Crick Zachary :: Rodeo

Il a fallu dix ans pour que Crick Zachary donne suite à Différences. Paru en 2005, ce premier album n’était pas parvenu jusqu’à nos oreilles. Mais autant vous dire que depuis que Crick Zachary nous a embarqués dans son Rodéo, on va essayer de rattraper notre (in)Différences.

crick zachary rodeo
Jusqu’à aujourd’hui, l’artiste lorrain a pris le temps de voir grandir sa famille et surtout observer le monde évoluer autour de lui. Car c’est de cela dont Crick Zachary a besoin. C’est un artiste observateur animé par les rencontres. Si rien ne le touche, il n’a rien à raconter. C’est pour cela que l’homme de la vallée du Mad a mis dix ans à composer Rodéo. Et au vu du résultat, on ne peut qu’acquiescer la démarche. À quoi ça sert de parler lorsque l’on n’a rien à dire ?
On croise dans les nouveaux morceaux de Crick Zachary les simples gens marqués par la vie de tous les jours. Rodéo c’est un monde, pour ne pas dire un western moderne, qui parle aussi bien de la fermeture du haut-fourneau de Gandrange (Dernière Coulée) qu’une ballade façon road-movie en Ford Mustang (Rodéo, superbe morceau dans lequel il est accompagné de Mell). On boit aussi des coups, ou plus si affinités, dans les estaminets (Les Petites Semaines) pour passer le temps quand on ne part pas en vacances en famille (Les Dunes).
Derrière des guitares rappelant Noir Désir et des univers proches de Miossec, il y a dans chaque morceau une certaine forme de poésie dessinée à la Baru. Ici, il y a de l’idéalisme dans les idéaux et du réalisme dans la désillusion. Sous la haute influence de quelques pairs bien choisis issus du rock et de la chanson française (Cantat, Renaud, Thiefaine…), Crick Zachary a toujours le mot juste pour chanter ce qu’il voit et entend.
Comme souvent dans le rodéo, c’est le cheval qui gagne après avoir jeté le cow-boy à terre. Ici c’est pareil et le cheval s’appelle Crick Zachary.

Damien

crick zachary

Ton premier album Différences est sorti il y a 10 ans déjà. Pourquoi avoir attendu autant de temps pour composer la suite ?
Tout simplement parce qu’il y avait d’autres priorités. Voir évoluer un maximum ses minots, façonner son cocon familial n’a pas de prix.. On a toute la vie pour faire de la musique! Je ne me suis jamais forcé à écrire ou à composer. Cela doit venir naturellement. En me forçant j’aurais certainement fait de moins bonnes choses. Alors j’avance à mon rythme, au gré du temps, toujours avec ce souci de qualité.
Est-ce que tu avais quelques craintes quant à ce retour tardif ? Avais-tu peur que l’on t’ait oublié ?
Non, et puis « il faut remettre l’église au milieu du village », pour être oublié il faut être connu ! Ce n’est pas mon cas … Je suis connu que dans ma rue !

Le choix de l’autoproduction pour l’album Rodéo est un choix d’indépendance ou s’est-il imposé par la force des choses ?
J’ai envoyé Rodéo à bon nombre de Labels. Sans retour, je fais donc le job tranquille, certainement en moins bien et moins vite …Car pour sûr, c’est un job à part entière ! Ce n’est ni plus, ni moins, que du commerce, du lobbying et je peux comprendre que l’on fasse passer les copains du métier en priorité… Mais cela est passionnant! Et puis, les radios et la presse nous renvoient de bonnes ondes! C’est motivant …

Musicalement, on te sent proche des débuts de Noir Désir et parfois même de Miossec. Dans un titre, tu parles même de Thiefaine et de Renaud. De qui te sens-tu le plus proche musicalement dans la scène française ?
De tous ces artistes qui font transpirer la vie dans leurs textes. J’ai beaucoup écouté les artistes cités ci-dessus. D’une certaine manière ils ont dû influencer mes compositions. Mais je recherche la simplicité. Au final, mes chansons doivent pouvoir se chanter à la guitare sèche autour d’un feu.

Il y a beaucoup de réalisme et de lucidité dans ton écriture. Quelles sont tes influences en matière d’écriture ?
Dans un premier temps, au niveau de l’émotion et de la mélancolie je pense à Renaud ,Thiéfaine et Aubert, Ensuite les textes de B.Cantat, A. Bashung, J. Fauque sont sans doute ceux qui m’ont le plus transporté. J’apprécie aussi beaucoup les univers de T. Fersen, R. Luce, L. Ville, Daran, Aldebert…

La France a un lourd passé de chansons à textes. N’as-tu pas peur d’être comparé avec ceux qui t’ont précédé ?
On n’évitera jamais les comparaisons et puis, je suis loin du génie! Je n’ai rien inventé. Je raconte simplement des histoires à l’aide de mes 12 accords qui se battent en duel!

Dans La Dernière Coulée, tu parles sans la nommer de l’entreprise Arcelor Mittal. C’est quelque chose qui t’a particulièrement touché ?
Cela m’a touché, parce que cette aciérie, ces laminoirs, j’y ai bossé 15 ans. En 20 ans, j’ai vu s’éteindre les hauts fourneaux de Rombas, le dernier train à fil de Longwy et de Schifflange. J’ai mis les pieds dans toutes ces usines. J’ai vu ce qu’était la pénibilité et paradoxalement l’amour du métier. Mes collègues avaient 40ans de boutique…j’avais matière à écrire. Il fallait juste trouver le bon angle pour la chanson, en évitant le coup classique du gauchiste en colère…

À travers tes textes, on ressent que tu portes beaucoup d’attention à tout ce qui t’entoure. Que cela soit la famille et les amis, la région où tu habites. As-tu besoin de cela pour composer ?
Oui, on a tous plus ou moins des vies qui se ressemblent. C’est ce qui touche les gens, la sincérité, la vraie vie, une sorte de don de soi qui passe outre la pudeur. Le public doit pouvoir s’approprier les chansons, les transposer en essayant de laisser de la place à l’imaginaire…

Le chant en français revient en force actuellement. Beaucoup de groupes n’hésitent plus à chanter en français. Il y a même des labels qui se sont spécialisés dans les groupes chantant en français. Comment situes-tu Crick Zachary par rapport à la nouvelle scène française très prolifique actuellement ?
A vrai dire je n’en sais trop rien. On avance sans se poser de question en essayant de faire de la qualité.

Comment expliques-tu ce retour en force des groupes qui chantent en français?
Peut-être l’envie de faire passer des messages dans le contexte actuel. Le fait de pouvoir devenir des porte-paroles du «petit peuple du bitume» quelque part pour cette génération. Le Rap y est peut-être pour quelques choses. Finalement le Rap et le Rock ont beaucoup de choses en commun…

Tu te présentes comme un auteur-compositeur-interprète, mais on sent derrière toi la force d’un vrai groupe à part entière. On a vraiment l’impression que tu es un groupe à part entière et non un artiste avec un groupe derrière lui pour l’accompagner ? Comment expliques-tu cela ?
J’ai choisi cette formule car la plupart des leaders de groupe se font un beau jour, la mâle en solo. Alors, je fonctionne à l’envers. Les choses sont claires dès le départ et je laisse quasi carte blanche aux copains avec qui je partage les notes. Je pense que cela aide à la motivation! En prenant l’exemple de Barth, quand il est arrivé, l’album était quasi bouclé. Au final, on retrouve ses guitares sur presque toutes les chansons. On s’est laissé à nouveau du temps et je pense que cela a été bénéfique et se ressentira sur scène …

D’autre part, on sent aussi que tu aimes faire des rencontres musicales. Comment t’es venue l’idée de faire un duo avec Mell sur le titre qui a donné le nom à l’album ?
J’ai écrit Rodéo à l’époque où Mell partageait l’affiche avec Sanseverino… J’avais cette idée de duo dans un coin de ma tête. Son personnage collait parfaitement pour la chanson. Et puis, il s’est passé des années. Par la suite, nous nous sommes croisés chez Louis et petit à petit l’idée a fait son chemin. Je prends cela comme un cadeau! Comme un joli coup de pouce…

Propos recueillis par Damien