Hommage à André Popp

arton175537

Le cœur en berne.

Dérèglement climatique oblige, nous subissons depuis quelques jours une nouveauté météorologique : les giboulées de mai. Voilà le genre de jeux de mots que n’aurait pas renié André Popp, qui a donc décidé, lui l’homme de l’ombre, de s’éclipser pour de bon il y a quelques jours. Je ne vais pas vous infliger une biographie forcement inégale du bon André, vous avez Google pour ça, mais voilà le genre de carrière à l’ancienne qui pourrait me faire rêver. André a côtoyé, écrit et arrangé pour les plus grands. De Greco, à Brel, Boris Vian, Henri Salvador et bien d’autres. Mais bizarrement son succès (d’estime au moins) il le connut grâce à ses disques solo, surtout un en particulier : Delirium in Hi Fi, sorti sous le nom de Elsa Popping and her Pixieland band. Au dos de la pochette de la réédition pirate sortie il y a quelques années on peut y lire : « Ecouter la musique d’Elsa Popping c’est un peu comme regarder un film 3D sans les lunettes ou bien tenir une conversation sous l’eau ». Et c’est vrai qu’il y a de ça. C’est foutraque, c’est tordu, c’est gai, c’est swagg même. Bref c’est Popp. Ça ne ressemble à rien, parce que c’est libre, décomplexé, et ce qui fait pousser les glandes du respect c’est que c’est sorti en 1958. Des Arcade Fire, Alt-J, et tous les groupes Français avec un tom basse à côté du chanteur feraient bien de se taper un petit retour aux sources du Popp. Preuve s’il en est qu’en musique comme en physique, rien ne se perd tout se transforme. Sur la pochette de son deuxième album solo sorti en 1972, Le Coeur en Fête, André pose en sous-pull acrylique au milieu d’une forêt clairsemée. Sans qu’on le voit à première vue, il se confond dans le paysage, les bras croisés, attentiste. Comme un vrai arrangeur se doit d’être, dans l’ombre, discret et aux aguets.

Voilà André, comme nous avons le même éditeur toi et moi, je m’étais pris à rêver d’une collaboration, d’une reprise, n’importe quoi pour te rencontrer un jour, mais ça n’arrivera pas. J’espère que là ou tu es, dans les Jardins de Marmara tu vas pouvoir croquer toutes les pommes du Paradis.

PS : le label Espagnol Wha Wha records à sorti une réédition du Coeur en Fête en 2012.

Jean Elliot Senior

Son