Bernard Fèvre alias Black Devil Disco Club

En préambule de la parution d’une chronique de son album Circus, Bernard Fèvre, le cultissime leader de Black Devil Disco Club s’est prêté au jeu des questions-réponses lors d’une interview pour Ground Control To Major Tom.

Bernard Fèvre présentera son nouveau live le 28 mai au 104 à Paris et le 3 juin au Festival des Nuits Sonores à Lyon. Et propose en téléchargement libre un remix de de To Ardent par Grovesnor ICI.

L’album « Circus » est disponible en CD, LP et téléchargement.

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A chaque nouvel album, il y a quelque chose de nouveau, de différent et de surprenant et pourtant c’est comme le prolongement du précédent. Comment arrivez-vous à vous renouveler tout en gardant le même son reconnaissable entre tous ?

J’essaie toujours de ne pas me retourner sur mon passé, mais je reste moi même: je continue à faire du Bernard Fèvre ou du Black Devil et je pense que le prolongement que vous ressentez est là. J’ai un son assez particulier mais j’essaye toujours de faire quelque chose de nouveau, par exemple dans les structures de chansons, dans les harmonies, ou dans les paroles. C’est beaucoup de travail que d’avancer tout en restant fidèle à son essence d’origine, mais c’est excitant. Ça ne m’interesse pas de refaire le même disque qu’en 1978, ça serait trop facile et franchement pas amusant.

D’ailleurs d’où vient votre son ? C’est quelque chose que vous travaillez beaucoup ? Et de quelles manières ?

Il vient de la façon dont mes oreilles analysent les sons, elles n’aiment pas le son « hôpital »: froid et morbide. Mes corrections vont donc toujours vers l’analogique: plus sensuel, inventif et vivant. Parfois il me faut beaucoup de temps pour atteindre un son imaginé dans ma tête. Pour le maîtriser c’est encore une autre histoire mais j’ai mon fouet et ma panoplie de dompteur.

Circus est très ambitieux. Pouvez-vous expliquer sa touche rock voir post punk ?

Vous savez dans mon coeur il y a plein d’époques musicales: le rock c’est mon adolescence, le punk c’était mon arrivée à l’âge adulte. J’aime plus que tout les Beatles et leur sophistication pop mais le punk a été important dans le sens où il a décomplexé les artistes et les modes de productions. Cette fois-ci j’ai donc eu envie de m’amuser avec ces deux courants qui font partie de ma mémoire, même s’il n’y a pas une note de guitare sur CIRCUS. Peut-être une autre fois j’essaierai d’intégrer du reggae, de la polka ou du tango, voir une valse de Vienne !

C’est la première fois qu’il y a autant de featuring dans l’un de vos albums. Pourquoi ?

Parce que ce sont des gens que j’adore, pour leur aura, leur message, leur provoc’, leur jeunesse et leur talent. J’étais curieux de savoir si autant de voix différentes pouvaient vivre au sein de ma musique, car leur monde est certainement très différent du mien, mais à ma grande satisfaction ça fonctionne à merveille, ça donne quelque chose de surnaturel, d’hybride, à la fois attirant et dangereux.

Comment se sont déroulées les collaborations avec les différents artistes aux univers si décalés ?

Pour certains, nous avons enregistré à Londres, d’autres sont venus à Paris dans mon studio et les plus lointains m’ont transmis leur voix par Internet. Je n’avais jamais fait ça auparavant, mais ce sont des pros donc tout a fonctionné à merveille.

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Quelle collaboration a été la plus marquante et pourquoi ?

Évidemment le fait d’avoir une réponse positive de Nancy Sinatra pour un featuring, c’était magique pour l’ancien teenager que je suis. Avec ses « boots pour marcher » des années 60 et la gloire mondiale du papa Frank Sinatra, je ne pouvais pas penser que moi le petit français, qui bredouille l’Anglais, et dont on a jeté la musique en 1978,  pouvait intéresser aujourd’hui des stars du show biz Americain. Les autres collaborations n’en sont pas moins exceptionnelles mais Nancy Sinatra c’est ma jeunesse.

Presque trente ans c’est écoulé entre vos deux premiers albums. Qu’est-ce qui a changé dans votre musique ?

Elle fait comme moi elle prend des rides, heureusement, comme disent les comédiens, ce sont des rides d’expression, donc je pense que mon expression est encore plus marquée et reconnaissable.

Voyez-vous des similitudes entre votre musique et certains artistes de la scène electro ? Quels regards portez-vous sur la musique d’aujourd’hui ?

Pas souvent, juste sur quelques sons. Et je pense que c’est bien comme ça, chacun doit trouver sa musique. La musique aujourd’hui est parfois très chiante (5mn sur la même boucle ça gonfle), ou parfois c’est trop fouillis (trop d’influences) ou parfois ce n’est juste pas très inspiré ou pas du tout novateur. C’est du travail mine de rien. Dans les jeunes noms j’aime bien Pilooski, Horse Meat Disco, Leo Zero, Stopmakingme, Logo, Danger, Sauvage…j’en oublie surement, mais j’ai eu la chance d’être remixé par eux et ça emmène mes chansons vers d’autres contrées.

BDDCtypologo

 

Etes-vous conscient que vous faites parti de ces artistes qui ont influencé la scène electro actuelle et que vous êtes en quelque sorte « cultissime ». Comment réagit-on face à cela ?

Je suis fier  comme ces premiers de la classe qui recevaient une médaille d’excellence dans les années 50, et dont je n’ai jamais fait partie. Autrement je reste plutôt calme, mais je me la péterais surement si j’étais un gamin.

Vous tournez pas mal à l’étranger alors qu’en France vous êtes peu, voir pas, connu. Quel l’accueil recevez-vous au-delà de nos frontières ?

La France est un pays ancien qui n’écoute pas les gens à l’esprit nouveaux qui l’habitent, les artistes en souffrent, sauf nos artistes « ris de veau » (c’est à dire à l’ancienne).

À l’étranger j’ai un accueil formidable. Je pense que dans beaucoup des pays que je visite, la créativité est souvent plus importante que la bouffe. Mais qui a raison?

La production d’autres artistes c’est quelques choses qui pourrait vous attirez un jour ?

Oui, ça me tente. J’aime autant l’élaboration que la démonstration, si je rencontre des gens qui me plaisent, pourquoi pas. Mais attention: si le diable est magnétique, il est aussi parfois satanique!