Dr. Geo – Lo Fi studies (Opus II) Optigan Dub Fever

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Touche-à-tout insatiable aux mille et un projets (Twin Pricks, Yellow King, Poincaré…), Geoffrey Lolli alias Dr Geo, revient un an presque jour pour jour après la sortie du premier volume des Lo-Fi Studies. Sous-titré Optigan Dub Fever, ce deuxième volet permet une nouvelle fois au Doc de se laisser porter par l’expérimentation musicale sans vraiment contrôler le résultat final.

Des incursions dans le dub au psychédélisme lysergique et orientalisant, Dr Geo mélange les genres avec une facilité déconcertante sans vraiment se soucier de ce qu’il appelle « la police de la pensée musicale ».  Ce que l’on pourrait penser au départ comme un vrai fourre-tout, The Lo-Fi-Studies (Opus 2) Optigan Dub Fever se révèle être un EP d’une profonde unité grâce à l’emploi constant de l’optigan. Des parties de guitares hendrixiennes (#9) au dub tout droit sorti du label Studio One (#7 et #8), en passant par le final baroque proche de A Day In The Life des Beatles (#10), Dr Geo est, n’ayons pas peur des mots,  un musicien de la trempe d’un Beck ou d’un Damon Albarn. The Lo-Fi-Studies (Opus 2) Optigan Dub Fever est l’oeuvre d’un artiste qui peut tout se permettre avec génie.

C’est pourquoi on a voulu vous faire écouter au plus vite et en avant-première The Lo-Fi Studies (Opus 2) avant sa sortie officielle. On en a même profité pour lui poser quelques questions.

Chez Kito Kat Records / Bandcamp

–  Peux-tu rappeler à ceux qui ne connaissent pas encore le projet, la manière dont il est né et qu’est-ce qu’un optigan ?

Pour faire simple, l’optigan  est une sorte d’orgue familial, produit de 1970 à 73, composé d’un clavier et de boutons. On y introduit des vinyles en celluloïd sur lesquels il y a plusieurs samples (boucles de batterie, arrangements violons, sons d’orgues..etc). En fonction des boutons, on joue les motifs rythmiques, le clavier sert à faire la mélodie. C’est un peu l’ancêtre du sampleur. Quelqu’un qui ne connaît rien en musique peut en jouer facilement. La particularité de la bête est que le son est très crade et compressé, il déconne souvent, se désaccorde pendant que tu joues (j’ai d’ailleurs laissé un de ces bugs à la fin du premier morceau), il n’est donc pas évident à dompter pendant un enregistrement et encore moins en live. Le projet est né comme ça en fait, j’ai vu que ça allait être compliqué de faire un disque autour de cet instrument et c’est ce qui m’a plu. Il faut aussi adapter le son des autres instruments que j’utilise afin qu’ils se marient avec celui de l’optigan.. C’est pour ça aussi que la série s’appelle les études LO FI. (http://en.wikipedia.org/wiki/Optigan, https://www.youtube.com/watch?v=OkYiC4c5K1k)

 –  À la lecture des titres,  peut-on dire que c’est la suite logique du premier ?

Évidemment, mais à la base je devais faire ce deuxième volet avec un autre instrument, mais je crois que mon optigan avait encore des choses à dire, ce sera donc un diptyque.

– Ces morceaux ont-ils toujours la particularité de ne pouvoir être joués qu’une seule fois au moment de l’enregistrement ?

Je pense qu’on pourrait envisager une version live… Je ne pourrai pas faire ça seul, il faudrait un groupe polyvalent derrière qui joue de manière très sale et bancale, et puis un mec au son qui ferait des effets psychédéliques en façade, et puis devant une armée d’optigans qu’on devrait accorder en cherchant la bonne vitesse du moteur, synchroniser avec un compteur géant les départs de samples !……..ahhh ça semble quand même compliqué ;-).

Je ne veux pas faire de concerts autour de ces disques. L’enregistrement de ces morceaux était effectivement le seul moment de live, et c’est bien comme ça. Après, il y a des bases de « chansons » sur certains titres, je peux parfois faire des versions réarrangées, mais difficile  de recréer l’ambiance des disques.

– D’une certaine manière tu n’as pas la mainmise sur ta création. Tu aimes cette façon de se mettre en danger ?

C’est là l’intérêt, au final c’est l’optigan qui me contrôle et non l’inverse…

– Considères-tu ce projet comme un territoire d’expérimentation ?

Forcément. Par exemple, sur le premier disque sur le titre 2, pour faire les sons de percu derrière j’ai placé un micro au milieu de la pièce et je tourne en rond tout le morceau en tapant avec des baguettes sur le radiateur, les murs ou des canettes vides. Pourtant ce n’est pas de la musique expérimentale, mais la façon d’expérimenter dans l’enregistrement donne de la vie à la chose. J’ai vraiment minimisé le songwritting pour ces disques et j’ai laissé la place au côté aléatoire de l’enregistrement lié à des conditions originales. Si tu veux c’est comme si t’enregistrais un gosse qui joue dans sa chambre et qui se fait des histoires avec ses legos…la même chose mais en musique.

– Qu’est-ce que tu as eu envie de changer par rapport aux précédents morceaux ?

Assumer plus les choses. C’était vaguement Dub, ça devient reggae, c’était un peu sale ça devient dégueux, ça partait un peu dans tous les sens et là ça va n’importe où…etc

– Pour le premier EP, tu nous avais confié que pour composer les morceaux tu t’étais mis dans des états que l’on ne nommera pas ici et tu enregistrais les morceaux en direct sans vraiment savoir ce que tu jouais pour découvrir réellement ce que tu avais composé le lendemain.  En a-t-il été de même avec cet EP ?

Oui il y a par exemple le mystère du cinquième morceau sur le premier disque, je chante en français mais dans une disto, du coup je ne comprends pas ce que je dis. Je n’ai pas retrouvé les paroles et puis une fois mixé je détruis le fichier source. Du coup impossible de savoir ce que c’était…d’ailleurs sur le coup je n’ai même pas cherché à savoir…

Le principe du premier c’était ça, tu fais du « sampling » dans des états étranges et une fois sobre, tu mixes le tout…

Le deuxième ça a été le contraire, j’ai fait énormément de sampling sur mon lieu de travail en journée, donc sobre, et le soir venu, je mélangeais tout ça…plein de mélange;-)

– Pourquoi l’avoir appelé « Optigan Dub Fever » ? Car, mis à part les titres #7 et # 8, le style reggae/dub n’est pas vraiment présent.

Le premier était sobrement appelé 5 optigan songs (parce que ce n’était pas des chansons), effectivement. Il n’y a qu’un titre dub sur le second…il y a un disque d’optigan qui s’appelle Optigan Latin fever (pour la petite référence)…  Et puis surtout je me souviens avoir vu un reportage sur Lee Scratch Perry en studio où il remixe des morceaux en dub en ralentissant les bandes…J’ai pas mal utilisé ces effets de ralentissement sur le disque…En fait sur l’optigan tu as une molette qui fait tourner le moteur plus ou moins vite, ce qui donne des effets de ralentissement ou d’accélération aux samples…

– Le reggae/dub, c’est  un style que tu n’as jamais vraiment exploité sur disque ? Qu’est-ce qui t’a donné envie d’en jouer aujourd’hui ?

J’aime vraiment le reggae ou le dub depuis longtemps, mais je ne suis pas un white rasta !!! Je m’en fous des dreadlocks et des délires rastafari/roots/unity et compagnie. La police de la pensée musicale, l’intelligencia et je ne sais qui d’autres condamnent souvent le style. C’est vrai qu’il y a des dérives et un côté kitsch dans tout ça…le reggae des années 80 avec le clavier synthétique, rasta rocket…etc. Mais regarde par exemple le live des Wailers à la bbc en 73, concrete jungle, les mecs sont habités, sobres, classe…c’est juste un groupe de rock avec une esthétique jamaïcaine. Le temps fort sur le troisième temps, la richesse mélodique, les effets de reverb et d’écho, la basse qui vole sur la zic et surtout le son bien Lo Fi sur les disques fin 60/début 70…Comme tu as dit, les Lo Fi studies c’est un terrain d’expérimentation, j’ai voulu essayer ça.

– Je sais que tu es un fan de blues. Considères-tu comme moi que le reggae des débuts peut être considéré comme du blues jamaïcain ?

La tournure est belle en tout cas et j’y adhère. La catharsis musicale. Peu importe le style ou le lieu.

Les deux premiers EP sont sortis presque jour pour jour à un an d’intervalle. Faudra-t-il attendre encore un an avant d’entendre une autre série ?

En tout cas, l’optigan ne sera plus au centre du projet, bien qu’il m’accompagnera toujours. Je n’ai pas réfléchi à la suite des Lo Fi studies. Ces deux disques que je considère comme une parenthèse musicale, sortent du lot au final par rapport au reste de mon travail musical, et j’en suis très content. Quelque part, ils ne m’appartiennent pas et j’aime ça. Je n’ai jamais eu autant de bons retours sur un de mes disques alors que j’ai mis un an à me décider si j’allais sortir le premier ou pas, parce que je trouvais ça bizarre…presque médiocre. Après, effectivement ça ne plaît pas à tout le monde….J’espère que le deuxième sera bien accueilli et que la police de la pensée musicale ne me fera pas un procès pour mes expérimentations reggae ;-). J’espère pouvoir aussi trouver le moyen de faire une édition vinyle avec les deux Lo Fi Studies après les éditions CD collector de Chez Kito Kat. Voilà pour la suite.