instruments marocains ou grecs qu’on chine quand on voyage, des banjos et pleins de claviers. Et quand on a une idée, on l’enregistre soit dans le téléphone en emmenant le gamin à l’école ou devant Télé Matin avec une guitare à la main. On fait hyper gaffe à ne pas paumer ces idées qui viennent comme ça parce que la plupart du temps tu les oublies aussi sec et c’est très souvent des bases pour démarrer une nouvelle chanson. On descend au studio hyper souvent et on enregistre des trucs. Des fois ça ne sert à rien parce que le lendemain tu écoutes et c’est une daube. Par contre, d’autres fois c’est encore excitent le lendemain du coup tu veux aller un peu plus loin et essayer de faire un arrangement dessus. Et dernière chose, vu qu’on a jamais cessé d’enregistrer des disques depuis 10 ans, souvent les trucs qui sont foutus à la poubelle de l’album précédent ça sert de démarrage pour le prochain. Par exemple, pour le dernier album avec Anton on a fait des 45 tours avec des faces B inédites parce qu’il nous restait du matos mixé et masterisé mais qui rentrait pas dans l’album. Et pour la méthode, on travaille sur le riff et la répétition de la même façon que pour la musique électronique, sauf qu’on la joue et on la boucle très très peu.

Élie : C’est une musique en boucle mais qui n’est pas bouclée !

Lionel : Ce n’est pas bouclé parce que ce qui est intéressant c’est de garder les pins, les baisses de tension. Des fois les textes sont écrits en même temps, mais la plupart du temps ils viennent après.

Élie : C’est Pascal Comelade qui vous a insufflé cette méthode de composition non ? 

Lionel : Alors c’est plus que ça, d’abord Pascal c’est un vrai ami proche, si on est là c’est grâce à Pascal, si on a rencontré les gens de Because c’est grâce à Pascal, et si on s’est décidé à arrêter les groupes classiques c’est lui aussi. Pascal pense les disques en entier et fait appel à des gens pour obtenir ce qu’il a dans la tête. Ce qui est impressionnant entre autres avec lui c’est qu’il fait le disque pratiquement sur le papier. Il commence avec quelques plans d’accords et, au fur et à mesure que les gens interviennent, l’album se monte tout seul. Il a aussi une faculté à arranger les choses. Je l’ai vu virer des très belles pistes de piano parce que pour le titre ça allait trop dans la facilité et qu’il fallait laisser de l’espace pour le reste. On l’a beaucoup, beaucoup regardé travailler. On a aussi beaucoup bossé avec lui et j’espère que ça va continuer. Je pense que dès qu’on arrêtera de tourner, on se remettra à collaborer avec lui. Travailler avec Pascal c’est une influence plus qu’importante.

Élie : Et comment c’était de travailler avec Anton Newcombe ?

Lionel : C’était aussi facile que de travailler avec Pascal. Il bosse pareil, c’est-à-dire qu’il garde la première prise, si on en fait une deuxième c’est vraiment parce que le téléphone a sonné ! Sans dire de conneries je ne me rappelle pas avoir vu Anton rejouer beaucoup de trucs.

Élie : Comment vous communiquiez ? En Anglais ?

Lionel : Alors moi l’anglais c’est la cata (rires)

Marie : Moi c’est encore pire !

Lionel : Mais on se comprenait, il avait son ingé son Andrea qui est très drôle et qui vient de Liverpool.

Marie : Elle nous faisait des Google trad ! (rires)

Lionel : Elle avait sa tablette et du coup on a réussi à communiquer. Anton a été adorable et n’a fait que nous aider. De toute façon, le mec à chaque fois qu’il prend une guitare ou n’importe quoi d’autre c’est mortel. Il a plein de supers idées, s’il écoute un truc qu’il a proposé et qu’il trouve ça naze il le dégage tout seul. Donc à aucun moment on s’est dit : « ou la la comment on va faire y’a un truc qu’on n’aime pas » ! De toute façon on a une méthode qui est assez basique : on ne propose jamais de bosser avec des gens dont a priori on n’aime pas 99% de leur répertoire, et ça permet de ne jamais avoir ce problème-là. Avec des gens comme Pascal ou Anton t’as plutôt des problèmes de riche : beaucoup de propositions et du coup beaucoup de choix à faire.

Arnaud : Du coup je rebondis, j’imagine qu’avec Bertrand Belin ça a fait pareil.

Lionel : Pfff Bertrand laisse tomber il est super fort. C’est un être humain tellement merveilleux.

Marie : C’est une belle rencontre et du coup ça continue !

Lionel : Ça va continuer, on vient de faire avec lui un album pour Emmanuelle Seigner. Les trois chansons qu’il a écrit sont à mon sens les meilleures de l’album. Du coup, cet album s’est transformé en groupe sur l’idée d’Anton. Il a appelé le projet « l’épée », si tu le vois tu lui demanderas qu’il t’explique pourquoi, nous on sait toujours pas ! Un moment donné on va se voir et en parler (rires). Il a eu une vision avec toute l’imagerie médiévale qui va avec !

Élie : Et du coup on écoutera ça quand ?

Lionel : Eh ben écoute là Anton est à Berlin en train de le mixer avec Andrea. Elle bosse avec lui depuis au moins deux-trois ans maintenant. C’est une nana démente qui a bossé avec les Black Sabbath et d’autres gens mortels. Elle enregistre et elle mix les guitares de façon géniale et tout le reste aussi. Y a un maxi qui va sortir dans pas longtemps. On a déjà le test pressing à la maison, un trois titres en deux versions avec deux mix différents. Et l’album, ben écoute, soit un tout petit peu avant l’été, soit après !

VINYLE 5 // HUSHPUPPIES – THE BIPOLAR DRIFT

Élie : Les Hushpuppies sont un groupe originaire de Perpignan comme vous, vous les connaissez ?

Lionel : On va parler des copains ! On les connait depuis toujours. Ils venaient acheter des disques dans notre magasin Vinyle Maniaque. Ils  étaient aussi là aux concerts quand je jouais dans les Beach Bitches. Ensuite, ils sont partis à Paris, ils ont monté les Hushpuppies en essayant de moderniser le mouvement mod dans lequel ils avaient baigné à Perpignan. Ils sont sortis des rails de base pour aller vers des choses plus modernes, ce qui est l’essence de ce mouvement ! Je trouve que c’est les dignes représentants de ce truc-là. Et en plus d’être de supers bons musiciens se sont des mecs adorables. On continue de les croiser, notamment quand on monte à Paris. Par exemple, quand on a joué au Trianon c’est le chanteur qui nous a accueilli parce qu’il bossait là-bas.

Élie : Vous avez gardé un œil sur la scène locale perpignanaise ?

Lionel : À Perpi c’est comme dans toutes les villes. T’as eu des périodes où t’as 50 groupes mortels, t’as des périodes où ça s’effondre parce que t’en as trois qui étaient les leaders et qui se barrent vivre ailleurs ou alors t’as plus de disquaires. C’est toujours pareil, ça marche par phase. Depuis cinquante ans, Perpignan c’est une ville où on s’emmerde dur et c’est une très bonne chose par ce que ça t’oblige à t’occuper. C’est ce qui fait émerger souvent des choses intéressantes sur le plan artistique. Moi je trouve que les villes où il se passe beaucoup de choses sont souvent pas super intéressantes sur le plan musical. Là, en ce moment j’ai l’impression qu’il se repasse des trucs, mais nous on est un peu lourdé parce que quand on rentre de tournée on ne bouge plus trop ou alors on enregistre. Mais t’as toujours eu depuis les années 80 une scène mod néo sixties, rude boys, ska, reggae assez importante à Perpi. T’as aussi une scène garage trash.

Élie : Est-ce que il y a beaucoup de lieux pour accueillir les concerts ?

Lionel : Perpignan c’est une ville qui a toujours été blindée de gens intéressants. Il y a toujours eu de bons libraires et de bons disquaires. Ce qui est déjà très bien. Quand on était gosses, on allait chez Lolita (disquaire de Perpignan). T’arrivais dans la rue et t’avais des peintures de Jesus and Mary Chain et des pochoirs plein la rue, t’entrais dans le magasin et tu trouvais tout ! Après pour les concerts t’as une SMAC un peu comme celle-là (L’Autre Canal) avec un club où les mecs font le job, c’est-à-dire qu’ils filent un coup de main aux groupes locaux, ils mettent à dispo la salle. Après pour ce qui est de l’ultra underground en parlant des cafés-concerts, des caves et autres endroits du genre ça a complétement disparu malheureusement. Tous les deux on a organisé plein de concerts dans les années 90 notamment avec le label Crypte. Tu filais un billet au groupe et tu faisais payer l’entrée sans nécessairement déclarer. Ça se passait comme ça. Alors qu’aujourd’hui si par exemple nous on veut jouer gratos pour aider une petite structure c’est pratiquement devenu illégal alors qu’à l’époque, sans faire le vieux con, jusqu’au début 2000, tu pouvais encore faire une tournée sans être déclaré. On a aussi organisé beaucoup de concerts et vu qu’avant t’avais pas de subventions du coup t’essayais déjà avant tout de loger, de nourrir et filer le minimum de thunes aux groupes pour qu’ils puissent repartir sur la date suivante, nous on gardait rien. C’était une époque où le réseau fonctionnait comme ça et c’était une époque vachement excitante d’ailleurs. T’appelais les mecs de Dig It à Toulouse, ils te refilaient des plans pour jouer chez eux, en allant à Toulouse t’en chopait d’autres pour aller jouer à Rennes, enfin voilà quoi. Aujourd’hui c’est une chouette époque pour la musique mais c’est plus compliqué. Nous par exemple, on a été obligé de se foutre à la compta. Si tu veux maîtriser ton projet de A à Z t’es obligé d’apprendre six métiers autour. Là, ça fait quinze jours qu’on n’arrive pas à trouver de temps pour enregistrer parce qu’on a la tête dans la paperasse. Par exemple, on est en train de faire une BO de film pour des potes et on veut utiliser une chanson qu’on a faite avec Anton. Du coup, faut choper le manager d’Anton, lui demander l’autorisation, ensuite recontacter les gens qui mixent le film pour que tout soit clair. Ça parait être un truc basique mais en fait ça prend des plombes. Mais c’est un côté du métier qui est intéressant aussi.

On toque à la porte, c’est l’heure pour les musiciens de se changer et pour Arnaud de prendre une dernière photo des Limiñanas en compagnie de nos vinyles.

Merci à Anthony, Nathan, Hadrien ainsi qu’à toute l’équipe de L’Autre Canal

Propos recueillis par Elie et Arnaud