Iggy Pop :: Zombie Birdhouse

Ça n’aura échappé à personne que nous sommes dans une période de rééditions d’albums à outrance. Certaines sont plus justifiées que d’autres. On loue la justesse et le besoin de rééditions d’albums oubliés qui, en leur temps, n’ont pas bénéficié de la lumière qu’ils méritaient car pressés en très peu d’exemplaires et donc très vite tombés dans les oubliettes du rock (au passage merci Replica Records et Le Souffle Continu pour leur travail). Par contre, on a du mal à se laisser tenter par les rééditions d’albums qui n’apportent pas d’éclairage nouveau à la cause rock et disponible, si vous avez un peu de patience, en édition originale et à très bas prix chez n’importe quel bon disquaire. La sensation d’être pris pour un porte-monnaie sur pied est d’autant plus désagréable lorsqu’on nous propose à l’achat un album mineur dans la carrière d’un artiste majeur. Zombie Birdhouse d’Iggy Pop, réédité par Caroline International sous division d’Universal, est de ceux-là. Album secondaire dans la carrière solo de l’iguane, Zombie Birdhouse n’a pas la qualité ni l’originalité des monuments que sont The Idiot et Lust For Life, deux albums devant beaucoup à la présence de David Bowie.
Lors de la parution de Zombie Birdhouse (1982), l’ex Stooges connait une période creuse. Il est lâché par sa maison de disque Arista. Son dernier album méritant l’écoute reste à cette époque New Values paru cinq ans plus tôt. Entre temps, Iggy Pop sort des albums mauvais qui connaissent tous des échecs commerciaux cuisant.  Zombie Birdhouse subit le même sort. Pourtant, il avait tout pour connaitre quelques fortunes. Chris Stein de Blondie est à la production en même temps que d’être à la basse. C’est aussi sur son tout nouveau label – Animal Records – que l’album sort. Pour accompagner « Monsieur Debbie Harry », il y a Clem Burke (Blondie) à la batterie et Rob Duprey guitariste déjà présent sur les précédents enregistrements. Sur le papier, cette collaboration entre Iggy Pop et des membres de Blondie aurait pu faire des miracles mais il faut bien dire que le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. ‘’Run Like A Villain’’ et ‘’The Villagers’’ ressemblent à du mauvais Stooges sans la folie éruptive. ‘’Angry Hills’’ est une ballade chantée à la limite de la justesse tout comme ‘’The Ballad Ok Cookie Mc Bride’’. Iggy Pop se prend pour un crooner pop sur ‘’Ordinary Bummer’’, chose qu’il ne maîtrise pas encore. ‘’Eat Or Be Eaten’’ et ‘’Platonic’’ subissent les frasques d’une production trop marquée 80’s et deviennent inécoutables aujourd’hui.
Les seuls titres vraiment intéressant sont ceux qui, à l’époque, ont dû en dérouter plus d’un. Plusieurs morceaux sont en effet le résultat d’expérimentations heureuses. Le travail de répétition de boucles sur ‘’Life Of Work’’ pourrait sortir aujourd’hui que l’on y verrait que du feu. Idem avec ‘’Watching The News’’ et ‘’Street Crazies’’ où Iggy Pop se prend respectivement pour Alan Vega et Johnny Rotten. Ces trois morceaux ont très certainement contribué à l’échec commercial de Zombie Birdhouse. Mais, quitte à connaitre un nouvel échec, il aurait peut-être mieux valu que le couple Chris Stein/Iggy Pop poursuive cette veine expérimentale. Zombie Birdhouse serait assurément aujourd’hui un album culte.
Chris Stein a fait un mauvais pari avec Iggy Pop. Heureusement qu’au même moment il sort le second album de Gun Club Miami, ville dans laquelle vit aujourd’hui Iggy Pop.

Damien