Ifriqiyya Electrique :: Laylet El Booree

Copyright Renaud de Foville

Il y a des groupes que l’on peine à étiqueter, à faire entrer dans des cases, et s’ils se font assez rares, se sont bien souvent les meilleurs. L’Ifriqiyya Electrique est de ceux-là. Avec Laylet el Booree (La nuit de la folie), son deuxième album, elle persiste à vouloir s’affranchir en partie des codes, des conventions, pour créer l’unique, être au plus proche du vrai, pour un résultat hors normes.
Derrière cette entité singulière qu’est l’Ifriqiyya Electrique, nous retrouvons notamment deux orfèvres de la musique, Gianna Greco (Putan Club) et François R. Cambuzat (Putan Club, l’Enfance Rouge…), dont vous pouvez lire l’interview océan réalisée pour Electrophone, qui ont à cœur de se jeter corps et âme dans tout ce qu’ils entreprennent. A leurs côtés Yahya Chouchen, Fatma Chebbi et Tarek Soltan apportent leur savoir ancestral, celui du rituel Saharien de la Banga. De cette rencontre, avant tout humaine, est née une musique à la frontière des genres et des cultures. Ensemble ils ne se réclament d’aucune église, d’aucune chapelle, ils prennent l’Occident dans ce qu’il a de plus industriel, de plus brute, auquel ils mélangent des traditions mystiques, incantatoires, des profondeurs du désert tunisien.
Laylet el Booree est fait d’audace, de sagesse et de folie. C’est une invitation à côtoyer les esprits. Si l’Ifriqiyya Electrique ne vous laisse pas complètement sans repères, car il y a matière à déceler des connexions avec le travail de Justin K. Broadrick (Godflesh) ou encore Einstürzende Neubauten, l’album est aussi imprévisible que son prédécesseur. Les rythmiques sont obsédantes, les compositions intenses et l’expérience, ou devrais-je plutôt dire le voyage, est véritablement autre. Aussi étrange, voire perturbante, soit la musique de l’Ifriqiyya Electrique, celle-ci n’en est pas moins universelle. Elle résonne dans les corps et éveille les âmes. Laylet el Booree se vit et doit encore certainement prendre une toute autre ampleur sur scène. S’y plonger c’est se laisser posséder.
Laylet el Booree est un disque passionnant, foisonnant d’idées et incroyablement pertinent. Foncez donc vous faire adorciser par l’Ifriqiyya Electrique ! Ça n’est pas remboursé par la sécu mais ça fait un bien fou.

Jocelyn H.