Iceage :: Beyondless

© Steve Gullick

Cela a déjà été dit, mais il est bon de le redire, Iceage est un des groupes de rock les plus prometteurs de ces dernières années. Sex-appeal ravageur, textes hors normes et compositions aussi léchées que primitives, Iceage incarne le rock’n’roll comme on ne fait quasiment plus que le fantasmer : noir, sulfureux et sensuel. Depuis 10 ans, de Richard Hell à Iggy Pop, certains des plus grands se sont accordés à dire que les danois d’Iceage sont définitivement incontournables. Leur nouvel album, Beyondless, n’est qu’une très bonne raison supplémentaire de les écouter.

On les dit punk, on les dit rock, on les dit gothico-romantiques, on les dit sauvages, mais qu’importe. Il n’y a qu’une certitude, leur quatrième et nouvel album est de la trempe des meilleurs albums de Nick Cave, comprenez savamment arrangé, enragé et diablement habité. On tient avec Beyondless un disque essentiel. Si vous voulez une dénomination fantaisiste, je dirais, juste pour le plaisir de la formule, que Beyondless est un véritable brûlot de post-punk-jazz-rock shakespearien. La force de Iceage est d’être en mesure de perpétuellement expérimenter tout en sachant garder un sens aiguë de la mélodie. Quand Elias Bender Rønnenfelt dit avoir écrit ses textes, isolé dans une tour, la nuit, nous n’avons aucun mal à visualiser le tableau dans ce qu’il a de plus romantique, tout particulièrement quand on l’entend les déclamer avec son flow si particulier. Il maitrise ici sa voix plus que jamais. Il n’est plus dans une perpétuelle dissonance aux relents éthyliques rageurs. Tout en restant imprévisible, il gagne en maturité et en subtilité. La colère n’est plus son seul moteur et cela se sent. Des arrangements qui accompagnent ses textes se dégage une certaine forme de grandeur, voire de grandiloquence, à grand renfort de cuivres notamment. Pour autant, rien n’est de trop. L’équilibre est parfaitement maitrisé. Si quatre années ont passées depuis la sortie de Plowing Into the Field of Love, leur précédent opus, il apparaît évident que les différentes sorties de Marching Church, l’indissociable « side-project » d’Iceage, à servi de laboratoire pour parfaire la musique d’Iceage. Il ne s’est pas passé quatre années sans Iceage, il s’est passé quatre années avec Marching Church. Avec Beyondless, Iceage ose, est ambitieux, quitte à perdre certains fans de ses débuts plus punks. C’est dans cet état d’esprit que l’on trouvera un superbe duo avec Sky Ferreira sur le morceau ‘Pain Killer’. Titre après titre, on se prête à penser qu’Iceage atteint presque la perfection. Avec tant d’ambition et de talent, il est évident que l’on attend la suite avec impatience.

Beyondless est de ces albums qui regardent vers le futur. Iceage n’a apparemment pas vocation à stagner et est bien parti pour tutoyer les plus grands. L’âge de glace n’a jamais été aussi bienvenu.

Jocelyn H.