Interview :: Parklife Records

À une époque où ce sont les sorties d’albums qui permettent à un label de survivre et non plus les groupes qui vivent au crochet d’un label, comme ce fut le cas à la grande époque, les 20 ans de bons et loyaux services de Parklife Records tient presque de l’exceptionnel.
Le label colmarien est né en 1996 à une période où la britpop régnait en maître sur le monde de la musique. Depuis, Parklife Records et son boss, Mathieu Marmillot, n’ont jamais cessé de rester fidèle à cette décennie et à ce pays inventeur de la pop moderne qu’est l’Angleterre.
Essentiellement créé pour permettre de distribuer les albums de Manson’s Child (groupe de Mathieu) et de travailler avec les groupes de la région Alsacienne, Parklife Records a connu, ces vingt dernières années, quelques très beau faits d’armes. Il faut se rappeler de la sortie d’une cassette avec dans son tracklisting, les tous jeunes rennais de Tahiti 80 avant qu’ils ne soient reconnus. Mais aussi la très remarquée série des « Tapes » dont Herman Düne et les excellents Pull ont fait les honneurs.
Les vingt ans du label viennent d’être fêtés en grande pompe au Grillen de Colmar en novembre dernier avec les concerts de Batam Lyons, Pause Longue (dernière signature Parklife Records) et Manson’s Child. L’occasion était trop belle pour quelques questions à l’activiste indépendant qu’est Mathieu, sans qui Colmar n’aurait jamais eu des airs de Manchester et Parklife Records ressemblé à Factory Records.

0004829732_10Peux-tu revenir sur la naissance de Parklife Records et nous dire dans quel contexte le label est né ? Quel était ton but, tes motivations ?

Nous sommes des sortes d’enfants du rock Indé. Durant les 80’s nous avons animé des émissions sur des radios libres, crée des fanzines, puis distribué des disques de labels dit alternatifs comme Gougnaf Mouvements (Les Thugs, Parabellum etc..) ou orientés  New Wave  tout en appréciant  des groupes aussi différents que Joy Division, Jesus and The Mary Chain, C86, le Velvet U, Buzzcocks et les Happy Mondays pour faire court. Lorsqu’il a fallu sortir le premier disque des Manson’s Child en 1996 (groupe dans lequel j’officie) rien de plus naturel que de créer notre label tout en ayant comme objectif de sortir des disques d’autres groupes bien évidemment.

Y a-t-il des disques ou des labels qui t’ont poussé vers la création du label et surtout influencé dans la création de Parklife Records ?

Les labels Earworm, Factory Records, Creation sont des exemples tout comme Fortuna Pop,  Captured Tracks, Born Bad et Sordide Sentimental. L’approche visuelle est aussi déterminante car c’est un marqueur important pour le public. Avec une prédilection pour Factory Records car ce label protéiforme était ouvert sur différents styles musicaux en plus d’une approche graphique inédite et d’être des investisseurs immobiliers inconscients.  

Parklife Records  est né à une période où l’on ne parlait pas encore de crise du disque. Depuis, les ventes de disques sont ce qu’elles sont, le cd tend à disparaitre, il y a le streaming, le vinyle revient fortement. Comment réagis-tu face à cette nouvelle consommation de la musique ?

Le vinyle, c’est une (belle) niche qui s’adresse aux mélomanes ayant des moyens financiers. Pour qu’un vinyle sonne très bien  il faut que le label y mette beaucoup d’argent, ce qui n’est,  de loin pas  la norme, malheureusement. C’est la raison pour laquelle nous sommes fidèle au CD, le numérique nous satisfaisant pleinement. Alors oui, le système économique concernant la diffusion de la musique est sinistré. La diffusion par streaming est une solution mais le partage ne permet plus de rémunérer équitablement l’artiste et le label. Les plateformes de téléchargement ayant un contrôle absolu. Du coup nous privilégions des formats atypiques comme des Cd book ainsi qu’une bonne  assise locale pour la vente directe.

Quelles étaient les difficultés à l’époque, comparées à celles d’aujourd’hui ? Considères tu que diriger un label aujourd’hui est plus difficile ?

C’est a la fois plus difficile financièrement mais plus facile en parlant d’exposition médiatique et d’exportation grâce a internet. Je dirai que l’approche a changé, il ne faut rien négliger. Autant la présence du label via des stands lors de concerts que sa visibilité sur  internet.

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Parklife Records ne sort que des cds. N’as-tu pas envie de profiter de l’engouement pour le vinyle pour en sortir ?

Non car le vinyle  est plus difficile a amortir. Par contre nous travaillons sur la sortie d’un vinyle des Manson’s Child sur ..un autre label -Mediapop- dont c’est la spécialité.

De l’extérieur, on perçoit Parklife Records comme un label mené par des artisans passionnés. Qu’est-ce qui selon toi définit le mieux l’identité de Parklife Records ?

C’est ce que nous sommes, nous travaillons tous à coté. Et nous ne sommes pas pressés de vivre du label car cela demanderai des sacrifices et une approche commerciale plus agressive. Dont acte.

Comment fonctionne le label aujourd’hui ? Comment découvres-tu les groupes ?

Chaque sortie de disque est financée par la précédente. Du coup un équilibre financier est plus que souhaitable sans parler de profits. Les groupes, je les découvre sur Internet, en concert ou via un réseau de potes dispatchés sur le territoire et qui me font remonter des infos. Rarement sur la foi d’une démo envoyée mais c’est déjà arrivé !

Envisages-tu l’évolution de Parklife Records de la même façon que tu l’envisageais en 1996 ?

En 1996 on ne pensait pas durer deux années ….mais chaque disque ayant bien marché, l’aventure a pu continuer sans calcul ou plan marketing.

Pause Longue est la nouvelle signature de Parklife. Peux-tu nous les présenter ? Comment les as-tu découverts ? Ils vont faire l’objet d’une « Tapes » ?

J’avais croisé David Rayot de Pause Longue lorsqu’il officiait dans d’autres groupes dont Domino E ou KG. Quand il est parti à Rennes nous sommes  restés en contact.  Il m’a fait écouter les démos de son nouveau projet. Je n’ai pas hésité une seconde, me retrouvant complètement dans son  univers  et je  lui ai proposé un Rennes Tapes car je savais que ce genre de projet, mélangeant musique, illustrations, textes et photos, pouvait l’intéresser. Depuis c’est devenu un duo. Leur style  s’approche d’une Dark Pop- Noise chantée en français. Entre les premiers Cure et Sonic Youth, Jessica 93…ils ont fait très forte impression lors de leur mini tournée en novembre. Le Renne Tapes de Pause Longue est annoncé pour mars 2017 en même temps que leur tournée.

Les deux premières « Tapes » ont eu un beau succès lors de leurs sorties. Peux-tu revenir sur celles consacrées à Herman Düne et Pull ?

Les Colmar Tapes avec Herman Düne étaient plus une compilation regroupant d’autres groupes de la sphère  des Herman Düne.  Pour Pull nous nous sommes plus  concentrés sur un album complet avec une présentation  bilingue car David Lespes, leader du groupe, habitait Berlin. On y retrouve des   illustrations  de  Vincent Vanoli de L’Association comme pour le Colmar Tapes. Nous avons eu de superbes retours media spécialement des Inrockuptibles…Et ce disque le méritait …Il est épuisé depuis….

Quelles relations entretiens-tu avec les groupes signés sur Parklife ?

Excellente, je reste en contact avec quasiment  tous les groupes et je les suis toujours …la preuve sur notre dernier compilation nous les retrouvons tous pour la plupart…

Parklife Records fête donc ses 20 ans cette année. Quel est la chose dont tu es le plus fier ? Et à l’inverse, as-tu un regret ou une déception durant ces 20 ans ?

Aucune fierté car c’est un ressentiment qui est à l’ origine de beaucoup d’emmerdes… plutôt content de vivre une aventure musicale  et humaine passionnante. Seul regret de n’avoir pas aboutit le projet avec Radio Dept d’un Lund Tapes, ville dont ils sont originaires.

Parklife c’est aussi un fanzine. Verra-t-on prochainement un nouveau numéro ?

Le fanzine Parklife 060 se  fait au gré des rencontres et des opportunités. Pour l’instant ce n’est pas à l’ordre du jour mais sait on jamais.

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Parlons de la compilation Parklife & Friends. Peux-tu nous la présenter ?

Pour la célébration des 20 ans du label nous avons demandé des inédits aux groupes du label. Nous avons aussi invité des formations avec qui nous n’avons pas eu l’occasion de travailler, mais avec qui nous partageons des affinités musicales et humaines. On retrouve donc Pull, Manson’s Child, Pause Longue, Edouard Von Shaeke, Marauders et Three Zomics et les amigos de Death by Coldwave, Skatebirds, Snaabbacash, KG  et Volktherapy. On visite la Pop, la Noisy Pop, la Britpop, l’Electro, la New Wave, l’Indus et le  Punk Rock…. C’est une version limitée CD avec une superbe pochette signée Mickael Dard.

Comment vois-tu Parklife Records dans les années à venir ?

Nous ne nous projetons pas dans les années à venir, nous gérons au jour le jour… et sommes ainsi à la solde de l’imprévu. C’est plus excitant.

Propos recueillis par Damien