Don Cavalli « Temperamental »

Don cavalli temperamental
« Celui qui nage
dans le sens du courant atteint les vapeurs de la musique, celui qui nage à
contre-courant, celui-là, atteint peut-être la source
 ». Si cette
phrase n’avait pas été destinée à Florian Schneider de Kraftwerk,  elle aurait très bien pu être adressée à Don
Cavalli
, musicien talentueux vivant hors de toutes les modes et qui maintenant a
trouvé ce qu’il appelle son « truc ». Et ce « truc »,
c’est un amour immodéré pour la musique noire américaine avec une prédominance
pour le blues de Son House et Skip James. Car celui qui s’est levé un jour du
bon pied à Bonneuil, s’est pris à rêver du Mississippi sur les rives de la
Marne. Au fil des années, il joue dans des
groupes marqués par le rock 50’s jusqu’à la naissance d’une carrière solo
matérialisée par la sortie d’un album (Cryland
– 2007) dont plus d’un ont été surpris, et pas les moindres, comme Ben
Harper et The Black Keys.

Jusqu’à aujourd’hui, Don Cavalli a aimé prendre son temps
pour ajuster son style, quitte à prendre n’importe quel travail alimentaire pour
vivre (jardinier, croque-mort, intérim…). Il a donc fallu attendre six années
pour connaître une suite au fabuleux Cryland.
Alors que ce dernier faisait la part belle à la pédale wah-wah (d’où le nom de
l’album tiré de la pédale Cry Baby), Temperamental
permet à Don Cavalli de s’ouvrir à de nouveaux horizons, et par la même
occasion de ne pas s’enfermer dans un genre en l’occurrence, le blues. L’homme
à la voix rauque, proche d’un Slim Harpo, prouve qu’il est un citoyen du monde et
que le blues est à l’origine de tout et peut être conjugué dans tous les styles
sans perdre son âme. Prenez pour exemple "The Greatest"
et son chant orientalisant entonné par la Chinoise Zhan Xiao
Li, le groovant et redneck "Birthday Suit"
que seul Curtis Mayfield serait encore capable d’écrire s’il ne s’était pas
pris un soir un projecteur sur le coin de la figure, ou le blues psychédélique "Say Little Girl" chanté en duo avec
Rosemary de Moriarty transformée pour l’occasion en Grace Slick. Don Cavalli se
permet tout, même d’ajouter une pointe d’électro et de hip hop sur "Feel Not Welcome". Que dire du tube qui a
donné son nom à l’album ? Sans connaître son origine, on pourrait croire
le morceau issu d’une session soul/funk d’un groupe obscure des années 60.

Avec
ce second album, Don Cavalli assure une superbe mutation et mérite tout autant que The Black Keys,
si ce n’est pas plus, d’être porté aux nues.