Dean & Britta :: Interview « 13 Most Beautiful… Songs For Andy Warhol’s Screen Tests »

®Hadrien Wissler

®Hadrien Wissler

Je l’avoue : j’étais heureux comme un pacha lorsque j’ai appris que Dean &Britta avait été invité à jouer son ciné-concert « 13 Most Beautiful… Songs ForAndy Warhol’s Screen Tests » le 7 juillet 2015 au Centre Pompidou-Metz. Et quel n’était pas mon plaisir en apprenant que notre demande d’interview avait été acceptée. J’ai naturellement proposé à Etienne Bro’ de m’accompagner, nous avons sauté dans un train pour atterrir en plein vernissage de l’exposition « Warhol Underground ». Tous deux, nous sommes des fans inconditionnels de Dean Wareham, de l’ensemble de sa carrière : de Galaxie 500 à Luna et Dean & Britta,sans oublier ses travaux en solo. Nous avons trouvé Dean Wareham dans le hall, avant les discours officiels, et sans sa compagne et collègue Britta Phillips. Celle-ci nous a rejoint plus tard pour réaliser deux, trois photos. Rencontrer Dean Wareham est extrêmement agréable tant il est sympathique, sincère et drôle ; drôle d’une façon atypique qui peut rendre certains passages de cet entretien étrange à l’écrit.Je tiens à remercier Noémie pour sa gentillesse et son professionnalisme. Quant au concert, il était superbe quoique l’organisation et l’attitude d’une partie du public laissaient à désirer. Je n’en dirai pas plus pour ne pas me faire davantage d’ennemis.

Comment allez-vous ? Comment trouvez-vous Metz et cette partie de la France ?
Je suis un peu fatigué, nous sommes venus de loin pour un seul concert, de Los Angeles. La ville est très belle, nous avons eu un jour de repos et nous devions rester éveillés, alors nous nous sommes promenés. La cathédrale est magnifique, je crois que c’est la première fois que je viens à Metz.

Comment avez-vous abordé le travail de composition pour ces screentests ?

Chacun des treize films était différent. Pour certains, nous nous sommes contentés, Britta et moi, de travailler tous les deux dessus, chez nous. Pour d’autres, nous avons composé avec le groupe. Il nous fallait essayer des idées différentes. Nous avons regardé ces films, avons tenté d’en apprendre le plus possible sur les gens qui en sont les acteurs, puis de cerner ce qu’il s’y passe, l’humeur qui s’en dégage. C’est quelque chose d’étrange, ça ne tient moins de la bande originale de film que du clip vidéo. À ceci près que la musique est composée après la vidéo.

Cela tombe bien que l’on aborde les bandes originales. Y avait-il une grande différence dans la composition et la production de ce projet par rapport à la musique du film « The Squid & The Whale » que vous avez créé ?
Nous savions que nous devions composer la musique des screentests dans l’optique de les jouer sur scène : nous nous pouvions donc pas utiliser d’instruments à cordes ou de flûtes, tout ce qui dépasse la petite formation de concert. De plus, il n’y a pas de dialogue à prendre en compte. Pour « The Squid & The Whale », nous avons composé une vingtaine de minutes de musique. Celle-ci a été fragmentée au montage, elle surgit ici et là pendant une minute avant de disparaître. Là, la musique se doit d’être continue. Nous avons aussi composé la bande originale du prochain film de Noah Baumbach qui sort cet été, à New-York du moins, je ne sais pas s’il sortira ici. Il s’appelle Mistress America, il l’a écrit avec Greta Gerwig. C’est une sorte de suite spirituelle de Frances Ha, avec des personnages différents. Nous avons travaillé dur dessus.

Comment abordez vous ces morceaux sur scène depuis votre album solo ? Est-ce étrange d’y revenir ? Avez-vous actualisé des parties ?
Non, nous jouons les mêmes morceaux depuis 6 ou 7 ans. Rien ne change. Nous avons fait ce concert souvent, surtout en France parce que notre agent, pour ce spectacle, est installé Paris. L’année prochaine nous reviendrons, mais à Paris, avec un spectacle différent, à la Philharmonie. C’est dans le cadre du cinquantième anniversaire du premier album du Velvet Underground. Il y aura d’autres films de Warhol et d’autres musiciens, comme Martin Rev de Suicide, Tom Verlaine de Television, Eleanor Friedberg et Bradley Cox. Nous formerons des petits groupes ensemble.

Vous avez fait un nombre incroyable de reprises variés, de Joy Division, à Madonna en passant par les Gun’s & Roses, dont vous faites de chacune une interprétation forte et personnelle. Comment vous situez-vous par rapport à ces morceaux ?
J’ai tout simplement pris l’habitude de reprendre des morceaux que j’aime, d’artistes que j’aime. Et parfois, avec Luna, on a fait quelques reprises d’artistes que je n’aimais pas. Led Zeppelin par exemple, et le résultat n’était pas très bon… ça sonnait faux. La première chose à laquelle je pense quand je veux faire une reprise, c’est si je peux le chanter, parce que je ne pourrais pas faire Elvis Presley. Parfois vous échouez sur ce point, mais vous réussissiez à apporter une idée différente et à faire vôtre le morceau. Quelle reprise j’ai faite dernièrement…

®Hadrien Wissler

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« Air » ?
Ah oui, Air par The Incredible String Band ! Je suis content de cette reprise. Je l’ai enregistré avec Jason Quever de Papercut chez lui. Parfois, reprendre est plus simple et plus amusant parce qu’on ne se pose pas de questions sur les paroles que vous venez d’écrire, vous pouvez juste vous contenter de les chanter.

Alors vous allez reprendre Elvis Presley ?
Oh. J’aime bien Elvis, mais il n’écrivait pas ses chansons… et je pense que c’est une mauvaise idée que je chante Elvis en fait ! Britta vient juste de finir son album solo, elle a cinq morceaux originaux et cinq reprises. Certaines sont des propositions de Scott Hardkiss, producteur avec qui nous avons travaillé. Il est décédé dans son sommeil il y a quelques années, il était dans sa quarantaine, c’était affreux. Il avait proposé à Britta quelques morceaux qu’il pensait intéressant qu’elle reprenne. Il y avait « Drive » de The Cars, je ne sais pas si vous la connaissez, elle fait « Who’s gonna drive you home tonight ». Je n’ai jamais aimé cette chanson, mais j’adore ce que Britta en a fait, comme sa version de « Lanslide » de Fleetwood Mac, « Wrap Your Arms Around Me » de Agnetha Fältskog d’Abba, ainsi qu’une de Dennis Wilson.

Vous jouez  » Not A Young Man Anymore « , un morceau rare de The Velvet Underground pour Lou Reed et  » I Keep it With Mine  » de Dylan pour Nico, pourquoi ces choix ?
Pour Lou Reed, nous nous demandions ce que nous pourrions faire, ce que nous pourrions composer… Puis le bootleg « Live In Gymanisum » est sorti, il comporte des morceaux inédits, qui n’étaient sur aucun autre bootleg. Il date de 1966, l’année où a été tourné le screentest. Nous nous sommes dit que ça serait amusant, surtout en prenant en compte les paroles : il chante qu’il n’est plus un jeune homme alors qu’il apparaît très jeune dans la vidéo. Maintenant, il ne l’est plus. C’était un morceau délicat à jouer parce qu’il n’en existe pas de version studio. Je ne dirais pas que c’est un bon morceau, mais le riff de guitare est cool. Nous avions du mal à le cerner puis nous avons compris que c’était parce qu’ils avaient baissé l’accordage des guitares. Pour « I’ll Keep It With Mine », on a lu cette histoire de Bob Dylan qui aurait rencontré Nico à Paris en 1965. Ils auraient eu une aventure et auraient parcouru l’Europe ensemble. Bob Dylan lui aurait ensuite composé ce morceau. Je crois que Joan Baez a aussi dit que ce morceau lui était dédié, donc je ne sais qui croire.

Les morceaux de « The 13 Most Beautiful Songs… » ont presque tous un ou plusieurs remix. Pourquoi tant ?
Je ne sais pas pourquoi on en a fait autant. En tout cas, les remix que j’aime beaucoup sont celui de Lou Reed « Not A Young Man Anymore » par Robot Friend et ceux de Scott Hardkiss qui en fait plusieurs de « Keep It With Mine ». Pour ceux-ci, comme nous ne savions pas lequel choisir, nous les avons tous publiés. Sonic Boom en a fait aussi.

Par rapport à Sonic Boom, plus encore que dans vos autres compositions, on peut entendre des sonorités et un sens de la répétition propre à sa musique.Pourquoi avoir appuyé ces aspects ?
Je suppose que c’est parce qu’on travaillait un peu avec lui à ce moment. Pour le thème de Richard Rheem, Pete avait sorti un synthétiseur Korg Electribe. Certains sons que l’on entend, c’est juste moi qui appuie sur un bouton et ça fait « tudududu »… et on l’a utilisé.

Une question plus personnelle. En lisant votre livre « Black Postcard », en regardant le documentaire sur Luna « Tell me do you miss me » ou même sur les réseaux sociaux, on remarque que Britta et vous, vous dévoilez beaucoup à vos fans. Est-ce important pour vous de partager cette intimité ?
Je ne sais pas, on essaye d’être gentils. Les gens ont beaucoup de choses à faire la semaine, donc nous leur sommes reconnaissants de venir à nos concerts. Enfin j’essaie d’être gentil. Il y a des soirs où je suis grognon… Comme je reste après le concert pour vendre du merchandising, ça peut arriver parfois qu’une personne soit un peu discourtoise, ou vous agrippe afin de vous parler. Parfois j’essaie de me sauver… Plus sérieusement, nous ne sommes pas comme Bob Dylan ou Lou Reed qui ne peuvent pas descendre dans la rue. Lou Reed était venu voir notre spectacle au Lincoln Center et son manager nous a dit : « Lou Reed veut vous dire bonjour après le concert, mais il ne veut pas venir dans les loges, il veut une pièce isolée ». Je me suis dit : « Quel casse pied ! ». « Pourquoi doit-il se comporter comme ça ? » Finalement, nous nous sommes vus, on a parlé 10 minutes et pendant ces 10 minutes, vingt personnes voulaient le voir, ne serait-ce que pour dire bonjour, même s’ils voyaient qu’il était occupé. Donc, il ne pouvait plus avoir une seule conversation avec quelqu’un sans qu’on mette une corde de sécurité autour de lui. Moi je n’ai pas ce problème.

® Hadrien Wissler

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En parlant de Lou Reed, que lui diriez-vous si vous pouviez le ramener à la vie pour une minute ?
Je pense que je serais nerveux comme je l’ai toujours été. Je lui dirais que c’est dommage parce qu’ils viennent de trouver un remède pour l’hépatite, ce qui l’a tué. Chaque fois qu’une rock star meurt, c’est un cancer du foie ou du pancréas, ou une l’hépatite. Toute cette génération qui a utilisé des seringues avant la crise du sida et même après. Je sais qu’il avait suivi un long traitement, mais ses chances de succès étaient plus faibles que le nouveau. Maintenant, ils ont ce nouveau traitement qui consiste seulement à prendre des pilules pendant quelques mois, il coûte 84 000 dollars… Aux États-Unis, on a toujours payé plus cher les médicaments, parce que les grosses entreprises pharmaceutiques y sont basées. Les mêmes médicaments sont moins chers en Angleterre parce que l’État négocie avec elles. On a même dit que les transplantations de foie sont plus économiques que ce traitement.

Pour finir, une question sur la réformation de Luna. Comment ça se passe ?
Tout se passe bien ! On a fait une tournée en Espagne, qui était amusante. Tout le monde était de bonne humeur. Je crois qu’à la fin du groupe, tout le monde était en colère, fatigués des uns des autres pour des raisons variées. Dix ans plus tard, nous nous sommes retrouvés et nous avons remarqué qu’il n’y avait pas de raisons de s’en vouloir encore. Et puis, ce qui aide, c’est que nous ne faisons pas de tournée dans le cadre d’un nouvel enregistrement, mais parce que nous le voulons, parce que c’est agréable de jouer nos morceaux pour les gens qui veulent les entendre. Nous avons aussi décidé de faire les choses qui ont du sens, que ce soit en ce qui concerne le plaisir ou pour l’argent. Nous sommes populaires en Espagne, donc, nous avons eu du succès et nous avons été bien payés. Si l’on nous disait d’aller ailleurs, dans d’autres pays, nous le pourrions mais ça ferait loin pour une petite date. En fait, je pense à ce que fait Television qui joue rarement, quelques concerts par an mais pas vraiment de tournée. Mais nous, nous aimerions jouer à Paris et nous comptons faire une tournée aux USA et en Australie. Nous verrons pour la suite.

Interview réalisée le 7 juillet 2015 par Hadrien et Etienne, pour Electrophone.

À Voir : Exposition Warhol Underground du 1er juillet au 23 novembre 2015 au Centre Pompidou Metz