Gonjasufi :: Callus

gonjasufi-callus review chronique electrophone

Nous sommes en 2010. Un ami très proche répète à qui veut l’entendre que l’album A Sufi and A Killer de Summa Ecks (Alias Gonjasufi) est un disque qu’il convient de classer parmi les meilleurs de l’année. Je renâcle un  peu  (sans doute suis-je encore sous la gifle reçue à l’écoute de ‘Your Future Our Cuttler ‘ de The Fall et ne tiens guère à m’éloigner de cette atmosphère). Et puis  je me décide enfin et pendant des semaines, tout ce qui m’offre la possibilité d’une écoute résonne au son de ‘She Gone’ , ‘Suzie Q’ ou ‘Kowboyz &  Indians ‘. Je comprends mieux dès lors les raisons pour lesquelles certains le qualifient d’album visionnaire.

Six ans plus tard et après le décevant MU.ZZ.LE paru en 2012, voilà que se présente Callus, troisième effort du californien qu’il décrit comme un ‘document qui embrasse la haine et la douleur’.  Le constat est vite établi : l’allure générale de l’album est oppressive et sombre, le son Lo-fi lui fournit la substance cauchemardesque (‘Maniac Depressant’), les instrumentaux traînent lâchant des débris de fuzz, on ne peut pas véritablement parler de mélodie mais plutôt d’ambiance  à l’instar de ‘Nearly God’ de Tricky sorti une vingtaine d’années auparavant (‘Poltergeist’ , ‘The Kill’ – morceau dont l’ex The Cure Pearl Thomson assure la partie guitare-’).  Les savants bidouillages hip-hop nous rappellent également l’album concept Mellow-Gold de Beck, les notes tremblantes,  les mots à travers le brouillard de réverbération et le casting non-conventionnel de sa voix se rapprochent eux de la sensibilité d’un Lee Scratch Perry.

Le rêche et psychédélique trip-hop   ‘Prints of Sin’, l’Electroclash  de ‘Krishna Punk’ et ‘Vinaigrette’, le folklorique ‘Greasemonkey’ sont là pour confirmer que Summa Ecks défie tous les ordres établis et viennent révéler des configurations musicales inédites (‘Elephant Man’ , ‘The Conspiracy’). L’intériorisation de la douleur  flagrante sur ‘Poltergeist’ s’intensifie sur ‘Surfinfinity’, descente aux enfers de plus de 4 minutes. Parce qu’il opère une apologie de la résilience, l’album s’intitule Callus -un dermatologue décrirait ceci comme une seconde peau durcie suite à de nombreuses frictions –  parce qu’il faut bien vivre au diapason du désespoir suscité par la perception d’un monde devenu fou.

Inutile de chercher une unité dans ce disque qui ressemble fort à un support musical pour une psychothérapie.

A l’arrivée ce sont dix- neuf titres au format relativement court,  et quand le funèbre ‘Shakin Parasites’ émerge près de la fin, il est bientôt temps de rembobiner et de replonger dans cette addiction.

Hervé