Ein Sof :: How Spiders Perceive Gravity

Ein Sof refuse le surplace et aime se remettre en question à chaque sortie de disque. Le groupe italien mené par les frères Gatto s’est fait connaître en 2014 avec Trimurti et son post-rock instrumental des plus traditionnels. L’année suivante, le chant a fait son apparition sur l’un des morceaux de l’EP Clouds Hunger.  Ayant définitivement la bougeotte, le duo transalpin est parti aux États-Unis voir si leur post-rock pouvait rivaliser avec les maîtres du genre lors d’open-mics improvisés. Le bootleg We Have No Drum So We Chose An Heartbeat, enregistré dans un hôtel de San Francisco, témoigne de cette tournée américaine et montre un groupe capable de maintenir une assistance avec seulement des arpèges de guitares, une basse et deux paires de vans.
Revitalisé par cette expérience, et pour contredire le titre du bootleg précédent, le duo de Domodossola est devenu trio à son retour des Etats-Unis avec l’intégration d’un batteur qui assure dorénavant les battements de cœur qui manquaient au projet.
N’ayant plus besoin d’un cœur artificiel pour survivre, Ein Sof s’est laissé aller à de multiples expérimentations. En résultent quatre fabuleux titres rassemblés sous l’enseigne How Spiders Perceive Gravity. Mixé par James Aparicio (Mogwai, Erasure, Grinderman, Spiritualized, Depeche Mode), ce nouvel EP dévoile une évolution majeure pour le groupe et marque la fin d’un son qu’ils avaient baptisé eux-mêmes : ‘Mountain Sound’ (tous leurs précédents disques étaient marqués par leur lieu d’enregistrement : les hauteurs des Alpes italiennes).
Intégralement chanté et plus puissant, le post rock des débuts laisse place à un néo-psychédélisme stoner que l’on pourrait rapprocher de Dead Meadow et d’Arboretum. Finie l’apesanteur des débuts, le nouveau son d’Ein Sof s’inscrit dans la gravité terrestre. Le groupe transalpin a beau se sentir pousser des ailes, il sait garder les pieds sur terre pour nous offrir d’authentiques épopées hallucinées (Wolfpack Entropia) tout en enveloppant ses nouvelles expérimentations d’un charme mélancolique digne des riches heures de la scène emo américaine des 90’s (Zenith Underground).
Difficile de ne pas résister à cette nouvelle envergure d’un groupe sans cesse en mouvement. En même temps d’avoir pris de la voix, Ein Sof a su trouver sa voie qui, on l’espère, l’emmènera un peu plus loin que le zénith de l’underground. À nous maintenant de les suivre de très près.

Damien