Chara :: Junior Sweet

Nul n’est sensé ignorer, en passant la porte d’entrée de cette rubrique, que je suis un gros fan de musique populaire japonaise. Ce genre est souvent décrié, voir conspué, par ceux et celles qui n’ont dans leurs oreilles que le souvenir lointain d’un générique d’animé de Captain Tsubasa (Olive & Tom, pour les Français) et qui n’ont jamais daigné aller plus loin que le bout de leur tout petit nez. Nul doute qu’ils n’auront donc jamais entendu parler de Chara. Heureusement, il n’est jamais trop tard pour faire preuve de curiosité et réviser son jugement.
La petite Miwa Sato fait partie de ces artistes d’exception qui donnent ses lettres de noblesse à ce genre perclus d’idées reçues que l’on appelle la J-Pop (à ne pas confondre avec la musique d’idol, donc). Sa discographie s’étale sur une période de 26 ans, avec quelques incartades fabuleuses (le projet MEAN MACHINE aux côtés de la délicieuse Yuki, le faramineux Yen Town Band auteur de deux albums indispensables), des artworks absolument exceptionnels (si t’as un petit cœur d’artichaut, tu tombes amoureux direct) et des sommets musicaux rarement égalés. Si l’on retient effectivement son cultissime Madrigal sorti en 2001, c’est du côté de Junior Sweet qu’il faut laisser traîner ses esgourdes afin d’entrer de plain-pied dans son univers doux et bariolé.
Préfigurant, avec deux ans d’avance, la révolution Sheena Ringo (le massif et électrisant 勝手にきた), Chara fait montre sur ce magnifique album d’un talent tout personnel pour sublimer des compositions d’apparences simples mais se révélant plus complexes qu’elles n’y paraissent (le sublime morceau-titre), toujours aidée par ce grain félin, cette voix unique que l’on sent constamment au bord de la cassure mais qui ne rompt fort heureusement jamais (やさしい気持ち, le très Alanis Morissette 私はかわいい人といわれたい). C’est à cet exercice périlleux d’interprétation que l’on reconnaît les artistes inoubliables des chanteuses à la chaîne.
S’il vient de fêter ses 20 ans, cet album reste toujours aussi compliqué à trouver complet et en bon état. Espérons que le souffle épique de la réédition nippone à tout-va donne des idées à certains D.A. en mal de projets bankables. 500 copies d’un chef d’oeuvre, c’est pas compliqué à vendre…

Florian

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