Forever Pavot :: Interview

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© Sébastien Grisey

Forever Pavot
09/04/2015
Église des Trinitaires

Qui es-tu ?

Je m’appelle Émile Sornin, j’ai 29 ans, je suis musicien et je travaille sur ce projet solo, Forever Pavot, depuis 3-4 ans

Tu dis projet solo, ça veut dire que tu joues aussi au sein de groupes ?

Pas en ce moment. J’en ai eu beaucoup mais là c’est vraiment le premier projet où je contrôle tout, sur l’album j’ai joué tous les instruments et j’ai tout composé. Avant ça j’ai joué beaucoup de styles de musique depuis que je suis ado, j’ai fait partie de plein de groupes très variés, rock, hip-hop, reggae, des choses très différentes. J’ai commencé comme beaucoup par faire des reprises de Nirvana et de Rage Against The Machine, ensuite j’ai fait du reggae, après je suis revenu à des choses plus énervées, c’est à cette période que je me suis le plus bougé en terme de concerts, ensuite du métal, post-hardcore et en parallèle quand j’étais ado j’avais une grande passion pour le hip-hop et je faisais beaucoup d’instrus, je m’intéressais au sample, c’est là que j’ai commencé à collectionner les disques et au final tous ces styles différents m’ont amené à Forever Pavot.

Ta culture musicale s’est donc formée comme ça, au travers de tes groupes ?

Oui, avec des copains, j’ai aussi des mentors qui m’ont beaucoup apporté. Julien et Benjamin d’Aquaserge en font partie. Ils m’ont fait découvrir beaucoup de choses, il y a une dizaine d’années. Quand j’étais à La Rochelle, mon ami Steve, qui était à fond dans le punk hardcore, m’a initié à plein de styles et surtout à être très ouvert sur la musique. Mon frère y a participé aussi.

D’où vient le nom Forever Pavot ?

Au départ je devais faire le projet Forever Pavot avec un ami et un jour il est venu chez moi avec une trousse d’écolier pleine d’inscriptions au Tipp-ex, il avait dû l’acheter chez Emmaus ou un truc comme ça. Parmi ces inscriptions il y avait écrit « Flower Power » et je ne sais pas pourquoi en jetant juste un œil rapide j’ai lu FOREVER PAVOT. Ça nous a fait rire et j’ai gardé le nom. D’ailleurs j’invite les gens à faire le test, écrire « flower power » de la main gauche ou en fermant les yeux par exemple et vous verrez que ça peut vite ressembler à Forever Pavot. (Rires)

Tu rends hommage à Aquaserge avec le titre « Electric Mami » qui est le nom de leur studio ? Pourquoi ?

Comme je le disais, ce sont des mentors pour moi, ils m’ont appris beaucoup de choses. C’est aussi en les voyant en live que j’ai vraiment réalisé que c’était cette musique que je voulais jouer. C’est ce qui m’a fait quitter le punk. On s’est d’abord rencontrés au Trois Baudets, ils faisaient le backing band pour April March, ma copine travaillait là-bas et je passais des 45 tours après le concert, du yéyé 60s du Gainsbourg, des musiques de films et ça leur avait beaucoup plus, ils étaient venus me voir « faut qu’on refasse des trucs ensemble… » Je les ensuite vu vraiment la première fois en concert au Gare aux Gorille à Paris il y a 6 ou 7 ans, j’ai pris une énorme claque. Ensuite j’ai monté un groupe qui s’appelait Arun Tazieff, qui était plus prog que Forever Pavot, je les ai faits jouer à la Mécanique ondulatoire un soir où Arun Tazzieff jouait. On a enregistré l’EP d’Arun Tazzieff chez eux et puis voilà on est devenus copains. Ensuite, j’ai joué deux ans de la batterie pour Hyperclean avec Benjamin qui était à la basse.
Je me suis installé pour une période de 6 mois à la Mami, leur studio, je faisais des allers-retours entre Paris et chez eux et c’est là que j’ai commencé à concrétiser l’album Forever Pavot avec Benjamin qui m’enregistrait. J’ai fait une partie des enregistrements chez moi, une partie là-bas et l’album est un mélange de tout ça.

Ta musique a un côté très cinématographique, est-ce que ça a quelque chose à voir avec ton passé de clippeur ou ça vient d’une culture cinématographique que tu t’es faite par ailleurs ?

Non ça n’est pas vraiment lié. Je n’ai pas une très grande culture cinéma 60s ou 70s. Ce sont surtout les BO, les compositeurs, les arrangements qui m’intéressent et souvent je connais assez peu les films. Bien sûr, j’aime l’esthétique des films de cette époque, mais c’est vraiment la musique qui m’intéresse avant tout.

Tu disais avoir composé et joué tout l’album seul, comment s’est fait le passage de l’album à la scène où vous êtes 5 à jouer ?

Je me suis posé beaucoup de questions. Sur l’album, il y a des morceaux avec 6 ou 7 couches de clavecin et de claviers différents. Le clavier est vraiment l’instrument dominant de l’album et sur scène, je ne peux pas reproduire ça. Du coup, on réarrange. À certains moments, je dois avoir les deux mains sur l’orgue et le clavecin doit être joué par Antoine à la guitare. Il y a des notes de flûtes ou de mellotron qu’Arnaud va jouer à la flûte traversière. Sur certains morceaux où il n’y a pas vraiment de batterie, Cédric notre batteur va apporter quelque chose. Ça commence à faire un moment que l’on joue ensemble et tout le monde comprend bien le feeling que ça doit avoir et tu verras que c’est beaucoup plus rock en live que sur l’album.

Tu te sens mieux sur scène ou en studio ?

En studio. Cela dit, je prends de plus en pus de plaisir à la scène, en ce moment on s’éclate vraiment. Les gens sont adorables dans les lieux où l’on joue. J’étais quelqu’un de très timide, je m’arrange maintenant. Au début, j’assumais très peu ma voix, c’est pour ça que je faisais beaucoup de morceaux instrumentaux et, finalement maintenant j’adore chanter. Par contre, le studio me manque pendant la tournée. Je n’ai pas le temps d’enregistrer quoi que ce soit.

Quand tu es en studio quelle est ton approche, plutôt une expérimentation avec les sons ou plutôt une mise en musique d’un film imaginaire que tu aurais en tête ?

C’est assez classique, je crois comme démarche. Comme beaucoup de gens qui font de la pop, je pars d’un clavier ou d’une guitare sur laquelle je vais trouver une mélodie, quelques accords, je pose des sons dessus. Du fait que je suis seul, je n’ai personne pour jouer directement dessus donc j’enregistre des boucles que je me repasse et au fur et à mesure j’ajoute une batterie, une basse etc…. Généralement chez moi je pars d’une idée de rythmiques, j’enregistre une batterie, puis un clavier, puis une basse, puis une guitare, puis le chant et je fignole.

On sait que JB est très fan de musiques de films 60s, comment s’est fait ton deal avec le label Born Bad ?

J’ai sorti un premier 45 tours « Forever Pavot » il y a 4 ans, tiré à 50 exemplaires que je filai à des copains. JB et moi avons un ami commun qui s’appelle Damien Lapeyre, il est vendeur de disques spécialisé pour les collectionneurs et il tient la boutique de disques de la salle de musique actuelle « La Sirène » à La Rochelle. Quand mon 45t est sorti il m’en a demandé quelques exemplaires pour mettre sur sa page Ebay et JB en a acheté un par hasard. Il a aimé et m’a ensuite contacté en me disant qu’il avait trouvé ça super, que ça lui rappelait François de Roubaix etc… À partir de là j’ai commencé à lui envoyer plein de morceaux, des trucs en chantier, je lui ai envoyé tout ce que j’avais, j’étais super excité, des morceaux folk, punk, mais au final rien de vraiment terminé. Un an après j’ai enregistré des morceaux chez Aquaserge, je lui ai envoyé, mais, ce n’était pas encore le moment et, finalement l’été dernier il m’a dit qu’il sentait bien les morceaux et que l’on allait sortir l’album à la rentrée. Ça a donc duré deux ans, à discuter, attendre que le projet mûrisse bien, c’est long pour moi qui fais partie d’une génération de zappeurs, qui a envie que tout aille vite, mais au final, ça valait le coup d’attendre.

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La pochette de l’album est très marquante avec son style naïf, peux-tu nous en dire plus sur son origine ?

C’est Catherine Hershey, qui chante aussi sur l’album, qui l’a dessinée. C’est une amie que les membres d’Aquaserge m’ont présentée. Il y a 3-4 ans, je suis allé prendre le thé chez elle, elle était en train de faire le portrait de son fils aux crayons de couleur et j’ai trouvé ça magnifique, ça m’a fait penser à « La Planète Sauvage » (ndr : film d’animation de 1973 dessiné par Roland Topor), des trucs comme ça, une illustration très naïve mais un peu flippante en même temps. Je lui ai demandé si elle voulait bien faire un portrait de moi mais sans penser à une pochette à ce moment-là, je pensais le filer à ma copine ou à ma mère et elle me l’a fait. Au même moment je lui ai demandé si je pouvais utiliser le portrait de son fils pour mon 45 tours, elle m’a fait un autre dessin de forêt avec plein de détails, très prog 70s. C’est ce dessin qui devait être à l’origine la pochette de l’album, mais entre-temps JB est tombé sur mon portrait en allant sur le site de Catherine et c’est lui qui m’a dit que je devrai le prendre pour la pochette, que c’était mon projet et que je devais assumer…bref au final le dessin de la forêt a fini comme insert dans l’album.

Ce soir, à l’Arsenal à Metz un peu avant ton concert il y a « A love Surpreme » de John Coltrane qui est revisité par Chrsitophe Dal Sasso et Lionel Belmondo en configuration Big Band, est-ce que le jazz c’est quelque chose qui t’intéresse, une piste que tu pourrais explorer dans le futur ?

Oui, carrément, je ne suis pas un grand connaisseur, mais en même temps je suis très friand de Jazz, j’aime le free, tout ce qui est bruitiste, enfin le jazz c’est tellement large, ça veut dire beaucoup de choses… Mon batteur et mon bassiste sont des jazzmen et forcément, ça se ressent. Sur le morceau « Ivresse de pacotille » par exemple, que j’ai enregistré sur l’album avec juste une espèce de clavier et des trucs de percussions, Cédric le batteur a improvisé un pattern de jazz hyper joli. Donc oui c’est une piste qui m’intéresse.

Propos recueillis par Sébastien

Photo Sébastien

Merci à Pauline et Clarisse