Crack Cloud :: Pain Olympics

Atypique, Crack Cloud l’est assurément. Avec soin, le groupe canadien catapulte la musique indie dans un monde post-apocalyptique à la ouate cloutée. On retrouve l’approche artistique et politique que Crass ou Psychic TV pouvaient défendre dans les années 80-90.
La formation pluri-artistique, qui peut compter jusqu’à vingt membres, est engagée dans de nobles combats, et cultive une forme d’Action Art mobilisatrice. La vingtaine à peine entamée, la tête pensante s’appelle Zach Choy et a les idées bien en place. Face aux errances du capitalisme et face à l’individualisme exalté, il propose le nous à la place du je. Crack Cloud est une communauté ou chacun compte sur l’autre pour répondre à ses propres errances.
Musicalement, le groupe de Vancouver nous projette dans un club futuriste, type Cantina de Chalmun, croisé au détour d’un épisode de Star Wars. C.C. combine la rudesse expérimentale  avec une approche pop-indie dans laquelle les synthés et les guitares cohabitent avec brio. Leur premier disque Pain Olympics fait block autour d’un magma intemporel, dans lequel des traces de Gang of Four, HMLTD sont là presque par hasard. Le chant peut se montrer revendicatif et entremêle l’inquiétude au désespoir festif en version  hip-hop, street-punk ou pop.
Des huit titres, ‘Post True’ et ‘Ouster Stew’ illustrent parfaitement leur capacité à fragmenter les styles tout en se rendant accessible et prototypique. ‘Tunel Vision’, ‘Favor Your Fortune’ et ‘Somethings Gotta Give’ honorent les accents rap tout en confortant l’approche post-punk. On retrouve sur certains titres – ‘Bastard Basket’ – l’urgence corrosive des guitares déjà entendues chez Nov3l, l’autre projet plus ancré dans les 80’s à la croisée de Devo et Marquis de Sade. La canadian touch n’est pas oubliée sur ‘The Next Fix’  avec ses voix célestes qui garantissent des frissons, pas seulement dans les avants bras.
Chaotique mais doté d’une beauté aveuglante, ce premier album marque le début de ce siècle d’une pierre blanche gravée d’utopie et d’action brute.

Mathieu M.