Goat :: Requiem

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Il y a deux Goat en ce bas-monde. Les  japonais d’Osaka et les suédois originaires de Korpolombolo, petit village de cinq cents âmes où, jadis,  des chrétiens décidèrent de brûler les infidèles qui pratiquaient depuis des siècles la magie vaudou. World Music, leur premier album paru en 2012 qui excita les plumes et conquis les oreilles, fut d’ailleurs fortement imprégné de ces funestes évènements.  Le trio – deux gars, une fille – qui se présente masqué,   est  désormais  établi à Göteborg,  puise son inspiration notamment dans le patrimoine folk suédois et ses ballades qui  incitent à la rêverie et à la dance tels des contes oniriques scandinaves.

Thomas Pynchon et ses deux acolytes utilisent au maximum la transversalité, parfois Kraut sur l’instrumentale (‘GoatBand’), parfois pop-psyche dévastatrice  (‘Goatfuzz’), parfois folk empruntée au chant traditionnel suédois (‘Goodbye’), les quatorze titres sont portés par de bouleversantes et irréprochables mélodies. Le résultat est déroutant et enthousiasmant. Requiem est un disque de quête d’identité et de modernité (‘Alarms’ et le solo de guitare distordue),  de la dichotomie que cela peut générer (‘It’s not me’ ou bien  ‘Temple Rythme’ soutenu par des rythmes tribaux associés à une flûte).

Même si le groupe considère que Requiem est son album le plus folk, il est aussi dans la continuité de World Music et de Commune leur second disque qui dressaient les contours d’universalité et d’ethnicité  (guitares sahariennes à la Tinariwen,  rock ardent sur ‘All-seeing Eye’, flûte aux forts accents de la Cordillère des Andes ‘Union of Mind and Soul’,  ligne de piano hypnotique sur ‘Ubutu’).  Qui peut s’en plaindre ? Goat est une redoutable machine à danser (sirtaki contemporain ‘Try my Robe’, effet zouk sur ‘Trouble in the streets’) et lorsque vous écouterez ‘I Sing in Silence’, le plus beau de tous, votre journée n’aura décidément pas la même saveur.

Hervé