Illegal Operation :: Down

(c) Pavlos Kosmidis

Le meilleur album de Nick Cave de ces dix dernières années viendrait-il du groupe grec Illegal Operation ?  Cette question putassiére a le mérite d’être posée, car les petits protégés du label Inner Ear Records viennent, avec Down, de sortir l’album que l’on n’attendait plus de la part de l’Australien. C’est, certes, un peu trompeur de comparer Illegal Operation aux Bad Seeds, mais c’est néanmoins la première chose que l’on pense lorsque s’ouvre le disque sur le titre qui a donné son nom à l’album. Rythme bluesy, tonalité sombre et lourde, chœurs burnés, tempo lent dirigé par une basse ronde… tout est là pour nous emmener vers de nouvelles ballades meurtrières.
On navigue ici dans les eaux troubles d’une poésie noire toute droite sortie des bayous du Mississippi. Finie l’époque de l’album Blue Project où ils revisitaient Willie Dixon, Robert Pete Williams et John Lee Hooker à la manière de Tom Waits. Maintenant, le blues, ils l’ont en eux ; il coule dans leurs veines.  Avec Down, le blues n’est pas une fin en soi, mais le début d’une histoire. Les membres d’Illegal Operation ne parlent plus des histoires qu’ils ont entendues, mais préfèrent parler de celles qu’ils ont vécues. L’état politique et économique de la Grèce n’est certainement pas étranger à cette prise de conscience artistique. De la même manière que les bluesmen des années 30, ils ont eux aussi connu leur Grande Dépression. Il n’y a donc plus chez eux cette inhibition qu’ils avaient lorsqu’ils se cachaient derrière des reprises. Blue Project était leur Kicking Against the Pricks, Down est leur Let Love In.

Damien