Faust :: Fresh Air

©JanLankisch

Les intentions de Faust n’ont jamais été faciles à discerner tout au long de leurs quarante années d’existence. Le groupe a toujours su déjouer les attentes et, l’imprévisibilité, au gré des différents line-up – line-up dont l’arbre généalogique ferait perdre la tête au meilleur des experts de la discipline – fait partie intégrante de son ADN, donnant à chaque album une incroyable fraîcheur.

La genèse de Fresh Air,  est tout aussi singulière : les deux membres fondateurs, Jean-Hervé Perron et Zappi Diermaier, ont décidé de parcourir les Etats-Unis et de rejoindre leurs amis pour l’enregistrer, tout ceci en vingt-huit jours. Successeur de l’excellent Just Us paru en 2014, ce treizième album studio est un disque mutin, propagandiste et caustique.  « Chlorophyl », qui trône fièrement en cinquième position, revisite « La Marseillaise » avec des fragments de discours et de déclamations dadaïstes ‘Allons Enfants de l’Anarchie’ ‘Contre nous de la bureaucratie, l’étendard futile est levé’, le tout cadencé par des rythmes jazz et kraut.

Les dix-sept premières minutes de Fresh Air sont une large plage d’exploration sonore, agrémentée d’un poème récité en polonais, avec un violon proéminent, une préparation au final bruitiste et au vacarme industriel qui intervient, à la moitié du morceau,  pour  bien insister sur le drame écologique  ‘We need fresh air in Tokyo, fresh air in New York’.

Surprise garantie sur « La Poulie », élément perturbateur, qui semble, de prime abord, n’avoir aucune légitimité, parce que, tout de même, une histoire de bricolage sur un disque contestataire, mais voilà que l’on se prend très vite à entrer tête baissée dans la rythmique tribale, à l’instar de « Sur le ventre » sur l’album précédent.

« Lights Flicker » nous rappelle, si besoin était, que Faust est un des rares groupes à jouer avec la furie du punk, la profondeur du post-rock et l’imagination psychédélique.

L’album est à paraître chez Bureau B ce mois-ci. Inutile de vous dire cela valait la peine d’attendre trois ans.

Hervé