Dr Geo :: Lo-Fi Studies

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© Olivier Culli

« Si j’avais de l’argent, je sortirais ta discographie complète en vinyle. Ça viendra peut-être un jour. Ça serait le minimum que je puisse faire afin de te rendre tout ce que tu m’as déjà donné. » Voilà comment Florian Schall termina la chronique du premier volume des Lo-Fi Studies de Dr Geo sur son excellent blog Records Are Better Than People.
Depuis, l’un a sorti le second volume des Lo-Fi Studies et l’autre a créé son propre label, Specific Recordings. Comme une prémonition, voilà que les deux volets des Lo-Fi Studies, parus initialement en cd chez Kito Kat Records, sortent en vinyle chez Specific Recordings.
On ne va pas vous refaire la chronique des deux EPs. On a déjà dit tout le bien que l’on pensait de ces disques (ici et et encore ), mais le fait d’avoir rassemblé les deux sur un même vinyle, offre une nouvelle écoute pour cette œuvre psychédélique. Ce nouveau tracklisting rend l’ensemble plus cohérent. On baigne dans un véritable trip. C’est une plongée psychédélique dans le cerveau sans cesse en ébullition de Dr Geo. Derrière cette superbe pochette se cache un melting-pop psychédélique et malin qui convoque aussi bien Jimi Hendrix, Bob Marley mais aussi Damon Albarn. Groove mutant, reggae psyché, blues grésillant, tout ici ressemble à une sorte de shamanisme sonore interprété par un voodoo child. Véritable touche-à-tout de génie, Dr Geo sait nous faire traverser avec lui ses rivières opiacées. Lorsque l’on sait qu’il a composé ses morceaux dans un certain état, on ne s’étonne plus de ce résultat haut en couleur.

Damien

 

Maintenant que le disque est dans les bacs, Dr Geo défend son disque sur scène. Une vidéo est même sortie pour l’occasion. Comme pour la sortie du premier EP, on a voulu en savoir un peu plus sur ce disque qui, initialement, était impossible à jouer sur scène.

Dr Geo Lo-fi Studies

Peux-tu revenir un peu sur la genèse et l’originalité de ces Lo-Fi Studies pour ceux qui te découvriraient aujourd’hui

J’ai enregistré ce disque avec pour base des samples d’optigan (orgue lofi des années 60, ancêtre du sampleur), cette machine possède un son plutôt crado dans le genre vieux gramophone. Je n’ai pas toujours enregistré sobre, l’optigan n’est pas très fiable, il y a donc beaucoup d’improvisations et d’accident heureux, ou pas.

Je me souviens d’une discussion avec toi dans laquelle tu me disais que cette musique ne pouvait techniquement pas être jouée en live ? Maintenant que tu fais pas mal de concerts pour défendre ce disque, qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

Les deux premiers ep chez kito kat se sont vendus assez vite, mais il y avait 100 ou 200 copies, la réédition vinyle chez specific recordings, c’est 500 pièces ! La réalité économique est là, pour un groupe Diy le meilleur moyen de vendre des disques, c’est le Live. Je cherchais aussi à monter un « backing band » pour mes prochains disques, cette réédition était l’occasion de tester le groupe.

Comment as-tu recruté le Lo-fi Band ?

David l’Huillier est le premier que j’ai repéré. On a eu l’occasion de faire une petite Jam en live pendant un concert où je partageais l’affiche avec Manuel Etienne. La batterie est vraiment un langage pour lui, il vit vraiment le truc quand il joue, il s’adapte à tout et surtout à tous les styles. Le blues et la musique psychédélique des années 60 sont deux de mes influences majeures, il fallait donc que je trouve un guitariste dans cette veine. J’ai demandé à Julien Rosenberger avec qui j’ai déjà joué dans Yellow King et MLU, il a vraiment un super jeu bright et un feeling blues exceptionnel, il fallait surtout le convaincre de jouer des morceaux Dub !! Il manquait un bassiste. J’ai rencontré Christophe Cools dans le magasin de musique où je bossais. C’est un amoureux de musique et un passionné de matos. Il avait vraiment aimé les Lo-fi studies, je lui ai donc demandé de prendre le poste de bassiste (il est guitariste à la base), il a appris les morceaux à la perfection en 2 jours ! Il n’avait pas fait de Live depuis 15 ans, mais il est super à l’aise sur scène. Je n’aurais pas pu rêver meilleur groupe à mes côtés.
Est-ce que ça a été difficile de reprendre les morceaux avec un vrai groupe alors que tu les as composés seul dans ton studio ? As-tu été obligé de réadapter les morceaux ?

C’est surtout au niveau du son, on ne peut recréer le son de l’optigan en live (je ne peux pas déplacer la bête non plus). Il a fallu donc partir dans d’autres directions. On se laisse plus aller dans les improvisations psychédéliques et les solos à rallonges cradingues dans la tradition hendrixienne ! Mais c’est vrai qu’il ne faut pas s’attendre à ce qu’on joue le disque note à note, ça n’aurait pas été intéressant de toute façon.

Lors de la première interview que tu nous avais accordée à la sortie de Lo-fi Studies 2, tu nous avais dit « j’ai laissé la place au côté aléatoire de l’enregistrement lié à des conditions originales. ». Est-ce que le live te permet de garder ce côté expérimental et aléatoire de l’enregistrement ?

Dans l’improvisation oui. Dans le dernier live que l’on a fait, 50% du set était juste de l’improvisation, je pense que l’on va continuer dans cette direction, c’est plus vivant.Garder une base des morceaux du disque mais se laisser plus aller à improviser.

Les Lo-fi Studies sont initialement sortis en cd chez Kito Kat Records. Est-ce que la sortie vinyle chez Specific Recording était prévue dès le départ ?

Non pas du tout. Une fois que les deux cd étaient sortis, j’ai eu envie de faire le vinyle. J’ai donc proposé à Specific Recondings de le faire. J’ai toujours travaillé en famille, je ne me vois pas faire autrement.

Entre la sortie vinyle et cd, en as-tu profité pour changer des choses sur les morceaux eux-mêmes ? Il me semble que tu n’as pas gardé le même tracklisting ?

Justement, c’était la condition avec Specific Recordings, que l’on repense l’œuvre comme une œuvre à part entière et non comme la réédit de deux EPs. On a donc revu ensemble le tracklisting, Jennie Zarkzewski qui s’occupe de tous les artwork specific, a conçu la nouvelle pochette.

En plus de la réédition en vinyle du disque, il y a la superbe vidéo qui accompagne parfois tes lives. Comment ce projet cinématographique a-t-il vu le jour et qui l’a réalisé ?

J’ai demandé à mon vieil ami et réalisateur Bertrand Riccuiti, de me faire un clip pour un morceau des Lofi studies. Impossible de se mettre d’accord sur un morceau. Il faut dire qu’il n’y a pas un morceau vraiment catchy/pop, il faut écouter les Lo-fi studies dans sa globalité pour apprécier le truc, les morceaux détachés de leur contexte n’ont pas trop d’intérêt. Bref.
On part en vacances ensemble, ils filment tout et n’importe quoi avec sa caméra, sa gopro et son téléphone. C’est là que l’on s’est dit que l’on pourrait monter ses images dans l’esprit des disques. Les samples d’optigan sont les images de vacances qu’il triture dans tous les sens, utilisant les mêmes effets de reverse et ralentissement que sur le disque. Il a appelé ce court métrage de 15 minutes « a Lo-fi movie ». On peut bien sûr le voir sur you tube à présent.

Quelles ont été tes impressions la première fois que tu l’as vu ?

En fait, il n’y a pas vraiment eu de surprise car on a sélectionné ensemble, lors de longues soirées arrosées, quelle image irait avec quel son. C’était très ludique. Après là où j’ai été surpris, c’est qu’il a remanié/trafiqué certains sons à l’aide de son logiciel de montage vidéo, du coup, ça fait encore évoluer l’ambiance des disques ! J’adore ce qu’il a fait et je trouve ça vraiment cohérent avec le disque.

J’ai pu découvrir le film lors de la release party au Caméo, je trouve qu’il apporte une facette plus psychédélique à l’album, chose qui n’était pas vraiment perceptible au départ. Est-ce que c’était un désir que tu avais demandé à Bertrand ou avait-il carte blanche pour réaliser ce qu’il voulait ?

Oui, il avait carte blanche, mais je trouve que les disques sont pas mal psychédéliques à la base même si ce n’est pas du psyché traditionnel. Chacun se fait ses propres images sur le son. Pour moi, ce que Bertrand a fait est vraiment dans la continuité des disques. Une sorte de sono mondial psychédélique, ça a toujours été ça les Lo-fi Studies.