Interview : French Cowboy & The One

Projet à multiples facettes, French Cowboy avance de la plus
belle des façons au gré des envies de son principal membre Federico
Pellegrini. Touche-à-tout insatiable, le nantais a embarqué cette fois-ci son
compère des Little Rabbits, Eric Pifeteau, pour une mouture inédite des garçons
vachers intitulée French Cowboy & The One. Qui dit nouvelle mouture dit
nouvel album. Après la chronique, Ground Control To Major Tom n’a pas pu
s’empêcher de poser quelques questions à Federico Pellegrini, histoire de tout
connaître sur la genèse d’un album qui tourne sans discontinuité sur la
platine.  Federico Pellegrini revient
tour-à-tour sur les influences de l’album, sur Jim Waters, et parlera aussi de la B.O du film Tu
seras un homme
de Benoît Cohen et sur ce qu’est un punk aujourd’hui.


French cowboy & the one

 

Des formations sous
l’entité  French Cowboy, il y en a eu plusieurs. Il y a l’originelle avec
les membres des Little Rabbits. La version cavalière avec Lisa Li-Lund. La
version dancefloor avec Rubin Steiner et Caroline. La version solo sous l’alias
Lonesome French Cowboy. Et voici la version garage/disco avec Eric sous le nom
de French Cowboy & The One. Pourquoi autant de formations ? Tu as
envie de montrer tes multiples facettes ?

Oh non, au départ, c'est plutôt par défaut. On a fait le
premier album à quatre, le suivant en collaboration avec lisa li lund, le
suivant, à quatre plus quatre choristes féminines (les Spectorettes) et quand
il s'est agit de faire la tournée de cet album, les gars avaient accepté de
faire le backing band de Jeanne Cherhal, donc il a fallu que je compose avec
ça. Je sortais d'une longue tournée en solo, donc ça ne m'a pas fait trop peur,
j'ai branché Rubin Steiner et l'une des spectorettes et on s'est amusés à
reformuler l'album. Pour la nouvelle mouture avec Eric, c'est un peu pareil, ça
a commencé un peu de manière anecdotique, disons qu'il m'a accompagné sur
quelques concerts solo, j'aimais bien l'idée qu'il se rajoute à la boite à
rythme, et surtout, l'idée de rajouter une batterie permettait d'envoyer un peu
plus que je ne le pouvais solo, on y a carrément pris goût, petit à petit, on a
réorchestré des morceaux, essayé de nouveaux morceaux et ainsi est née l'idée
de faire un album avec ce son là, assez naturellement en fait.

Comme pour contredire
le titre Big Trouble, les premières
sensations ressenties  en écoutant
l’album, est qu’il a été écrit facilement et dans la bonne humeur. De quelle
manière a été composé l’album ? Est-ce que cette nouvelle formule en duo a
catalysé l’écriture ?

Cet album n'a pas été écrit à proprement parler. J'ai pioché
dans tout un tas de tiroirs pour le construire. Des morceaux que j'avais
composés pour le théâtre, pour une musique de film, quelques morceaux que je
jouais solo, en ai inventé un ou deux à peine. Le truc avec cette formule,
c'est qu'étant donné qu'on joue sur une boîte à rythmes et que je
m'auto-sample,  les morceaux ne peuvent
pas se barrer dans tous les sens, avoir une structure trop complexe, du moins,
pour le moment. Il y a des critères techniques à respecter. J'ai donc pioché là
où les critères correspondaient, j'aimais bien aussi l'idée que ça bastonne un
peu, tant qu'à faire, quand on a une batterie.

J’ai lu qu’un titre
comme You Wanna Sing était au départ
destiné pour une pièce de théâtre. Comment s’est-il retrouvé sur l’album ?

Oui, pour le théâtre. C'était un morceau assez hors norme
mais comme j'avais prévu de faire quelques morceaux avec des claviers dans
l'album, je me suis dit qu'il y aurait sa place. Au départ, c'est un morceau
instrumental, juste chanté à la fin (les you wanna sing), et puis une fois
enregistré, un soir, j'ai eu l'idée de ce texte, je l'ai rajouté le lendemain
et on l'a laissé.


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Depuis Grand Publics des Little Rabbits tous
les albums ont été produits à Tucson par Jim Waters. Comment s’est passée cette
nouvelle collaboration ? Tu n’as pas envie de changer ? D’aller voir
ailleurs ?

Non, pas envie d'aller voir ailleurs. Ce que j'aime avec
Jim, c'est qu'il n'est pas producteur, en tous cas, ne se désigne pas comme
tel, même si d'une certaine façon, on l'est tous un peu, lui compris. J'aime sa
façon de restituer plutôt fidèlement le son du groupe, et de le sublimer, de faire
que tout cela colle. Pour Grand Public,
on était allé le chercher pour cette même raison  et je/on n'a jamais été déçus. Je n'ai jamais
eu envie de travailler avec quelqu'un qui s'accapare ce que je fais pour le
faire sonner, un producteur tel qu'on l'entend en général, je crois qu'on dit
parfois même réalisateur, moi, ça ne m'intéresse pas, je préfère toujours
participer à, faire en collaboration avec. Avec Jim, ça se passe toujours bien,
on est très connectés depuis le temps et on prend énormément de plaisir à tout
ça, donc non, pas près de changer de formule. La cerise sur le gâteau pour cet
album a été d'aller faire l'enregistrement là-bas. Après les Rabbits, on a
toujours enregistré par nos propres moyens et à la fin, j'allais mixer chez
Jim, pour celui-ci, étant donné que nous n'étions que deux, ce fut
économiquement faisable et pour le coup, ça change vraiment tout, et pour Jim
et pour nous, le fait de tout faire ensemble de a à z.

Plusieurs moments de
l’album m’ont fait penser à l’album Yeah ! Déjà dans l’esprit général
qu’il dégage. Dans le titre d’ouverture Hell
Yeah
et cette phrase sur le morceau Everybody
« J’ai pissé dans la piscine ». Vous aviez envie de retrouver un peu
de Yeah dans cet album ?

Oh non, à aucun moment ça ne m'a traversé l'esprit. Après,
c'est possible, cet esprit général dont tu parles, déjà le fait d'avoir
enregistré à Tucson, et puis bon, peut-être ma façon d'écrire les chansons, on
ne fait pas des chats avec des chiens.

Je me souviens d’un
super concert à l’Astrophone de Metz avec en final une reprise endiablée
d’AC/DC. C’est un album que vous avez déjà testé en live avant de
l’enregistrer ?

Oui, certaines chansons avaient été jouées en live,
d'ailleurs la reprise d'ac/dc a été enregistrée, mais finalement, on ne l'a pas
mise sur l'album. Le truc c'est qu'on a enregistré le gros de l'album en deux
semaines, on ne pouvait donc pas tout inventer sur place, mais on voulait
laisser une grosse part d''inconnue en ce qui concernait les arrangements, ça
n'était donc pas du luxe d'avoir quelques morceaux pré-existants.

On connaissait déjà
ton amour pour Pulp, pour le garage ou encore le disco, mais moins pour le hip
hop. Comment es-tu venu à écrire des morceaux comme Maico et Keep Rockin’ ?

C'est marrant ça, Keep
Rockin
, du hip hop ? Bon, après, c'est vrai que musicalement, je suis
plutôt large et que du hip hop, j'en écoute pas mal. Après, quand je fais un
morceau, il est le résultat du comment il s'est construit. Maico est parti d'un jam mpc-batterie, j'avais décidé de ne pas y
ajouter de guitare, donc forcément, ça emmène ailleurs, et tant mieux.

Les deux titres très
Spacemen 3 placés en toute fin d’album annoncent-ils une évolution possible des
French Cowboys vers ce style de musique ?

Beh non, rien n'annonce rien dans cet album, juste un état
des choses au moment présent. Si je regarde dans les tiroirs, le prochain
disque pourrait se barrer n'importe où, et c'est sans compter les tiroirs à
venir. Le son du prochain French Cowboy sera certainement intimement lié à sa
forme, instrumentation, invitées. Il faudrait que j'écoute ça, Spacemen 3, ça
fait plusieurs fois qu'on m'en parle.


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En parallèle sort la
B.O du film Tu seras un homme de
Benoît Cohen. Peux-tu nous en toucher quelques mots ?

Benoit Cohen, que je ne connaissais pas avant de collaborer
à son film, m'a appelé un an avant qu'il sorte, il voulait utiliser Home, le morceau qui ouvre notre
troisième album pour finir son film, il avait du mal à s'arrêter sur quelque
chose pour la musique, après avoir essayé pas mal de pistes, il m'a proposé de
m'y pencher. J'ai vu le film, ai trouvé qu'il n'y avait pas tellement besoin de
musique dans ce film donc j'ai dit ok. Je luis ai proposé divers pistes et il a
habillé son film avec, comme bon lui semblait, avec des morceaux pré-existants
et quelque inédits.

Tu as retrouvé les
mêmes sensations que lorsque tu as écrit la B.O d’Atomik Cicrcus ?

Non, vraiment pas. Sur Atomik
Circus
, on était six sur le coup, sans compter les réalisateurs, tout était
long, il fallait sans arrêt revenir sur les choses, les timings, l'ambiance, la
vitesse, chacun avait son idée sur les choses, à tel point que dans la B.O, il
y a même des morceaux que je n'aime pas, c'est tout dire.. Sur Tu seras un homme, j'étais tout seul,
Benoit écoutait, rebondissait, on a bossé par internet, disons que c'était
moderne. Et puis il a utilisé pas mal de morceaux pré-existants, non, c'était
chouette à faire.

La structure Havalina
Records te permet une grande souplesse ? Quelle sera la prochaine mutation
artistique des French Cowboy ?

Une grande souplesse… comme dirait le patron du label, no
money good records ! Mais oui, grande souplesse tout de même, je
plaisante. Je suis vraiment très fier que nous ayons pu monter ce label, c'est
une chouette aventure. La prochaine mutation, je ne sais pas. J'ai pas mal
d'envies. J'aimerais bien refaire quelque chose avec lisa, aussi avec ma copine
Charlotte du Volume Courbe, peut-être aussi les spectorettes, ça me manque les
collaborations féminines. Et puis un autre album de garçons vachers. Je ne sais
pas dans quel ordre, en tous cas, continuer.

Fred Landier (alias Rubin Steiner) dit dans
Magic que vous êtes « surtout des punks ». Pour toi, c’est quoi être
punk aujourd’hui ?

Je ne sais pas. En tous cas, je suis trop vieux pour être
punk, ça c'est sûr, et je ne crois pas l'avoir jamais été. Je ne sais pas ce
que c'est qu'être punk aujourd'hui, je ne crois pas d'ailleurs que ça serve à grand-chose.
J'aime bien les jeunes gens qui se démènent, qui essaient de construire quelque
chose, en réaction certes, mais de construire, de se débrouiller, de se
défendre, pour le futur.

French Cowboy & The One  / Havalina Records / Facebook

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