Interview et Mixtape : Chez. Kito. Kat Records

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C’est une fin d’année chargée qui se clôture pour le label messin Chez. Kito. Kat Records. Huit nouvelles sorties ont agrémenté le catalogue en traversant les genres musicaux (hip hop, electro, pop, blues…) avec une facilité et un éclectisme déconcertant.

Pour couronner le tout, Chez. Kito. Kat fête cette année ses cinq ans d’existence et d’activisme musical partagé entre la France et le Québec.  Pour l’occasion, plusieurs soirées mettront à l’honneur les groupes maison et les dernières sorties du label (Millimetrik, Kuston Beater, Kito Sounds #4 et Signal²). Il n’en fallait pas plus pour que Ground Control To Major Tom propose aux trois têtes pensantes du label (Samuel, Salima et Christophe) de faire un état des lieux de Chez Kito Kat lors d’une interview au long cours et de concocter spécialement pour les lecteurs de GCTMT une mixtape exclusive à écouter et à télécharger.

Chez Kito Kat

INTERVIEW

Avant tout, pouvez-vous présenter le label ? Comment et pourquoi est-il né ?

Samuel : Chez.Kito.Kat Records est un label regroupant une vingtaine d’artistes, essentiellement des projets musicaux, mais pas seulement, d’autres artistes visuels font aussi partie de la petite famille féline (photo, vidéo, graphisme). À ce jour, nous avons publié 25 références (Cd, Cdr, Vinyle) à notre catalogue. Mais nous ne faisons pas seulement que publier des disques, nous organisons aussi des concerts depuis le début, presqu’une centaine en 5 ans, entre la France, le Luxembourg et le Canada.

Nous avons créé l’association/label en Novembre 2006 avec Salima. Et Christophe nous a vite rejoint en 2007. Au départ, nous n’avions pas la prétention de sortir autant de disques, mais juste produire une fois de temps en temps en petites séries nos projets personnels. Et puis on est rentré dans l’engrenage. Nous avons commencé à prendre les choses vraiment au sérieux après le retour de notre exil canadien, avec la publication du premier LP de FiliaMotsa en 2009. Depuis, nous sortons une ou deux références par mois. Nous sommes trois à gérer le truc, mais aucun n’en a fait son gagne pain. On travaille tous les trois à coté. J’insiste sur ce point, car il est déterminant dans la ligne de conduite que nous avons adopté jusqu’à présent, le fait de ne pas en vivre et ne pas en être dépendant financièrement nous oblige à beaucoup moins de concessions artistiques (et institutionnelles).

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Comment définiriez-vous l’esthétique musicale et graphique du label ?

Christophe : Je pense que nous avons réussi à dévelloper une cohérence dans ce que nous proposons, nous nous retrouvons autour d’une sensibilité commune. Nous avons chacun des influences et une culture musicale propres qui nous permettent, je pense, d’avoir une certaine ouverture d’esprit face aux projets que nous soutenons. C’est cette diversité et cette ouverture d’esprit qui aujourd’hui font notre indendité.

Samuel : C’est assez difficile de définir l’esthétique musicale du label. Il y a aussi bien des projets aux références “Indie pop” (Alone With King Kong, Twin Pricks) que des projets plus expérimentaux (Mr Bios, Dog Bless You, Signal²) d’autre clairement plus electro (Beat For Sale, Kuston Beater…) du hip hop (Télémaque) et même du dubstep (E1000). Il n’y a pas vraiment d’ esthétique à proprement parlé, nous publions simplement les disques de gens dont le travail nous touche.  En même temps, je pense que l’esthétique s’impose d’elle même, beaucoup de gens nous disent qu’ils commencent à reconnaitre le son « kito ».

Au niveau du graphisme, nous essayons de nous renouveler, multiplier les expériences avec différents graphistes. En leur laissant toujours une grande part de liberté dans leurs travaux. Je dois tout de même t’avouer que nous avons une petite préférence pour le travail photographique, le Land Art. C’est un peu cette logique que Christophe a développé sur le design de notre nouveau site Web, ou que je développe lorsque je travaille sur des affiches de concert.

Salima: Notre état d’esprit a implicitement définit une ligne directrice esthétique et musicale, celle de la créativité et de l’indépendance, loin des carcans commerciaux.

A-t ’elle changé depuis les débuts ?

Samuel : Les 3 dernières sorties du label sont tout 3 des projets aux influences electroniques (Kuston Beater, Millimetrik et Signal²). Et puis les 3 précédents étaient Blues (Dr Geo) Hip Hop (Telemaque) et Pop (AWKK) Ce qui n’a donc clairement pas changé depuis le début, c’est cet eclectisme dans l’esthétique des productions kito. Ce qui a changé par contre, c’est peut être la qualité des enregistrements, des publications et  des productions de nos artistes qui n’ont plus rien à envier aux artistes bichonnés par les grosses écuries.

 Christophe : Nous avons beaucoup appris au fur et à mesure des disques que nous avons produit ce qui nous a permi d’être plus exigeant quant à la qualité des enregistrements que nous proposons. Les rencontres que nous avons pu faire ont été determinantes pour le label, nous avons la chance de pouvoir travailler avec des personnes talentueuse et compétentes, c’est la richesse de cette structure, des personnalités différentes et complémentaires.

Des labels vous ont-ils  inspiré ?

Samuel : Il y a pas mal de labels qui, plus que m’ inspirer, ont forgé mon parcours et mon expérience musicale. Que ce soit des micro labels, ou des structures un peu plus confirmées. J’ai fait de la recherche en DEA et trois années de doctorat en art sur l’analyse des micro labels indépendants au Canada et dans la grande région. Disons que je baigne dans ce milieu depuis un bout de temps. Et qu’automatiquement ça inspire.

Difficile maintenant de tous les énumérer.  Pour la forme, Si je ne devais en citer qu’un, je dirais Kranky. Un label qui fait l’unanimité parmis nous trois je pense, que ce soit dans l’esthétique, le choix des artistes, la longévité, et cette espèce de non exubérence dans l’image qu’il développe. Nombre d’artistes que l’on affectionne sont passés par ce label. Un des rares labels ou je peux acheter n’importe quelle référence du catalogue les yeux fermés.

Salima: Idem.

Christophe : Je rejoins l’avis de Salima et Samuel, Kranky reste une influence très forte pour moi, dans la diversité et la qualité des artistes, idem pour des labels tels que Thrill Jockey, ou des labels à tendance plus électronique (Kitti Yo, Chain Reaction, Scape…).

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Quels regards portez-vous sur ces cinq années écoulées ?

Christophe : Cinq années de plaisir, de rencontres, de projets, je souhaite que l’on puisse continuer avec cette même envie et ce dynamisme.

Salima: J’ai appris à coudre, à découper du papier plus vite que mon ombre et à mieux gérer mes ampoules aux mains (rires)

Samuel : Je préfère regarder  le présent pour le moment. C’est déjà pas mal prenant !

Quels ont été les faits marquants de ces cinq dernières années ?

Samuel : De mon coté, je dirais la rencontre et le travail au quotidien avec tout ces artistes qui font le label. C’est mon fait marquant. La découverte de toutes ces personnalités. Apprendre à travailler avec chacun.

Votre label regroupe aussi bien des groupes pop, electro, hip hop…Comment choisissez-vous les artistes et pouvez-vous nous en présenter quelques-uns ?

Samuel : Il n’y a pas de norme mise en place dans le processus de choix des artistes. C’est un peu du cas par cas. Lorsqu’on aime un projet, on fait en sorte de pouvoir le publier. Quelques uns des artistes kito sont des amis de longue date (Dr Geo, Twin Pricks), d’autres sont des personnes que l’on cotoyait lors de soirées dans la région et dont le travail nous a plu (Kuston Beater, Telemaque). Et puis il y a les “non locaux”, comme E1000, le québécois, avec qui j’ai partagé une scène à quebec en 2008, ce qui nous a amené à rester en contact. Signal² dont j’avais croisé brièvement Etienne lors de la tournée de Twin Pricks à Clermont Ferrant et avec qui nous avons aussi gardé contact jusqu’à publier le premier EP. Millimetrik, l’autre québécois,  qui était présent lors de notre première organisation de concert en 2006 avec son groupe Below The Sea.

Salima: Le verbe choisir est inapproprié pour moi…ici, il s’agit bien plus de rencontres entre un groupe et un label qui décide de faire un bout de chemin ensemble, et souvent d’être ami.

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Dernièrement Tsugi donnait la parole aux labels indépendants en leur posant la question : Pourquoi un label en 2011 ? Que signifie pour Chez Kito Kat Records d’être un label en 2011 ?

Samuel : Pourquoi un label ? Je vais te répondre franchement : 1)La folie 2)L’utopie ou le rêve d’un gosse 3)l’amour de la musique 4)l’amour de l’objet unique (c’est beau, non ?)

Pour Chez.Kito.Kat, être un label en 2011 signifie simplement réunir des artistes avec leur force et leur faiblesse autour d’un projet commun. Sans prétentions. Car au fond, on sait très bien que faire des disques à notre époque n’est plus du tout une activité rentable. Ça dévient juste un truc de passioné. Voir des fois, vu le temps que l’on passe dessus, un truc de monomaniaques un peu barjot.

Salima: Moi, c’est très simple comme équation. Tu veux, tu fais et on verra bien après.

Comment vivez-vous la situation actuelle du commerce du disque ?

Christophe : Clairement le but n’est pas de faire du profit, l’objectif est avant tout d’équilibrer le budget et d’avoir suffisament de trésorerie pour financer nos projets. Notre démarche est avant tout de se faire plaisir sans pour autant rechercher une professionnallisation de la structure, nous avons tous un métier un coté et ce serait utopique de croire que nous pourrions vivre de nos activités. Nous n’avons pas vocation à devenir une entreprise.

Samuel : On a dupliqué notre premier disque en 2006 avec Salima et une copine plasticienne. C’était un disque de Dog Bless You, mon projet perso. C’était le début de myspace. On en avait fait une centaine. Au final, je les ai tous donné gracieusement. Tu parles d’un bon début dans le « commerce du disque ».

L’industrie du disque était déjà annoncée agonisante à cette époque. Nous n’avons jamais connu « l’industrie du disque » en tant que tel depuis la naissance du label. On a toujours connu l’artisanat du disque. Et ça me va comme ça. À partir du moment ou l’on rembourse notre investissement et que l’on peut récupérer assez pour refaire de nouveaux disques… On tourne depuis 5 ans avec les même 1000 euros de fond de caisse. Même pas de quoi financer les frais mensuels de mayonnaise pour les frites dans la cantine des employés d’Universal Music.

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 Quels sont les projets immédiats de Kito Kat Records ?

Samuel : 4 disques sortent pour les festivités d’anniversaire. Ce qui nous fait une année 2011 riche de 12 publications. On va déjà se concentrer sur la promotion de ces disques, les faire circuler et diffuser nos artistes. Faire des disques, c’est un métier, mais les faire circuler après, c’est tout un job aussi !

Comment voyez-vous le label dans cinq ans ?

Samuel : De mon coté, C’est assez difficile de me projeter. C’est pas mon mode de fonctionnement. Je ne regarde pas vers le futur. Je ne fais pas de projet. Nos journées sont assez concentrées pour éviter de s’encombrer du futur.

Salima: en 2016!!! Coudre le plus long disque du monde! (rires) Sérieusement. Chez.Kito.Kat aime se laisser vivre.

Comment allez-vous fêter les 5 ans  du label?

Au départ on était  parti sur l’organisation de 2 dates, entre les Trinitaires à Metz et le D:qliq à Luxembourg Ville. On a réussi à inclure la release party de Kuston Beater à L’Exit07 et une conférence à la médiathèque de Metz. Si tu rajoutes à ça la publication des 4 disques en 3 semaines, ça nous fait un bon mois de célébration bien chargé !

Salima: avec de la bière, de la musique et  des potes!

MIXTAPE

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