Hommage à Nick Marsch (1962-2015)

© Kev Bradshaw

L’objectif de ce jour de mois d’août 1984 était simple. Allez choper du single dans une de ces boutiques tout au bout de Portobello Road à Londres. Avec mon pote Bruno. Se taper le premier km et ses boutiques d’antiquités étaient pénibles. La délivrance passait par l’apparition de Rough Trade, célèbre disquaire indépendant, pour enfin aboutir sur la partie de la rue la plus destroy et intéressante, juste au niveau du pont ou passe l’autoroute. Trois élégants Rude Boys faisaient le guet devant une boutique spécialisée, cinq Rastas hilares assis sur les marches du disquaire reggae mataient les clients de la boutique d’en face, un indé spécialisé New Wave, Post Punk. Enfin plus loin, la boutique jazz agissait comme une merde pour les moucherons barbus à lunettes. Il s’agissait de ne pas de se planter quant au choix des 45t. Pas vraiment les moyens de se payer des 33t, trop chers si ce n’était dans les Records and Tapes Exchange. Mon dévolu se porta sur Dear Prudence, somptueuse reprise du titre des Beatles par Siouxie & the Banshees, Follow the Leader par Killing Joke et le premier 45 de PIL emballé dans sa version Daily Mirror.

À cette époque je m’essayais à la basse électrique sans vraiment de conviction. J’avais hésité à m’en séparer avant mon voyage londonien afin de pouvoir ramener encore plus de disques. Devant le comptoir se tenait le vendeur au look batcave, s’occupant de la vente mais aussi du djing. Le 45 t qu’il avait enchaîné au dernier single des Skeletal Family démarrait par un sacré riff de basse comme je les adorais. Grosse basse sur laquelle la guitare venait se greffer. La voix, splendide selon les critères goth de l’époque, venait répéter de manière récurrente un mot : Subterraneans. Il s’agissait du nouveau single des Flesh For Lulu, groupe puisant ses références autant dans le classical rock que la New Wave voir la Gipsy Gothic, dans une veine proche de groupes tels que Bauhaus, Sister of Mercy ou Inca Babies. Et ce groupe avait un sacré chanteur dénommé Nick Marsch. De retour en France, le 45 t ne cessera de tourner sur ma platine Grundig. Toujours cette ligne de basse entêtante que je m’efforcerai à reproduire avec mon instrument pendant toute l’année. Puis j’arrive à les interviewer pour mon fanzine. Ils se montreront ouverts et patients, contents que l’on puisse s’intéresser à eux en France ou ils ne joueront jamais. Je suivi encore les sorties vinyles du groupe pendant 4 ou 5 années recevant de temps à autres des nouvelles via la poste. S’éloignant du post punk et s’élançant a la conquête du marché américain, Nick Marsch et ses acolytes suivront les trace d’un Billy Idol, en surfant sur une forme de glam rock paillettes, riffs stoniens et production a la mode le tout sous la coupelle du nouveau media fort de l’époque, MTV. Bien leur fasse, car le succès est au rendez-vous grâce à quelques bons titres qui servaient de BO dans des séries TV à succès. Postcard from Paradise, I Go Crazy, et Time and Space flirteront avec les charts. Les tournées avec PIL, Ramones ou Sisters of Mercy aux Usa leur permettront d’y conforter leur réputation de bon groupe live. Puis Flesh for Lulu se séparera au début des années 90, Nick Marsch reprenant son boulot de décorateur tout en alternant diverses formations comme The Urban Voodoo Machine ou en solo jusqu’en 2013 ou, il reforme les Flesh For Lulu à l’aide de nouveaux comparses dont Will Crewdson qui joua avec Adam & The Ants et Sigue Sigue Sputnik entre autres. En 2002 Paul Westerberg des Replacements reprendra Postcard From Paradise sur son album mais en morceau caché. Le succès de l’album et de cette reprise ne profitera pas à Nick Marsch, car non déclarée, elle n’engendrera pas de royalties au regret de ce dernier. Frappé par un cancer en 2014, Nick Marsch donnera encore et encore des concerts en Angleterre, espérant pouvoir tourner à nouveau aux États-Unis tout en multipliant les projets musicaux notamment avec sa compagne Katharine Blake sous le nom d’Under the Deep. Rattrapé par la maladie début 2015, Nick donnera deux derniers concerts à Valence et Londres avec brio et classe avant d’être hospitalisé à nouveau. Il décédera le 5 juin. Et j’ai repris ma basse ce soir là et j’ai rejoué le riff de Subterraneans.

Mathieu