Interview Black Rebel Motorcycle Club

Black Rebel Motorcycle Club © Sébastien Grisey

Le festival de Les Nuits de l’Alligator est toujours un rendez-vous incontournable lorsqu’il passe à L’Autre Canal. On se rappelle encore du concert d’Hanni El Khatib en 2012. Cette année, la venue de Black Rebel Motorcycle Club en tête d’affiche de la soirée obligea l’équipe d’Electrophone à affuter ses questions auxquelles Peter Hayes a répondu malgré un état maladif et de fatigue avancé qui a obligé le groupe à annuler sa date à Besançon le lendemain.

On parle ici de fantôme, de prière, de Specter at the Feast, de Dave Grohl et de Sundance.

Propos recueillis par Sébastien, Marie et Damien en février 2013.

Traduction Sébastien

Il vous a fallu environ 3 ans pour sortir « Specter at the feast » et j’ai entendu que c’était Dave Grohl qui vous avait motivé à enregistrer à nouveau.

En fait, il était en train de réaliser un documentaire sur un studio mythique à Los Angeles (Sun City) et il nous a demandé d’être impliqué dans le projet, d’enregistrer quelques morceaux. Il nous a laissé du temps dans ce studio, c’était très sympa et ça a été un peu l’étincelle qui a en effet réveillé la possibilité d’enregistrer à nouveau. Nous avons juste fait quelques prises de batterie, des lignes de basse basiques et quelques guitares dans le studio qu’il a créé avec cette table de mixage qu’il a ramenée de Sun City. Nous avons aussi enregistré chez nous et à Santa Cruz.

Vous avez donc enregistré dans 3 lieux différents pour terminer semble-t-il dans un bureau de poste abandonné. Tu peux nous en dire plus ?

En fait, on a passé au moins un an à ne faire que répéter. D’abord, ça nous a pris presque un an pour nous remettre …de la vie qu’on venait d’avoir. En gros on ne faisait que jammer, créant des bouts de morceaux mais sans jamais rien terminer. Finalement, on a commencé à essayer de nouer tout ça. On est allé dans le studio de Dave en premier, travailler avec le producteur….merde c’est quoi son nom…Chris ? Il nous a emmené dans le désert de Joshua où il vit, c’était plus simple pour lui. Ensuite on a fait quelques morceaux là-bas. Puis on est allé à Santa Cruz. L’idée c’était de continuer à écrire. On était sur la piste d’un double album avec une moitié très rock et l’autre plus calme avec de très belles chansons, mais à ce stade, j’avais l’impression d’un peu trop me répéter au niveau des textes donc on a fait un peu marche arrière pour revenir à un format plus standard. J’ai continué à écrire, tous les jours. En même temps, je faisais des balades en motos dans les montagnes et les textes venaient comme ça.

Est-ce que tu dirais que l’endroit où tu écris fait directement partie de ton inspiration ?

Un peu mais ça ne marche pas exactement comme ça, en tout cas pas pour moi, peut-être pour d’autres. Pour moi, ça arrive après que les choses se soient déroulées. Quand tu es dans le désert, tu vis l’instant, tu te dis « ouah c’est magnifique » et finalement tu vis ta vie et c’est plus tard que tu vas puiser dans cette expérience, mais ça ne produit pas directement des textes.

BRMC-1-5© Damien Boyer

Leah est arrivée dans le groupe depuis Beat the Devils Tatoo, quelle est sa place dans le groupe ?

Elle est un membre à part entière, aucune différence, elle apporte sa contribution sur tout ce qu’on fait.

Le titre de l’album « Specter at the feast » fait référence à MacBeth de Shakespear. Y-a-t-il un spectre qui hante cet album ?

hmmm c’est plus une référence visuelle en fait. On aimait l’idée que tout l’aspect visuel de l’album tourne autour de cette esthétique, les images, la pochette, tout ce qui entoure l’album, qu’il y ait une unité. Le but c’est de laisser l’imagination de chacun y piocher ce qu’elle veut. Pour chacun de nous ça a une signification différente.

…ok c’est donc pourquoi la pochette en particulier ressemble à un livre…

…oui en fait c’est l’idée de Rob, moi je n’y suis pour rien…Au départ, on avait engagé une société pour bosser sur les visuels…je vais essayer de ne rien dire de méchant (rire) …ils nous proposaient des choses mais rien ne collait et Rob s’est pointé avec cette idée du livre et on a travaillé avec la fille qui a fait tous les dessins et tout de suite c’était dans l’esprit de ce qu’on avait envie de faire…

Mais non les morceaux n’ont rien à voir avec le livre. L’idée de Rob était plutôt de mettre en scène ce qu’on considère comme de la grande littérature mais de façon très modeste, sans bling bling, qui nous ressemble au final…enfin tu vois…regarde à quoi je ressemble (il éclate de rire).

Est-ce que la littérature est quelque chose d’important pour toi, est-ce que tu lis beaucoup ?

Non, je devrais lire beaucoup plus, les livres sont clairement un excellent endroit pour expérimenter la vie, au même titre que le désert dont on parlait tout à l’heure. Ton corps peut y absorber plein de choses qui ressortiront plus tard. J’ai tendance à entrer dans les librairies, je vais au rayon poésie et je pioche au hasard, j’ouvre un livre, je lis quelques passage comme tu ferais avec la bible. Dés fois quelque chose m’interpelle et ça déclenche d’autres choses et quand ça arrive, je me réjouis.

BRMC-1© Damien Boyer

Tu parlais de l’impression de te répéter dans tes textes à certains moments, comment gères-tu quand tu te sens bloqué dans ton écriture ?

(il hésite longuement)…je prie… (et éclate de rire) … je prie et j’espère qu’un putain de quelque chose va finir par arriver et parfois ça ne marche pas. Il y a des morceaux qui comptent beaucoup pour Rob ou pour moi et sur lesquels je n’ai jamais réussi à mettre un texte et pour le moment nous les avons mis de côté en espérant que quelque chose viendrait plus tard. Il faut être patient mais vigilant aussi, ne pas devenir paresseux non plus et être respectueux de quoi que ce soit qui vienne avec un peu de substance, la moindre petite chose, ça peut arriver à 4 heure du matin quand tu es en plein milieu de ton sommeil. Quand ça arrive c’est important de l’écrire et de donner une suite, de ne pas juste te dire oh non je suis trop fatigué…mais bon je dis ça et bien sur la plupart du temps je suis putain de paresseux…mais je pense que c’est ce respect qui est la seule solution pour sortir des moments de manque d’inspiration.

ça semble fonctionner puisque vous en êtes à votre septième album…

… euh ça reste sujet à débat (rire)

Ça devient de plus en plus difficile ?

oui…oui, il faut réussir à être à l’aise avec le fait de se répéter un peu, dire les mêmes choses mais de manières différentes. Les sujets sont toujours similaires, seuls les mots changent

Et comment est ta vie quand tu n’es pas en tournée ou en train d’enregistrer ?

Assez ennuyeuse… On a quand même de la chance, généralement quand on termine une tournée ou qu’on s’apprête à en démarrer une, on essaie d’avoir une semaine de plus à l’endroit où l’on se trouve et on loue des motos. Nous en faisons tous les trois et c’est le côté plaisant. On essaie de bouger, d’en voir un peu plus que juste les loges des clubs où l’on joue… Mais en dehors de ça, la vie quotidienne est assez banale et ce qui se passe pour être totalement honnête c’est qu’on est vite à cours d’argent. On a pas vendu des millions de disques et on n’a pas d’argent sur lequel on peut se reposer… assez peu sont dans cette situation de confort en fait…

BRMC-1-9© Damien Boyer

Comment vous vous situez par rapport à la nouvelle scène garage de San Francisco d’où vous venez ? Des groupes comme Ty Segall ou Thee oh sees ?

Oh ! Ce sont de nouveaux groupes ça ! On n’a jamais été non plus lié à une scène aux Strokes ou aux White Stripes non plus. Je ne sais pas qui définit tout ça. On ne fait que jouer et tout le monde est invité à nos soirées, mais on ne traine pas avec d’autres groupes, on n’est pas amis alors que c’est ça qu’il faut faire pour faire partie d’un « club »

Et êtes-vous impliqués dans des collaborations ?

Non pas pour le moment. On a tous fait des choses avec d’autres. Leah jouait avec Dead Combo et les Raveonettes. Rob jouait avec un groupe Anglais dont j’ai oublié le nom. Dark Horses je crois. On vient de finir une bande son pour un film qui s’appelle « Life After Death » qui a été présenté à Sundance. C’était une chouette expérience d’ailleurs…et on aide quelques groupes. Mais quand ce sont des groupes, on essaie que notre nom ne soit pas attaché à eux parce que, quelque part, c’est injuste pour qui que ce soit d’être jugé sur ça. Ça peut être très frustrant pour le groupe d’entendre « ah c’est le groupe de BRMC… ». Ça leur donne tout de suite une étiquette et ça fausse le jugement.

Toi-même, as-tu déjà été étiqueté comme ça ?

Oui avec Dig (célèbre documentaire sur les parcours croisés des Dandy Warhols et du Brian Jonestown Massacre dont Peter Hayes faisait partie à l’époque) ça arrive…Du style « oh BRMC ils sont célèbres parce que..etc…. » alors que non. On était un groupe bien avant que je sois impliqué dans ce docu. En fait, c’est surtout pour nos fans. Je ne veux pas qu’ils se sentent obligés d’aimer tel ou tel groupe sous prétexte qu’on a travaillé avec eux. Je préfère agir comme un fantôme en arrière-plan.

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