INTERVIEW :: Frustration « À nos âges, nous ne traînons plus trop dans les bars »

Quasiment chaque week-end les gars de Frustration enquillent les kilomètres pour défendre un post punk nerveux et dansant. En trois albums et un paquet de singles, ils en sont devenus les plus dignes représentants français. De passage à Nancy, nous avons pris de leurs nouvelles.

© Mathieu Marmillot

Où trouvez-vous la motivation pour parcourir les routes  après plus de quinze années d’existence?
Marc (Batteur) : On ne se pose pas la question. À chaque fois c’est un plaisir intact que d’aller donner un concert. On est content de se retrouver les week-ends à faire  la musique qu’on aime et à se marrer entre potes.

Fabrice (Chant) : Un truc qui va être dur à gérer lorsque j’arrêterai la musique ça sera de ne plus découvrir autant de nouveaux endroits. Grâce au groupe, on ne traine pas  le vendredi soir dans le sempiternel bar pour l’apéro. Ce soir nous sommes à Nancy, demain ça peut être Moscou ou Paris. Voilà ce qui nous motive ! C’est plus pénible pour ma part d’aller à la répétition durant la semaine en hiver que d’aller jouer en concerts. Quand tu es chez toi en famille, des fois ça me casse les couilles d’aller répéter.

Vous vous connaissez depuis pas mal d’années, Frustration c’est un gang ?
Fabrice : Rien du tout. Nous sommes une bonne bande de potes qui faisons de la musique. À côté de cela, nous sommes des gens normaux, nous ne vivons pas dans les squattes, certains ont des vies de famille avec enfants. Classique quoi.

Votre dernier album Empires Of Shame date de 2016 et comportait déjà des signes d’une certaine évolution, on y croise des guitares plus Indé que Punk, voir Darkfolk sur un titre…
Fabrice : Qu’est-ce que tu entends par Indé ? C’est le genre d’affirmation qui peut vite me mettre de mauvaise humeur.

L’introduction à la  guitare sur « DreamLawsRights And Duties » n’est pas sans rappeler le genre d’accords utilisé par Sonic Youth ou encore dans « Excess », j’entends des choses qui rappellent Parquet Courts.
Fabrice: Ok pour Sonic Youth, si pour toi c’est de l’Indé, alors ça me va… tu m‘aurais parler de truc soi-disant Indé qui me casse les boules.  Pour le Darkfolk, il y avait déjà un titre sur l’album précédent Uncivilized. Par contre pour Parquet Court, on n’y voit pas l’influence…

Y a-t-il un album en construction ?
Marc : Oui, on rentre en studio  courant Novembre pour y enregistrer un nouvel album et quelques titres en sus. On retourne dans le  même studio que les fois précédentes, le Onetwopassit à Bagnolet.

Retrouvera-t-on Bosco au mix ?
Marc : Nous n’ en savons encore rien. Nous verrons quand ce sera le moment.

Des titres en Français ?
Fabrice: Il y aura deux titres en français sur l’album.

C’est le précédent 45t chanté en français, qui vous a conforté ?
Fabrice : Pas du tout.  Je suis le seul à décider si un titre va être en français ou en anglais. Même si les paroles en Français peuvent être recalées, ce qui est arrivé sur Empires Of Shame. Ce qui ne m’a posé aucun problème. Mais il est vrai que l’accueil positif du chant en français sur le 45t « Autour De Toi » m’a rassuré. Et puis avec l’âge, je suis plus décontracté lorsque j’écris les paroles, je me sens mieux. Sur les 11 titres que nous allons  enregistrer, trois seront en Français et deux se trouveront sur l’album. Mais il est certain que l’anglais reste plus mélodique. Avec le français je suis plus nu face au public et en exprimant ses sentiments ça peut devenir peut-être gênant. Je me verrai mal chanter « Excess » en Excès. Imagine : « Excès, excès nous vivons dans l’excès. ». La priorité reste la musique. Le français impose une direction au public qui va se focaliser sur les paroles, alors qu’en anglais le public va d’abord s’exposer à la musicalité. C’est un tout. C’est aussi ce que je n’aime pas dans les clips. Car tu amènes une explication à travers des images,  ça encadre ta chanson.

La langue française s’adapte plus tôt bien à votre style musical, Metal Urbain, Warum Joe, Charles De Goal, D Stop avant vous et bon nombres de jeunes groupes actuels s’y adonnent. Vous vous positionnez comment ?
Marc: Ce sont souvent des personnes et des  groupes que nous connaissons bien et Nicus – guitariste de Frustration NDLR-  joue aussi dans Warum Joe. Pour le style correspondant aux groupes que tu cites, c’est assez compliqué pour Frustration. On peut le faire sur un ou deux titres mais un album entier synthétique  chanté en  Français ne serait plus trop du Frustration. Cela changerait le  style du groupe.

Fabrice : En parlant de style, tu veux sans doute parler du Punk Synthétique à la française, ce qui ne correspond pas au nôtre. Nous, on ne fait pas que du Synthé Punk ou de la Coldwave, on s’autorise d’autres styles.

Vous avez repris « Victoire Prochaine » du groupe Seconde Chambre de bien belle manière.
Fabrice : Si ce groupe avait regroupé le premier et second album, il aurait pu faire un truc digne du premier album de  Marc Seberg 1983 dont j’aurai adoré par ailleurs écrire  le titre « Sylvie« , pareil pour « Dans Ma Tête » de Charles De Goal. Pour revenir à Seconde Chambre, si c’était  pour refaire une version à l’identique, on ne l’aurait pas fait. Notre version est plus craspouille, plus Garage voir plus fausse.

Marc : En général quand tu fais une reprise, c’est un titre que tu aurais aimé écrire.

Fabrice : Ça dépend, on reprend « Electric Heat » de The Visitors car musicalement ça nous parle vraiment, mais les paroles autour d’un radiateur électrique je ne les aurais pas écrites.

Nice Boys Don’t Play Rock&Roll ?
Nicus (Guitare) : Oui !

Marc: C’est vrai !  Rose Tatoo on adore leur premier album mais on ne partage pas du tout les idées politiques du chanteur Angry Anderson qui est devenu populiste, et qui veut fermer les frontières de l’Australie et refouler les migrants. Du coup on aime moins.

Fabrice : J’ai toujours dit que le premier Rose Tatoo, c’est comme le premier Cockney Rejects, ça devrait être remboursé par la Sécurité Sociale. Hélas il y’a plein de mecs  qui vieillissent mal, surtout dans le milieu du Rock&Roll. À un âge soit tu mises sur la sagesse, soit tu tombes dans l’aigreur. Plutôt épique quand tu sais que l’Australie est composée à majorité de bagnards ou de prostitués à l’origine, aux côtés des Aborigènes.

Ça se passe comment à Paris en ce moment ?
Marc : Beaucoup de clubs ont fermé ou sont sur la sellette. Heureusement il y a encore l’Olympic Café dans le 18ème qui est pas mal et a une bonne programmation. Pour boire des coups et voir les potes il y a toujours Le Rochelle ou le Lonepalm rue Keller, mais à nos âges, nous ne traînons plus trop dans les bars.

Mathieu