Heavy Trash :: Interview

Heavy Trash

© Sébastien Grisey

Comme chaque année, la venue du festival Les Nuits de l’Alligator est un rendez-vous immanquable pour tous les amoureux de rock trempé dans le Bayou.
L’année dernière, nous avions rencontré Black Rebel Motorcycle Club. Cette année, Electrophone a mis un point d’honneur à rencontrer sa tête d’affiche : Heavy Trash, le projet du charismatique Jon Spencer (Pussy Galore, Jon Spencer Blues Explosion) et Matt Verta-Ray (Madder Rose, Speedball Baby). Six ans après Midnight Soul Serenade, Heavy Trash revient avec Noir !, un long EP composé d’inédits sortis au début du mois d’avril sur le label Bronzerat Records pour sa série « Aphonos »

Rencontre avec Matt, le plus francophone des deux, pendant que Jon installait son merch sur une minuscule table parce qu’Archive (en concert le même soir dans une salle de l’Autre Canal) trustait tout l’endroit prévu à cet effet.

Heavy trash a sorti 3 albums en 6 ans, pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’en refaire un ?
Je ne sais pas, nous avons un studio à nous donc nous n’avons pas d’excuses ! Le 4e album était fait à 90%, mais on est tous les deux très occupés. Jon a fait des tournées avec le Blues Explosion et moi je travaille comme producteur pour d’autres groupes. À New York tout coûte très cher, c’est difficile pour moi de refuser du travail. C’est dommage, mais c’est plus tentant d’accepter du boulot plutôt que de travailler sur ma propre musique. À New York, c’est comme ça, il y a beaucoup de pression, il faut gagner de l’argent pour pouvoir garder le studio !

Vous avez trouvé le temps de partir en tournée, est-ce que ça annonce un nouvel album ?
Nous avons un nouvel album sur The Bronzerat, que nous appellerons plutôt un long EP parce que se sont plus des morceaux expérimentaux, des soundtracks, mais le « vrai » album sortira, cette année, je pense.

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© Damien

Vous parlez de l’album Noir ! ?
Oui, Noir est notre album expérimental, l’autre album n’a pas encore de titre, on ne sait pas encore exactement quand il sortira, mais on espère en fin d’année. C’est emmerdant parce qu’il est presque fini !

Pourquoi ce titre,  Noir ! ?
En anglais, quand on parle de cinéma, on parle de film noir, on utilise beaucoup de terminologies françaises. Comme l’album a un côté « soundtracks », c’est un peu la bande-son d’un film qui n’aurait pas encore été fait !

Pourquoi avoir voulu faire ce genre d’album, des bandes-son, des morceaux inédits.. ?
Jon et moi avons tous les deux été en école d’art, on aime le rock n roll, mais notre formation a été Charlie Feathers, Elvis Presley, Marcel Duchamp.. Quand on voit nos groupes, Speedball Baby, Blues Explosion, ils sont « art-damaged », très influencés par des expérimentations. Nous c’est le rock’n’roll, mais il y a toujours un contre-courant, une pointe différente, quelque chose de caché et de subversif. C’est toujours là, mais cette fois-ci, nous l’avons laissé monter à la surface.

Concernant le tracklisting de l’album Noir !. La seule chanson que l’on connait est White Book. Les autres titres ont été composés spécialement pour Noir, ou bien ça avait été composé auparavant ?
Ça avait été composé avant ! White book était seulement sur un disque pour le Japon non ? Je ne sais plus. En tout cas on n’avait pas composé les morceaux spécialement pour Noir. J’ai fait un peu de mixage sur des morceaux que l’on avait. Comme on a un studio, on a beaucoup de bandes qui pendent partout. Parfois, on ne sait même plus ce qu’il y a dessus alors on écoute et on se dit « hey, ça c’est plutôt cool ! ». C’est un luxe, ça nous donne le temps de faire n’importe quoi, on peut les laisser de côté quelques années et de retomber dessus, les réécouter. Mais c’est aussi dangereux, tu as vite tendance à les laisser pour plus tard parce que tu le peux. « Laisse-le là, on est occupé pour le moment, mais t’inquiète pas, on a un studio ! » et après ton disque met 3 ans à sortir… C’est bien aussi d’avoir un temps limité pour le studio à mon avis, ça te force à te concentrer. C’est comme en psychothérapie. Ils disent que le fait de payer son psy est très important, ça aide le patient à se concentrer sur le but à atteindre, ça donne des limites à ce que tu peux faire. « Great art craves chains “, Stravinski disait ça. L’art a besoin d’être enchaîné, limité pour naître.

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© Damien

Heavy Trash ressemble à une cour de récréation pour toi et Jon Spencer. C’est un duo avec un backing band qui change régulièrement.. Vous le ressentez également comme ça ?
Oui, et dans le sens le plus positif possible ! Pour faire de l’art, et faire n’importe quoi de créatif d’ailleurs, il faut l’étincelle de départ, l’impulsion. Il faut te mettre dans le même état d’esprit qu’un enfant, c’est du jeu, de l’amusement. Jon et moi, nous avons tous les deux un sens de l’humour tordu. Idéalement, on écrit des morceaux, on est dans un bon état d’esprit, on a un studio, on boit des bières, on allume la console et on s’amuse. On ne se met aucune pression là-dessus. Les choses les plus cool sortent quand tu t’amuses, donc il faut que ça reste une cour de récré ! C’est ironique parce que souvent les gens prennent leur art très au sérieux. Ce n’est pas que tu ne dois pas travailler dur, mais je pense qu’être trop sérieux peut gêner le processus.

Vos projets respectifs influencent beaucoup ce que vous faites avec Heavy Trash ?
Inévitablement ça déteint oui, on avait même l’habitude de jouer les morceaux des uns et des autres pendant nos sets. On reste les mêmes personnes, on ne peut pas tout compartimenter. Parfois l’un d’entre nous va écrire un morceau et l’on va se dire « ça, ça ne correspond pas entièrement à Heavy Trash, peut-être que ça ira pour un autre projet ». Maintenant j’ai un projet avec ma femme, elle joue de l’orgue et est la chanteuse du groupe, mais elle parle plus qu’elle ne chante, dans le genre de Nico du Velvet Underground. Là aussi, parfois on compose un morceau qui fonctionnera mieux pour Heavy Trash ou un autre groupe ! C’est mieux de ne pas écrire pour un projet, mais de juste écrire et voir où ça collera le mieux. Aussi, Jon est la voix d’Heavy Trash, c’est impossible de ne pas faire l’association. Sa voix est très reconnaissable, que tu l’entendes dans un film, une pub ou sur un album tu sais tout de suite que c’est lui. C’est impossible de ne pas l’associer à Heavy Trash et au Blues Explosion, et ça relie forcement les projets.

Vos pochettes d’albums sont souvent des dessins, ça vous tient particulièrement à cœur ?
Il y a assez des photos de nous. On n’a pas besoin d’en avoir plus ! Aussi, on aime tous les deux beaucoup les comics. Je sais que les Français aiment particulièrement les bandes dessinées aussi. La pochette de Midnight Soul Serenade a été faite par Jean Luc Navette, je crois qu’il vient d’ici non ?

Il vient de Lyon.

Il est très talentueux, c’est aussi un tatoueur !

Comment l’avez-vous rencontré ? Il est connu ici, il a fait les pochettes d’albums de plusieurs groupes de la région.
Oui, aussi pour Reverend Beatman. Elle est super. Son travail est très sombre, vraiment… Noir ! On jouait à Oslo en Norvège, et j’ai vu quelqu’un qui portait un t-shirt avec un superbe dessin et je suis allé lui demander qui l’avait fait. Le mec m’a dit que c’était un Français, alors j’ai cherché et je l’ai trouvé ! Il était très sympa, il a accepté de faire notre pochette.

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Qui a fait la pochette de l’album Noir ! ?
The Bronzerat Records a sorti Seriès Aphonos, une série de disques de groupes alternatifs qui sortent de leur style habituel. Ils devaient changer, enregistrer autre chose que ce qu’ils font d’habitude. Un artiste a fait toutes les pochettes de cette série. Il a un style très tranché, en aplat, du genre du début des 60’s, et l’on a trouvé cela tellement cool qu’on lui a demandé de faire notre pochette. Il est venu avec quelques idées à lui, on lui a fait des suggestions et on a choisi. (Il ne se souviendra plus du nom Julian Montague)

Vous pouvez nous donner quelques infos sur le prochain album après Noir ? Est-ce qu’il sera plus trash, plus blues… ?
Sur les albums d’avant on avait utilisé des backing band au complet, comme les danois Power Solo. Mais sur celui-là, la plupart du temps c’était moi, ou Jon, qui avons fait la batterie. On n’est pas des batteurs, alors ça sonne un peu plus DIY, Mississippi style. Mais c’est bien comme ça, ça donne un coté très personnel et cohérent. Il y a du rock n roll, du blues pur, des chansons pop, des trucs complètement barrés… Un peu de tout !

Tu parlais des bandes dans ton studio, vous enregistrez entièrement en analogique ?
Oui ! On a un ordinateur aussi, parce que l’on a des projets qui viennent de l’extérieur et que l’on doit récupérer par internet, dans ces cas-là je fais le mixage sur l’ordi. Mais d’habitude c’est sur bande. On a eu l’opportunité de comparer les deux, il a fallu bouger des voix et c’était difficile à faire sur la bande alors on l’a passé dans l’ordinateur. J’ai écouté les deux mixs, et la bande sonne tellement mieux ! Donc maintenant on fait les ajustements sur l’ordi, et on le remet sur bande après.

Quels groupes apprécies-tu aujourd’hui ?
Notre bassiste a un one man band, Bloodshot Bill. Il est putain de bon, c’est du vrai rockabilly ! Il y a un groupe d’Atlanta aussi, les Subsonics, ils sont parmi mes préférés. C’est dommage parce qu’ils jouent depuis longtemps mais ne sont pas très connus. Ils sont très bons ! À New York, il y a beaucoup de bons groupes. J’ai produit un groupe qui s’appelle Daddy Long Legs, du hard blues avec de l’harmonica. Ils sont très bons, très avancés.

Propos recueillis par Sébastien, Marie et Damien

Photos Sébastien et Damien

Traduction Marie

Merci à Arnaud, Bader et Karine.

 

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