INTERVIEW :: IT IT ANITA

© Gert Jan De Baets

© Gert Jan De Baets

Parce que parfois, quand on aime, on ne compte pas les kilomètres… Parce que j’ai été véritablement scotchée par leur concert lors du festival Hop Pop Hop à Orléans, en septembre dernier. Parce que leurs deux EPs successifs ainsi que leur album fraîchement sorti, « Agaaiin » sont de grands disques, à la fois forts, puissants, mélodiques et surprenants. Nous en avions parlé dans Electrophone ICI.

Pour toutes ces raisons, mon assistante, Vanessa, et moi-même avons ainsi bravé le froid, les frontières et les autoroutes belges pour partir à la rencontre des membres du groupe It It Anita : Damien Aresta, Michaël Goffard, Michaël Verbeeck et Bryan Hayart. Accessoirement, nous allions assister à leur incroyable concert, avec en prime, une excellente prestation d’un autre très bon groupe belge, The K.

Trêve d’adjectifs dithyrambiques…

Damien, Mike, Mika et Bryan nous ont accordé presque une heure et nous ont répondu avec humour et gentillesse. Il sera question de leurs disques, du monde actuel de la musique, de légumes-racines, de roues de camion, de desiderata post-mortem en lien avec Metallica, de guitariste en moule-bite et d’Eté 67.

Elissa : Pour commencer, pouvez-vous nous raconter votre rencontre, la fondation d’It It Anita ? Vous veniez de plusieurs formations différentes… ?

Damien : Alors, historiquement, comment ça s’est passé… Mike avait un groupe qui s’appelait Malibu Stacy. Moi j’étais graphiste (enfin, je suis toujours graphiste) et j’avais fait sa première pochette. On avait déjà des potes en commun à Liège… J’avais aussi monté un premier collectif / label sur Liège, JauneOrange. Et puis quelques années plus tard, il y a 4 ans, ou un truc comme ça, après un concert de Brains, à Liège, on buvait une bière et on s’est dit « tiens, ça serait bien de faire un truc ensemble ! ». Je n’avais pas de groupe à ce moment-là, et on a des goûts similaires, que ce soit Sonic Youth, Mogwai, des groupes comme ça. Ce n’est pas le genre de musique qu’il faisait à l’époque avec Malibu, et il avait envie d’essayer de nouveaux trucs. On a fait une première répète et c’était cool. Au départ, on était que deux. On a bossé quelques mois juste à deux pour composer des trucs…

Mike : Ce n’était pas encore très abouti…

Damien : Non, c’est vrai. Juste deux guitares et des effets.

Mike : Après, on a croisé Laurent, du groupe Lieutenant, qui faisait une release party à Liège et qui cherchait une première partie. Et il nous a dit « oui, ben si vous avez un groupe… », alors on a dit « ouais ouais, on a un groupe ! ». Mais, on n’avait pas encore de batteur ni de bassiste… Donc on a accepté cette date, et ça nous a poussé à chercher d’autres musiciens. On avait préparé quelque chose comme 20 minutes de set. Et là aussi, on a contacté des gens qu’on connaissait. On a appelé François, le précédent batteur qui jouait déjà dans différents groupes de Liège… On avait la chance à l’époque de répéter dans une espèce de vieux hangar avec une dizaine de locaux de répétition, où tu croises plein de gens tout le temps. Donc si tu cherches, tu trouves. Si tu veux un batteur, tu croises un batteur et tu vas lui parler… Bref, y’a une espèce d’émulsion. C’est assez sympa… Et donc, après ce concert, qui s’est bien passé, on a enregistré une première démo. Ensuite on a enchainé les concerts… et depuis on a plus arrêté…

Elissa : Oui, parce que là, vous avez sorti, coup sur coup, des disques en 2014, 2015, 2016…

Damien : Oui, c’est ça, des formats courts au départ. Le nouvel album est relativement court aussi… Je pense qu’on doit faire des choses fréquemment et rapidement à notre époque. C’est un peu la façon de faire… Le meilleur exemple, c’est Ty Segall qui fait des disques tous les six mois. Je ne sais pas très bien comment il fait d’ailleurs… Mais je crois que c’est l’époque qui veut ça. Les gens ne veulent pas attendre. Ils veulent tout, tout de suite. Et si tu ne sors pas quelque chose pendant un an ou deux, tu es oublié. En plus, c’est un milieu où la concurrence est super rude…

Elissa : Et du coup, quand vous avez décidé de faire de la musique ensemble, vous aviez déjà une idée de comment allait sonner It It Anita ? Ou bien la démarche a été plus spontanée, c’est-à-dire que vous vous êtes dit « on s’entend bien musicalement, on va voir ce que ça donne » ?

Damien : Oui, c’était à peu près ça.

Mike : On s’est vite aperçu qu’on n’était pas trop dans l’air du temps. On a quand même des racines très ancrées dans les années 90 et on aime ça, parce qu’on a été gavé de musiques…

Elissa : C’était une belle période…

Mike : Ouais, je trouve aussi ! D’ailleurs, on en reparlait tout à l’heure, quasiment tous les headliners des festivals d’été ça reste toujours des gros groupes maintenant. Les gros groupes nineties sont toujours gros maintenant. Le dernier gros truc le plus énorme qui joue encore c’est Radiohead… Y’a pas d’équivalent, à mon avis, parce qu’ils sont là depuis vraiment longtemps… Donc, non, pas vraiment d’idée a priori. On voulait faire du rock à guitares où l’on pouvait crier. C’était assez basique. Moi, j’aime bien ce côté où l’on joue ensemble, sur une scène. Par exemple hier, j’ai eu un problème avec mon ampli. Un problème de son assez dérangeant, ben je ne peux plus jouer… on n’a pas des bandes qui passent derrière…

Damien : Y’a pas de machines…

Mike : Toutes les productions maintenant qui marchent sont des trucs hyper léchés. Ça ne m’intéresse absolument pas d’aller voir des trucs hyper calés. J’aime bien les gens qui font des fautes, qui jouent un morceau beaucoup plus vite en concert que sur l’album. Enfin voilà, on fait un truc un peu plus primaire et basique, et c’est ça qui me plaît aussi. Je ne vais pas dire qu’un concert est différent de l’autre parce que forcément on a une routine un peu installée, avec des enchaînements de set travaillé. Mais y’a toujours un peu d’imprévu, et c’est ça qui est intéressant. Parce que sinon, ça ne m’intéresse pas d’être sur scène avec du playback ou des bandes qui passent. Et même pour le public, je pense… aller voir un concert où tu as l’impression d’écouter l’album, ce n’est pas très intéressant.

Elissa : Le fait que vous ayez chacun de votre côté une solide expérience musicale et de la scène en amont, est-ce que ça a rendu les choses plus simples pour jouer ensemble ? Ou est-ce qu’au contraire, c’est plus compliqué de trouver un consensus ?

Mike : Je crois que c’est pratique dans le sens où si on a un projet et que l’on répète, on a envie que ce soit bien fait et bien joué, et de le défendre sur scène. Il y a une ambition. Même si c’est un mot que je n’aime pas spécialement, mais il y a l’envie de faire quelque chose qui nous plaît tout d’abord, de pouvoir jouer et de ne pas être ridicules. Le fait d’avoir un peu d’expérience, fait que l’on sait ce qui est important, comme faire une maquette assez vite, des choses comme ça. De ce côté-là, oui, je pense que le fait d’avoir quelques années d’expérience derrière nous, nous aide pas mal. Et puis, forcément, on n’a plus de contacts que ce soit pour un studio, pour un tourneur. C’est plus simple maintenant que quand tu débarques. Donc je dirais que ça nous a plutôt servi.

© Gert Jan De Baets

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Elissa : Avant la sortie de votre 2e EP, vous avez monté votre propre label, Luik Records. C’était important pour vous d’être indépendants, au sens premier du terme ?

Damien : En fait, on l’a fait pour deux raisons. On avait envie de monter un label, parce qu’on voulait défendre des choses. Mais aussi parce que, pour It It Anita, on n’avait pas trouvé de label. Le disque était là, et la période était trop courte pour qu’on puisse commencer à démarcher les labels. Les gens étaient intéressés, mais tout était déjà bouclé à cette époque là (2015)… Là, on le voit maintenant, avec le label qu’on a créé. Il y a seulement un an, on a déjà rempli toute notre année 2017. Et donc du coup, on s’est dit qu’on allait le faire et voir ce que ça donne. On a monté le label.  On est toujours en train d’apprendre ce qu’est un label d’ailleurs, parce qu’il y a encore plein de choses qu’on fait mal, mais on s’en fout, en fait. On rectifie au fur et à mesure. Donc c’était un peu ça l’idée : on le fait et on voit ce qui se passe.

Mike : Les missions d’un label ont changé. Je crois que depuis 10-15 ans, les labels n’ont plus le même rôle. On n’a pas 15.000 euros à mettre sur un disque. Les gens sont beaucoup plus frileux. Je crois que c’est mieux d’avoir un bon tour manager et un bon tour booker plutôt qu’un bon label. Même si c’est bien d’avoir tout évidemment ! Mais ce qui est important, et ce qui permet de continuer, c’est de faire des concerts. Ce n’est pas en ventes de disques, qu’on avance…

Damien : Pas encore en tout cas… On le voit pour les artistes avec qui on bosse. Ce n’est pas avec la vente des disques qu’on va récupérer de l’argent. Donc on bosse avec eux sur le management ou le booking, et au fur et à mesure de leurs concerts, on arrive à faire rentrer un peu d’argent, que l’on va pouvoir réinvestir ensuite dans d’autres disques. Donc ça s’est inversé en fait, c’est l’artiste qui paie le label, quasiment, maintenant.

Elissa : C’est vrai que j’ai l’impression qu’à l’heure actuelle, c’est très compliqué de réussir à vivre de sa musique… Alors, en France, c’est vrai qu’on a le statut d’intermittent du spectacle, qui est plus ou moins avantageux; je ne sais pas si un statut similaire existe en Belgique…

Damien : Il y a un statut un peu similaire en Belgique.

Mike : C’est aussi dû au fait qu’on s’est positionné sur ce créneau musical-là qui est quand même une niche… Parfois c’est super intéressant, parce que ça permet de voyager, et assez vite. Mais c’est souvent des petits salles, avec pas beaucoup de gens, alors certes, des passionnés, mais il n’y a pas un gros évènement populaire qui remplit un zénith, quoi.

Elissa : Ce n’est pas trop frustrant ?

Mike : Si parfois, ça l’est, mais un jour n’est pas l’autre. Il y a des fois où il y a de bonnes surprises, et parfois des moins bonnes. C’est sûr que quelquefois c’est compliqué, c’est crevant, tu as des cachets de merde, tu n’as rien pour dormir, et avec deux personnes aux concerts… C’est le jeu, je crois ! Au final, je pense que c’est toujours intéressant d’avoir un parcours, d’avoir sillonné l’Europe. C’est plus important d’être reconnu ailleurs, pour revenir chez toi, que l’inverse. C’est con à dire, mais les gens te prennent plus au sérieux : « oh tiens, il a joué là-bas, là-bas, là-bas… on les ajoute à la prog de notre festival ! ». C’est un peu le monde à l’envers.

Damien : C’est un peu ce qui se passe en ce moment, je crois. Ça fait 2 ans qu’on tourne aux Pays-Bas, en France, en Flandres aussi, et c’est seulement maintenant que les programmateurs wallons se disent « oh mais en fait, It It Anita, on en entend quand même parler, c’est pas mal… ».

Elissa : Bon, je vais passer à une question un peu plus réjouissante. Comment s’est passé la rencontre avec John Agnello, pour votre 2e EP ? Parce que ça c’est un peu la classe, quand même… c’est tellement la classe que c’est le titre de votre 2e EP…

Damien : C’était super !

Mike : Ben ça s’est passé très simplement en fait. C’est aussi l’avantage de l’époque actuelle. Tu peux contacter les gens très facilement par mail. Je pense qu’il y a 10 ans c’était plus compliqué. En fait, je ne sais plus comment ça s’est passé…

Damien : La toute première démo qu’on a faite, a été mixée par Jason Sebastian Russo, qui est l’ancien bassiste de Mercury Rev dans les années 90. Et c’était juste une histoire de tweet. Avant qu’ It It Anita n’existe, j’avais écouté un album de son projet Common Prayer, qui était en 2010 l’album que j’avais préféré. Je lui avais envoyé un tweet « J’adore ton album, il est vraiment super ! Si un jour je refais de la musique, je veux que tu mixes le truc et je veux bosser avec toi ! ». Et il m’a répondu « Ben ouais, fais de la musique, on verra ! ». Je n’avais pas de groupe à ce moment-là et je lui ai dit « OK, ça marche ! ». Quelques années plus tard, on formait It It Anita. On a enregistré notre première démo et on lui a donc demandé s’il était intéressé pour mixer nos titres. C’est comme ça qu’on a bossé avec lui. Ensuite c’est devenu un peu un pote. Quand nous sommes allés à New York en janvier dernier pour le troisième disque, il est passé au studio, parce qu’entre temps, il est devenu pote avec John Agnello… En gros, ça s’est passé comme ça, à la suite d’un tweet, quoi. Et avec John, c’est via Pamela Hute, une chanteuse parisienne, qui avait fait mixer son précédent disque par John Agnello. Et quand elle a écouté notre premier EP, elle m’a conseillé de contacter John. Elle estimait que c’était le genre de musique qu’il allait adorer. Il a écouté le truc et trouvé ça super. C’est quelqu’un de très ouvert, de très gentil.

Mike : Je l’avais croisé avec mon précédent groupe aussi à New York. Il était passé au studio. C’est quelqu’un de très blagueur, de très drôle, très sympa. Vraiment un type super. Et on s’était écrit aussi… mais bref, le projet avait été avorté… Il était venu en Belgique la première fois, c’était très drôle. C’était au milieu de nulle part, près de Liège…

Damien : Oui, c’était drôle de voir ce type là à cet endroit-là… hyper à l’aise, hyper gentil, hyper cool… Tu peux penser que ce sont des gens prétentieux, mais là, ce n’est pas du tout le cas…

Elissa : Alors, si on avance dans le temps, on arrive à votre dernier disque. Ce qui m’a marquée d’emblée, comme j’ai pu l’écrire dans la chronique, c’est qu’il n’est pas du tout monolithique, il est hyper varié… J’y retrouve du Metz, du Millionaire, du Dinosaur Jr, du Sonic Youth bien entendu… Est-ce que le fait que ce soit très diversifié était une volonté de votre part ou était-ce quelque chose de spontané et de non réfléchi en amont ?

Damien : Je crois qu’on fait comme ça. On fait et on prend ce qui sort. Mais on écoute plein de choses différentes aussi bien des trucs hyper lourds que du Pavement… Moi j’écoute aussi pas mal de musique électronique. Lui [montrant Mike] écoute beaucoup de hip hop…

Mika : Moi aussi !

Elissa : Oui, y’en a un peu dans « Ginger »…

Damien : Oui, il y a un morceau de beatbox…

Bryan : [avec l’accent] Moi je suis plutôt Georges Brassens. J’aime bien la chanson française.

Damien : Bryan était dans Eté 67, je ne sais pas si vous avez connu ce groupe ?

Elissa : Pas du tout.

Damien : Pas du tout ?

Elissa : Désolée…

Damien : Un super groupe, de chanson française… Vous avez beaucoup joué en France en plus !

Bryan : Oui, jusqu’en 2011.

Elissa : Ah ben ce n’était pas forcément la bonne période pour moi… Et donc, c’est bien, comme groupe, il faut qu’on écoute ?

Bryan : Ouais. C’était Nicolas Michaux le chanteur. Maintenant, il a un projet solo. Il jouait en Auvergne hier…

Damien : Oui, oui, il commence à être reconnu et avoir des chroniques dans les Inrocks, des trucs comme ça… Donc en fait, non ce n’est pas calculé. Il y a tout ce qui vient de nous. Ce sont des influences de tout ce qu’on écoute depuis qu’on est ados, quoi. Ce n’est pas calculé. C’est naturel. C’est pour ça, je crois, que ça reste du It It Anita, parce qu’on n’a pas essayé de faire « comme… », quoi.

Elissa : Alors, moi, il y a un morceau qui m’intrigue beaucoup sur l’album, c’est « VI. La lectura es cultura ». Vous pouvez nous en parler un peu ? Il est très intrigant ce morceau… Et en même temps, il n’est pas en début ou en fin d’album, mais en plein milieu…

Mike : Oui… C’est venu en bidouillant à la maison des choses, euh…J’aime bien le côté un petit peu interlude… Ca fait un peu redescendre le truc, et ça reste en même temps un peu tendu. C’est venu assez vite. C’est comme un laboratoire. Il y’a plein de choses… Chacun a envoyé des parties de morceaux. Il y a de la flûte à bec, il y a la fille de Mika qui joue du piano, il y a des voix enregistrées à New York… Il y a un espèce de melting pot de choses… et puis ce jour là, j’ai eu envie de les mettre ensemble… et voilà.

Damien : En fait, les deux interludes n’ont pas été enregistrés avec John Agnello. On n’a fait que six morceaux avec lui là-bas. Les deux morceaux différents, donc celui-là et Parnship, ce sont deux morceaux qu’on a fait ici…

Mike : … oui, ici à Dunkerque !

Damien : On est venus à Dunkerque pour les enregistrer…

Mike : Non, ce sont deux petites parenthèses, qui sont faussement gentilles.

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Elissa : Et l’artwork ? La pochette ? Parce que ça tranche singulièrement avec les deux pochettes précédentes

Mike : Alors, il y a des subtilités que moi je n’avais pas comprises, mais que Damien pourra t’expliquer… C’est quoi, c’est le nombre de roues du camion ?

Damien : Il y a de ça… En fait, je suis graphiste, donc forcément…

Mike : …ça excuse tout !

Damien : En fait, je n’ai pas besoin d’aller plus loin : je suis graphiste. Je n’ai pas besoin d’expliquer, on me fout la paix… Non, mais le truc c’est que j’ai toujours eu une sensibilité avec les chiffres, les lettres, les mots, les images… Et j’aime bien trouver des espèces de codes où personne ne va jamais rien voir dedans, sauf si j’explique. Mais tu vois par exemple, à l’arrière de l’EP de John Agnello, il y a la photo d’une remorque avec deux roues… et c’est le disque numéro 2. Et puis celui-ci, tu as un camion avec trois roues ; c’est le disque numéro3.

Mike : Alors attends de voir le 4e

Damien : Et à l’arrière de celui-ci, tu as la photo du bar, le DC’s. On s’est fait tatoué le logo du bar avec Mike. C’est le bar dans lequel on allait tous les soirs après le studio où l’on a été super bien accueillis. Les gens ont été super cools avec nous. Donc ça a vraiment fait partie de l’histoire du disque, de notre histoire à nous. Et donc sur cette photo du bar, il y a trois tabourets, parce que c’est le 3e

Mike : Ah, je ne savais pas ça…

Damien : Mais si, je te l’avais dit en plus ! T’écoute jamais quand je te parle !

Mike : Dès que c’est des trucs de graphiste, j’oublie un peu…

Damien : Voilà, tu as ce genre de trucs. Et puis, il y a aussi le nom « Agaaiin », avec deux ‘a’ et deux ‘i’, ce sont nos initiales « IIAA ». Plein de trucs comme ça. Pareil avec le titre des chansons. Au départ, toutes les démos avaient des noms de légumes-racines. J’ai oublié les noms en français maintenant… Il y avait betterave, panais…

Elissa : Sérieux ?

Mike : Oui, malheureusement, c’est vrai…

Damien : … « Ginger » c’est le gingembre… « Parsnip » c’est le panais… La dernière chanson « 6-4-2 (New beet) », « beet » c’est pour betterave en anglais. Et donc au départ les noms venaient de là.

Elissa : Et pourquoi vous avez choisi des noms de légumes-racines ?

Mike : Parce qu’on mangeait beaucoup de gingembre…

Damien : Oui, et de là, on s’est dit qu’on allait rester sur les racines. Et donc les morceaux que l’on travaillait avaient des noms de racine. Et l’album a failli s’appeler « Raaciine ».

Elissa : Et pourquoi la forêt ? Pourquoi du bois coupé ? Je vais chercher du symbolique partout maintenant…

Damien : Je fais des photos depuis énormément d’années avec un petit compact. C’est de la photo argentique avec un grain différent. Ce n’est pas comme avec le numérique ou tu fais 450 photos et puis finalement tu laisses tomber. Là, tu sais que tu as 36 vues, donc tu choisis ta photo, tu regardes différemment ce que tu fais comme photo, enfin bref… Et donc cette photo là, c’est sur notre tournée d’avril, c’était quand on revenait de Suisse. Elle a été prise à la frontière franco-suisse. J’ai vu ce camion, qui était là…

Mike : Parce qu’il y a trois sortes de bois différents aussi… parce que c’est le 3e disque…

Damien : Donc c’est une de mes photos… et puis j’ai essayé d’en trouver une qui avait du sens par rapport au groupe, à la tournée, à l’album, et puis voilà. Les deux premiers disques c’était un travail avec David Widart, qui est un photographe liégeois qui est un pote à nous. Et là, pour celui-ci, il n’était pas dispo. Donc j’ai choisi parmi des photos à moi. Je photographie moins de filles nues que lui. J’aurais pu faire un shooting un peu spécial, mais je n’ai pas eu le temps…

© Gert Jan De Baets

© Gert Jan De Baets

Elissa : Vous avez pas mal évoqué vos influences diverses et variées… Est-ce que chacun vous pourriez nous donner le nom de cinq albums que nous devrions écouter. Genre : « si tu n’as pas écouté ces cinq albums, tu as raté ta vie de mélomane ».

Mike : L’album bleu de Weezer…

Damien : Ah oui, donc moi je vais devoir en prendre un autre alors…

Mike : Oui le Blue Album de Weezer… c’est vraiment un truc super. Il ne prend pas une ride.

Damien : D’ailleurs, il est à chaque fois mentionné dans les remerciements des disques. Parce que notre album a été masterisé chez Sterling Sound à New York, et c’est là que l’album bleu de Weezer a été masterisé.

Mike : Weezer c’est vraiment les Beach Boys de mon époque, quoi… J’aime quand même bien les groupes où il y a un minimum de mélodie. On nous compare parfois à des groupes screamo ou hardcore ou je ne sais pas quoi… Peut-être, par moments, mais j’aime quand il y a des chansons; des jolies mélodies ou des sales mélodies. Au moins qu’il y ait une mélodie, quoi. En numéro 2, je dirais « Dirty » de Sonic Youth. Parce que je suis rentré dedans par là en fait à l’époque. Ça m’avait fort marqué. La pochette est déjà un peu bizarre. Je me souviens qu’on la regardait beaucoup. Ce n’est pas le meilleur, je crois, mais il est super. C’est le plus facile sans doute à faire écouter à des gens pour rentrer dans l’œuvre de Sonic Youth. Les Beatles, ça, non, je ne le conseille pas spécialement. Par contre, je suis plus fan des Creedence Clearwater Revival et je conseillerai « Cosmo’s Factory ». J’aime beaucoup John Fogerty. Je trouve que c’est un mec sous-estimé. Il est quand même très populaire. On parle toujours des mêmes personnes, et je trouve que les Creedence ont vraiment apporté quelque chose à la musique. Bon, c’est quand même con de ne pas citer Nirvana… Nirvana c’est quand même un groupe qui m’a donné envie de faire de la musique. C’était quand même rassurant qu’un mec qui n’était pas vraiment un guitar-hero soit capable d’écrire de chouettes mélodies. Et comme tous les albums sont tous bien, je te laisserai choisir ! Peut-être « In Utero », car plus intimiste. En 5… Oh ben un petit Grandaddy, tiens ! Oui, parce que c’est quelque chose qu’on aime tous beaucoup. Parce qu’on écoute plus souvent des trucs plus durs et plus gueulards, mais tu mets un petit Grandaddy dans le van, et tout le monde la boucle et écoute le disque. C’est important, parfois. C’est juste super beau. Le gars fait des mélodies de dingue. C’est hyper simple. Parfois, tu peux te dire que c’est trop simple, mais ça marche. C’est d’une simplicité… c’est de l’art ! Et comme album je dirais « Sumday ». Il est super. Voilà… À vous !

Damien : Alors, moi je vais commencer par The Unicorns, un groupe canadien qui n’existe plus. Il a fait un album et a arrêté. C’est toujours comme ça, quand tu as deux espèces de génies, têtes pensantes trop fortes, à un moment donné, il y a des frictions, ça ne va plus. C’est la même chose avec dEUS, il y en avait même trois…

Mike : C’est qui les trois têtes pensantes de dEUS ?

Damien : Tom Barman, Stef Kamil Carlens et Rudy Trouvé. Et donc les Unicorns ont fait un album qui est une perle pop, hyper mélodique, super gaie avec des paroles super sombres. Et donc du coup, il y a ce contraste qui est assez intéressant. L’album s’appelle « Who will cut our hair when we’re gone ? » Après, dans la continuité des Unicorns, il y a le chanteur, Alden Penner, qui a fait un projet qui est sorti sur Constellation. ça s’appelle Clues. C’est un super groupe qui a fait un album du même nom, « Clues ».

Mike : Et l’autre gars, il a fait Islands après ?

Damien : Oui, Nicholas Thorburn et Jamie Thompson ont fait Islands après. Le 3: The New Year, avec un album qui s’appelle « The end is near »…

Elissa: … phrase qui est tatouée sur ton bras…

Damien : Oui, et le premier titre de l’album s’appelle « The end’s not near » [tatouée sur son autre bras]. Donc, je n’aurais pas pu ne pas citer cet album. Alors quatrièmement… Téléphone et Johnny ! Ben j’ai été élevé avec ça, hein ! Enfant, quand je n’avais pas le choix, c’était Téléphone et Johnny. Plus sérieusement… Aphex Twin. « Come to daddy ». Celui là ou Boards of Canada, « Music has the right to children ». Je crois que cela a été mes premiers pas dans la musique électronique, différente de la new beat, parce qu’avant je n’écoutais que de la new beat. Je crois que mon premier disque, ça a été un disque de new beat. Et puis, un dernier…

Mike : Metallica ? Moi, je trouve que le black album, c’est quand même…

Damien : Ouais, mais je n’ai pas vécu avec…

Mike : Non, mais le black album, je l’aime quand même vraiment bien. Oui, ça me rappelle plein de choses. Je ne l’écoute pas régulièrement, mais… le black album, je serai enterré avec.

Damien : J’imagine bien l’enterrement, avec les gens qui disent : « merde, on a oublié le black album ! ». Bon, je ne vais pas dire Weezer, parce que je lui laisse [à Mika], mais normalement, ça devrait être « Pinkerton »… Tu me le laisses ? Bon, je prends « Pinkerton », parce que pour moi, c’est vraiment le meilleur album du monde. Il n’y a rien au dessus.

Mike : Il y a quand même deux Weezer dans les dix qu’on a cités. C’est pas mal… Pour un groupe qui fait un peu de la merde maintenant…

Damien : Pour Weezer, je pense qu’ils ont eu peur. « Pinkerton » a été un gouffre financier, et Rivers Cuomo s’est dit « plus jamais ça ». Du coup, maintenant, ils n’ont fait que de la merde qui marche  dans les faits, quoi. Parce que c’est l’album dans lequel il parlait le plus de lui. Et vu que ça a fait un flop, ben il l’a pris pour lui. Il s’est dit ensuite « non, je ne vais parler que de filles et de soleil ». Tant pis pour lui.

Mika : Le 11e… Je mettrais Pavement, « Brighten the corners ». Mais j’aime tous leurs albums, hein.

Damien : On aime tous Pavement.

Mike : Très fort, oui ! Avec beaucoup de cœur. Je suis très attaché à Stephen Malkmus. Il est drôle et bizarre en même temps… Un putain de génie !

Mika : Je pense aussi à John Frusciante. Il a fait des albums solos, juste après qu’il ait quitté ce mauvais groupe qu’est Red Hot Chili Peppers. Il s’est fait virer à cause de son problème d’héroïne, je crois. Et donc, il a continué à prendre de l’héroïne et il a enregistré un album tout seul chez lui sur un 4-pistes. C’est vraiment super. Il faut écouter ça. L’album s’appelle « Niandra Lades and usually just a T-shirt ». Il joue mal, il chante faux, et c’est génial. Vraiment, c’est de la musique à l’état brut, quoi. Ca vient directement de son cœur à la cassette.Sinon, un groupe belge, Evil Superstars, leur premier album « Love is okay ». Fantastique.Et je vais citer Cocaïne Piss, mais c’est pour le networking, avec leur album « The Dancer ». Qu’il faut acheter.Et en dernier Guns’n’roses. Pourquoi ? Eh bien parce que, tu vois quand j’étais petit, j’écoutais des trucs comme Kylie Minogue… Et un jour, tu vois arriver un type en moule-bite, avec un bandana, qui chante super aigu, et tu te dis « wow ! C’est super différent ! ». J’étais très impressionné. J’étais très impressionnable. Et puis, j’ai vu ce type avec ses cheveux bouclés qui jouait de la guitare, au bord d’une falaise, avec une voiture en feu qui explose en dessous…

Bryan : Moi, ça va être vite réglé, alors…

Damien : Beatles, Beatles, Beatles ?

Bryan : Non, non ! Pour commencer, un side-project du chanteur de Rage Against the Machine, Zach de la Rocha, qui s’appelle One Day Has A Lion (album du même nom). C’est un duo. Batterie, chant, et le chanteur fait aussi du clavier. C’est assez sympa, ça ressemble à du RATM, mais c’est différent, et c’est assez engagé aussi. L’album est vraiment excellent.Ensuite, moi je vais partir sur un Beastie Boys, avec le fameux morceau « Sabotage ». Les deux premiers albums sont vraiment excellents. Ils ont un chouette univers. Ils ont commencé en faisant du punk. Ça reste toujours excellent à écouter. Après, il y a le premier album, l’album éponyme de Korn. À 10 ans, j’ai découvert ça, et ça passait tous les jours à la maison. Je n’écoutais que ça en boucle. Vraiment ça a été pour moi une très belle découverte. Ensuite, il y a un groupe, qui est une sorte de collectif de plusieurs musiciens : c’est Jack White des White Stripes, à la batterie, Alison Mosshart, la chanteuse des Kills, Dean Fertita, des Queens of the Stone Age, et Jack Lawrence, des Raconteurs. Ca s’appelle Dead Weather. Ils ont sorti trois albums en tout. Les deux premiers sont vraiment excellents. Et Jack White à la batterie c’est juste énorme. Donc je conseille le premier album « Horehound ». Il faut vraiment écouter ça. Après, il y avait Aphex Twin, mais ça tu me l’as taxé…

Damien : Ben, non, puisque je l’ai enlevé ! J’ai mis Boards of Canada à la place.

Bryan : Donc moi, Aphex Twin, c’est vraiment l’album « Come to daddy ». J’ai vraiment tripé à fond sur cet album… Et le dernier… Ben je suis désolé, mais je vais quand même sortir un sale Beatles… « Abbey Road » des Beatles. Il faut vraiment l’écouter. Il faut vraiment le découvrir. Vraiment, complètement.

Vanessa : Et on a une toute dernière question, plus en lien avec l’actualité : la culture de la bière belge vient d’être inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Damien : Euh… je ne suis pas la bonne personne à qui il faut poser la question… Mika, tu t’y connais mieux en bières belges que moi…

Mika : Nous n’étions pas au courant. Mais oui, on en a beaucoup, des bières.

Damien : Je ne suis pas rentré dans cette culture de la bière. J’en bois, certes, mais je ne peux pas faire la différence entre plusieurs types de bières. Je bois une bière et c’est cool si elle est fraîche et qu’elle désaltère, mais… C’était quand même une bonne question. Mais posée aux mauvaises personnes.

Vanessa : À notre retour, demain, on demandera aux personnes croisées dans les stations services…

Damien : Et tu peux noter la réponse ? Et tu la mettras dans notre interview !

Mais quand même, si je dois faire un top 5 de mes bières préférées, il y aura l’Orval.

Addendum : Nous avons croisé Quentin, originaire de la région Namur / Charleroi, d’après lequel : « C’est cool parce que c’est un savoir qui n’est pas propre à la Belgique, mais qui est mondialement reconnu. Comme quoi, on est doués pour en faire. C’est surtout les bières spéciales, mais pas uniquement les bières d’Abbaye ».

Le moment où nous les quittons, c’est justement l’heure de l’apéro… l’heure de les laisser avant de les retrouver sur scène… en meilleure forme que jamais.

Propos recueillis par Elissa et Vanessa

Merci à Jean-Philippe B. et It It Anita