Eluvium :: Shuffle Drones

23 « titres », 23 « drones » et 13 « minutes ». Voici tout ce dont n’est pas constitué Shuffle Drones, le nouveau disque d’Eluvium. Enfin si, mais pas vraiment. On pourrait aller plus loin, dire que ceci n’est pas un album. Bien sûr que c’en est un, mais pas vraiment. C’est rien et tout à la fois. Mais c’est surtout une simple idée de génie, infinie, sans limites et sans forme véritable.

Il n’y a n’y début, ni fin. Juste des variations, des modulations. Une sorte de langage universel, susceptible de parler à tous sans jamais ne dire la même chose. Avez-vous déjà essayé de visualiser la vastitude de l’univers ? De fermer les yeux et de faire ce grand saut vertigineux ? Vous n’imaginerez sans doute pas ce que j’imaginerai et inversement. Il y aurait des milliards d’univers si on exprimait chacun notre vision. Les similitudes seraient légion, tout autant que les variations. C’est un peu l’expérience que nous propose Matthew Cooper. Prenez ces 23 « pistes »,  mettez vous en mode aléatoire et lancez la lecture.

Je pourrais imager la chose de tellement de manières différentes. Je pourrais prendre pour exemple la nuit polaire. On est en décembre et la musique est parfaitement mélancolique. Oui, parlons donc de la nuit polaire. Car parler de la nuit polaire c’est un peu parler de cet album d’Eluvium. Celle dans laquelle on glisse progressivement, celle-ci gagnant en intensité et le froid en mordant. Avant même de ressentir physiquement le poids de l’obscurité, elle a déjà envahie votre esprit. Et chaque journée semble devenir une petite et lente variation de la précédente. A peu de choses près la même. Et puis petit à petit vous basculez vers la lumière. Et ce n’est pas parce que vous avez physiquement basculé vers la lumière que vous avez réussi à laisser la nuit derrière vous. C’est un long et lent processus. Un peu comme avec Shuffle Drones.

On peut aussi parler de la mer car parler de la mer c’est aussi un peu parler du nouvel album d’Eluvium. Shuffle Drones c’est également cette légère houle dont on ne saurait déterminer l’amplitude mais qui nous apaise. Ses mouvements semblent se répéter mais ne sont jamais vraiment les mêmes.

Ces 13 « minutes » sont en réalité des « heures », voire plus encore. Même si ce n’est au final qu’une impression. Car le temps est ici savamment découpé et orchestré. La profondeur de ce disque se révèle, non pas dans sa durée, mais dans le temps que vous lui donnerez.

Le concept est explicité dans les noms des morceaux. Mettez les bout à bout, dans ce que l’on pourrait définir comme étant l’ordre originel et cela vous donnera cette phrase : « Simply put the suggested manner of listening to this work is ot isolate the collection and to randomize the play pattern on infinite repeat – thus creating a shuffling drone orchestration – the intent is to create a body of work specially designed for and in disruption of modern listening habits and to suggest something peaceful, complexe, unique and ever-chaing. Thank you. »

Oui, merci. Merci à Eluvium aka Matthew Cooper. Oui, ta création est profondément apaisante.  On se laisse sans difficultés posséder par ces boucles aléatoires de douce mélancolie. On pense un peu à certaines oeuvres d’Arvo Pärt. Mais on peu si facilement perdre le fil. Au final, on ne sait plus vraiment si on regarde vers l’obscurité ou vers la lumière. Bien entendu, ce jusqu’à ce qu’une saloperie de pub sur Spotify nous rappelle à la réalité. Le meilleur moyen de flinguer la plus belle des expériences de cette fin d’année.

Jocelyn H.

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