Georgio ‘The Dove’ Valentino :: Une rencontre dure longtemps ?

Tant pis, il est parti. C’est trop tard. Clap clap clap de fin ? Georgio ‘The Dove’ Valentino aura pourtant bien silloné l’Europe, même s’il a surtout insisté hors de nos frontières et sous des latitudes lui rappelant sa Floride natale. Est-ce là qu’il a eu le mal du pays ?

Quoiqu’il en soit, voici la chronique rétrospective de nos rencontres.

La dernière, qui n’aura pas aboutie, aurait pu avoir lieu mardi 28 novembre 2017. Le 29 je recevais:

– « Hey Flo, see you tonight ? »

– « Ah mince, tu devais venir hier, je pouvais, mais ce soir je suis coincé. Je te revois quand ? »

– « mmmhhh maybe never, time will tell ».

C’est ainsi qu’il m’annonçait son retour aux USA, quelques semaines après que l’on ait fêté son mariage auquel il m’invitait ainsi :

– « Hey Flo, getting married this week end, will you come ? »

– « Attends, j’appelle ma boss, je gère la garde des mômes, et je te redis ».

On est lundi, il se marie samedi au Luxembourg mais m’envoie

– « Just going to Australia for a few gigs, see you saturday ».

On se retrouve à une soirée où l’on fête tout ça avec des gens ayant fait bosser 10 compagnies aériennes. Dave Graney et Clare Moore viennent d’Australie, d’autres arrivent de Suède pour l’occase et certains de Los Angeles. Je tente une incursion avec un accent anglais qui fait ressortir mon ascendance alsacienne. On parle du mix du dernier album qui va sortir : « The Future Lasts A Long Time ».

Enregistré au Luxembourg, en Australie, à Toulouse, en Irlande, mixé à Los Angeles par un type qui a couru sous les balles avec le disque dur (really).

Pourquoi la fin ? Allez savoir, quoiqu’il en soit le titre pourrait ressembler à une fulgurance de Woody Allen. C’est fini, mais ça peut durer longtemps.

Et ce disque ? 13 juillet 2017 je reçois ça :

– « Hey Flo, do you remember the song I talked about last year ? I’d like to record it with you tomorrow ».

– « Ok Georges, tu ne me l’as jamais envoyée aussi »

– « All’s gonna be fine ».

21h je reçois le titre. Une reprise de Bowie complexe et bourré de nuances qu’il veut ‘dékitscher’ car la version originelle sortie pour Labyrinth a périmé. Il veut un son que je ne sais pas comment atteindre (« acid wah as pathologic as Syd Barrett »). Clairement, il me prend pour un excellent musicien alors que je ne sais même pas déchiffrer les accords en système anglais qu’il m’envoie dans la foulée. La nuit fût courte, et on se retrouve le 14 juillet pour une étrange séance où je nage au vu mètre, mais son sourire m’indique que je suis dans les bonnes eaux. Il repart content, c’est donc l’avant dernière fois que l’on se voit.

Deux semaines auparavant, il m’écrivait :

– « Could be in Luxembourg tomorrow ? »

– « Ben écoute je vois, c’est pour quoi ? »

– « You’ll see, I trust you ».

Putain le stress. J’y vais avec mon gamin de neuf ans. Je prépare un sac de voyage pour quelques heures au cas où. Une console de jeux, 10 goûters, un ballon de foot, coup de fil à la maîtresse « demain j’pense que c’est mort m’dame, il est tout malade là».

J’arrive et parle avec un type pendant une heure avant de comprendre que c’est Alexandre Alquier, lui-même que je voulais voir. Plein de zicos passent, ça parle allemand/luxembourgeois/américain/portugais. Seul Alex parle le Pagnol et a oublié sa méthode Assimil.

La journée passe, on est à Niederanven et ça ressemble à Silent Hill version beau temps. Les boeings n’arrêtent pas de nous frôler et c’est au pied d’une église qu’on découvre ce qui nous attend dans le Tounstudio aux manettes de Thierry Hames de retour de Londres.

La journée passe, et je me retrouve devant un ultime ultimatum :

– « Well Flo, there’s a song I’d like you to play on. But we have less than half an hour to do it. Is it ok ? »

– « Pas de problème, fais moi écouter et c’est parti ! (sourire colgate râté, pas moyen de faire plus bright) ».

Mon dieu, c’est bourré d’évolutions de partout, la structure est meuble au possible. Je fais des respirations, exercice d’intronisation en mode fast. Je suis là face à une vue imprenable, la forêt si proche. Je vois passer le ballon de mon gamin qui me fait des signes dès qu’il met un but à Eric Becker ou Patrizia. J’entre dans la musique et après un « two takes, it will be ok » on envoie. Je suis rincé et je me plante, mais vache qu’il est bon ce morceau. Vache qu’il est dingue ce nouveau disque. Putain ce que j’adore ces gens et ce type, sa musique, ces dizaines de personnes que j’ai rencontrées depuis.

Je me souviens alors comment je l’ai rencontré. J’avais écrit une chronique pour Gonzaï pour un album fou : «Mille plateaux ».

Je l’écoutais en boucle jusqu’à ce qu’il me contacte par mail :

– « will be sticking around Metz tomorrow, can we meet ? ». De ce jour l’amitié a commencé, les concerts ensemble et une première collaboration pour Satyros Ironykos avec David McClymont et Mick Harvey, Blaine Reininger et tant d’autres. Je me souviens de ces moments toujours inattendus, ces apparitions étranges, ces contacts impromptus avec tous ceux qui l’ont croisé. Comme un générique sans fin. Je repense à ça, je ne sais pas encore qu’il va bientôt partir. La musique m’emporte, je slide sans plus réfléchir et le voilà qui entre dans la cabine, sourire en coin, pouce levé :

– « It’s all good Flo, you did it ».

Aujourd’hui il achève ou entame sa tournée américaine, ses au revoirs qui bizarrement le font découvrir à tant qui lui disent « comment ai-je pu mettre dix ans à te connaître ? ».

Parce que personne ne le connaît vraiment et qu’il a passé ces dix dernières années à courir le globe pour y répondre.

Bar Clau