Cathy Heyden :: Badlands

Avec Badlands, pièce en deux actes imaginée lors d’un voyage dans un parc national américain, Cathy Heyden livre son premier album solo, et surtout, l’album le plus radical qu’il nous ait été donné d’entendre cette année.

Comme beaucoup de monde, Cathy Heyden fait ses premiers pas dans la musique en apprenant le piano. Mais, très vite, elle se tourne vers le saxophone qu’elle apprend de façon autodidacte. Habitant dans l’Est de la France, elle se frotte à toute une scène musicale improvisée grâce au festival Musique Action organisé par le Centre Culturel André Malraux à Vandoeuvre-les-Nancy. C’est là quelle reçoit ses premiers chocs en entendant les concerts de Michel Doneda, Jac Berrocal, Joe McPhee, Daunik Lazro… Elle joue même dans le festival vandopérien au sein des créations Pagaille et Maelström.

Par la suite, Cathy Heyden collabore avec différents artistes (musiciens, danseurs, comédiens, poètes, plasticiens…) et voyage beaucoup à travers le monde avec le groupe Urban Sax ou encore avec la section sax des fanfares « Sénégal » et « Raï » de Bruno Whilelm.
Même si aujourd’hui, l’autodidacte enseigne le saxophone au CFMI d’Orsay, elle n’a pas pour autant abandonné les voyages et son activité artistique.

C’est justement lors d’un récent voyage aux Etats-Unis, plus précisément au parc national des Badlands, que Cathy Heyden a eu l’idée de composer son premier album solo. Durant ces instants passés dans le parc américain situé dans l’État du Dakota du Sud, elle est particulièrement réceptive aux sons de la faune qui peuple le paysage désertique. Ses écoutes ont tellement été riches en sensations, qu’en véritable performeuse elle décide de retranscrire avec son saxophone ce qu’elle y a entendu.

Badlands est composé de deux titres dont les noms ((« Coyote » et « Soda Lake ») ne laissent aucun doute sur ce qui nous attend.

Sur la face A, Cathy Heyden reformule avec son saxophone les cris des canidés déchirant la nuit désertique. Les 16 minutes du morceau se partagent entre passages muets et sons stridents. Le silence nocturne des grands espaces est troublé par les sons suraigus des animaux sauvages. Le véritable tour de force de ce morceau est sa capacité à développer l’imaginaire alors que l’idée même du titre vient d’une situation bien réelle. On s’y croirait, tant l’interprétation est une prouesse.

Même coup de génie sur la face B qui porte le titre « Soda Lake ». C’est le monde de l’eau qui est à l’honneur. Des grands espaces désertiques de la face A, on passe à un microcosme aquatique. Les sons suraigus deviennent plus ronds et laissent place à un univers que l’on imagine grouillant d’insectes. On a l’impression d’être face à une mini cascade tant le jeu et le soufflé de Cathy Heyden sont maîtrisés. On va jusqu’à entendre la salive vibrer sur la anche du saxophone.

Avec seulement le silence du studio et son jeu du saxophone, Cathy Heyden partage avec une grande virtuosité ce qu’elle a vécu lors de son voyage. Elle emmène son saxophone dans ses retranchements les plus profonds et nous fait voyager par la même occasion.  Badlands est, certes, l’album le plus radical qu’il nous ait été donné d’entendre cette année, mais surtout le plus inattendu et beau par sa virtuosité.

Damien