CHEVANCE (etc​.​) – Outremusique pour enfants 1974​-​1985

Born Bad vient de rajouter un nouveau totem à son catalogue exemplaire en compilant quelques morceaux parus sur le label Chevance. Ce label ne vous dira certainement rien si vous êtes nés après les années 80. Par contre, si votre année de naissance se situe dans la décennie précédente, la compilation CHEVANCE (etc​.​) – Outremusique pour enfants 1974​-​1985 vous interpellera forcément.
Créé au mitan des années 70 par Philippe Gavardin, Chevance avait pour unique but de proposer une nouvelle forme de musique enfantine à mille lieux de ce qui était alors proposé. Les marmots nés sous Pompidou et Giscard n’ont jusque-là que les comptines traditionnelles, l’histoire de Piccolo et Saxo ou encore les Poppys à se mettre dans les oreilles. Heureusement, quelques artistes aux idées progressistes ont offert à la jeunesse française une alternative intelligente à la chanson enfantine. Parmi eux, on retrouve le moustachu Steve Waring, le duo rive-gauche Anne et Gilles, Christine Combe, Jean-François Gaël, Alain Savouret… tous accompagnés par la fine fleur du jazz avant-gardiste français comme le Workshop de Lyon, Cohelmec Ensemble ou Marvelous Band.
Ensemble, ils poursuivent la défense des idées issues de 68. Il est interdit d’interdire !,  L’imagination au pouvoir, tous ces slogans ont fait leur chemin et se retrouvent en filigrane dans les musiques composées par le collectif d’artistes regroupés sur Chevance.  Les morceaux rassemblés par Sylvain Quèment dans cette aventureuse compilation ne ressemblent en rien aux comptines traditionnelles. Dans son texte paru dans l’excellente  revue Audimat dirigée par Etienne Menu, Sylvain parle de musique « au carrefour de la chanson la plus soignée et du jazz le plus avant-gardiste, portée par une identité littéraire affirmée, pétrie d’un surréalisme faisant écho aux explorations libertaires et psychédéliques du moment. » C’est donc une musique et des paroles dépourvues des canons traditionnels de la chanson pour enfant qu’il nous est donné d’entendre. Souvent, les arrangements sont audacieux. La structure couplet/refrain/couplet explose en plein vol. Les mélodies sont parfois remplacées par des bruitages. Le chant est parfois remplacé par du spoken-word. A l’instar des artistes estampillés Saravah, Steve Waring, Anne et Gilles, Christine Combe… inventent une nouvelle grammaire qui fait date encore aujourd’hui. C’est d’ailleurs à la folie poétique des premiers albums de Jacques Higelin et de Brigitte Fontaine que l’on pense en écoutant ces fous réalistes qui demandaient l’impossible.
Chevance était un laboratoire de la révolution musicale permanente privilégiant les utopies à la réussite commerciale et médiatique. Ils préféraient stimuler l’imaginaire des enfants au lieu de leur servir une soupe froide. Pour Chevance, l’enfant n’était pas encore la cible commerciale qu’il a été dans les années 80 avec Dorothée et Chantal Goya mais des êtres pourvus d’intelligence capables d’apprécier une musique ovni et non conventionnelle. Une démarche qui rappelle celle de Born Bad.

Damien