mai 21, 2021

Denner :: Semi Monde

Par Ground Control To Major Tom

© Cath Rue

Moins de six mois après le très remarqué Dreamless Tribulations, Denner poursuit son chemin de croix en sortant un second maxi 45t intitulé Semi Monde. Cette fois, les Rennais s’affranchissent quelque peu de la cold-pop pour explorer une cold-dance convaincante.
En face A,
Life And Limb – composé par le guitariste Yann Even et arrangé par l’incontournable Marc Corlett (Soon She Said) – possède toutes les caractéristiques d’un hypothétique et fantasmé Single of the week du Sounds (célèbre hebdomadaire rock anglais qui eût son heure de gloire au début des années 80). Rythmes et séquenceurs martiaux trouvent l’apaisement auprès de guitares aériennes, comme si Anne Clark et Sad Lovers And Giants ne faisaient qu’un. Au chant, Gilles Le Guen évoque des textes très personnels: « Je me parle à moi-même et je réponds à mes propres peurs et questionnements. À partir de la moitié du titre, j’ai essayé d’utiliser une rhétorique que l’on trouve dans les morceaux de R’n’B moderne américain. Un truc toujours ultra positif avec des slogans scandés forts. Je n’aime pas écrire à propos de goths et de créatures fantastiques, la réalité est déjà suffisamment fantastique pour être une inspiration. Avec une phrase qui revient souvent : « J’ai toujours essayé de ne pas tomber » ».Tragique et dansant, Life And Limb résonne comme une allégorie où l’optimisme côtoie la noirceur dans un consentement jubilatoire. Plus aérien, A Stab Of Loneliness sublime les nappes synthétiques dont le chant partage la même emphase qu’un certain Ian McCulloch. La métronomique boîte à rythmes assure la même mélancolie dansante que chez New Order, corroboré par un texte inspiré d’un écrivain japonais, Haruki Murakami : « Je suis tombé sur cette très courte citation qui m’avait vraiment touché. Un truc sur la souffrance, la solitude et ressentir les sensations où il dit « je ressentais un violent coup de couteau de solitude » ». La face B défend la langue française avec quelques incursions en anglais. Les basse et claviers menaçants d’ Ultima Thulé confortent un aspect plus sombre du groupe qui n’est pas sans rappeler les teutons d’ Xmal Deutschland. Le chant appuie sur les syllabes pour bien marquer le texte et l’atmosphère s’en ressent. Plus lent et dark, Tel Est Le jour vaporise un climat anxiogène à coup d’échos et de guitare batcave. Les songes romantiques et sombres de Denner sont en couleurs et en adéquation avec la belle pochette signée de l’artiste peintre américain Nigel Van Wieck: « C’est sa peinture iconique. Elle a une force évocatrice terrible ! J’ai gardé cette image de côté comme ces images pieuses que les vieilles dames gardent au fond de leurs sacs et qui exercent une fascination. Rapidement j’ai su que je voulais l’utiliser mais j’avais peur du refus du peintre. J’avais remarqué que cétait lui qui gérait son profil Facebook. J’ai troussé un message en anglais un soir où je lui ai parlé de l’immobilité dans sa peinture et d’Eric Rohmer. Le lendemain matin j’ai eu comme réponse: « Habituellement, je fais ça contre paiement. Mais là, c’est oui. Je veux juste un disque ». La troisième pochette de la série sera aussi une image de New-York. J’aime les séries, les répétitions, travailler les obsessions. Ce n’était pas une volonté. C’est tombé comme ça ».
De la lumière à l’obscurité, il n’y a qu’un pas de dance que Denner assume totalement , en attendant la troisième plaque annoncée pour septembre 2021.

Mathieu M