Candle, la formation oubliée de Lithium

Il faudra bien un jour faire un état des lieux et surtout rendre hommage à la scène indie française des années 90. Aujourd’hui, on fait des louanges méritées à Diabologum qui vient de publier chez Ici D’ailleurs La Jeunesse est un Art, un album rétrospectif regroupant les deux premiers albums et Eps du groupe toulousain.
Mais derrière cet arbre trentenaire qui cache la forêt, il y a une multitude de groupes français oubliés qui méritent d’être réhabilités pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli. Pour rester dans la sphère Diabologum et la bande à Michel Cloup, on pourrait revenir sur le cas Lucie Vacarme. Mais aussi sur la scène Lorraine avec des groupes comme Tuscaloosa, Garbage Collector, Hems ou encore Davy Jones Locker. Tous ces groupes ont eu leurs petites heures de gloires dans les fanzines et autres périodiques de l’époque. Certains d’entre-eux ont côtoyé le label Lithium qui, à l’époque, avait le meilleur catalogue et était un véritable défenseur de la scène indie française. Dans ce catalogue figurait bien sûr Dominique A, Diabologum. Mais il y avait aussi des artistes moins connus comme Candle auteur d’un unique maxi cd intitulé Beginning Blue (1992). L’expérience Candle n’a pas duré. Juste le temps pour les parisiens d’accumuler une bonne presse dont un article du journal anglais Melody Maker qui qualifia la musique de Candle comme « glorieusement gratteuse, floue, lapidée, brumeuse, désorientée, claustrophobe et enchanteresse« .
La période de confinement a permis à Julien Retaillaud (guitariste et membre fondateur) de se replonger dans ses archives et faire ressortir sur bandcamp, et un CD-r tiré à 20 exemplaires, les premières démos du groupe. Des démos qui ont permis à Candle de signer chez Lithium. En attendant qu’un label ou une maison de disque daigne rééditer comme il se doit ces trésors cachés, on a posé quelques questions à Julien afin d’en savoir un peu plus sur cette bougie qui ne demande qu’à être rallumée.

Pouvez-vous revenir sur la naissance du groupe ? Quel était le parcours de chacun avant Candle ?
Le groupe est en premier lieu un duo. Isabelle avait joué dans un groupe dans son école, je crois qu’elle reprenait des standards. Pour ma part, je faisais de la musique depuis mes 13, 14 ans, d’abord en bidouillant avec un Casio, une boîte à rythme et une guitare cheap, puis en m’achetant un 4 pistes à cassette et en commençant à enregistrer de «  vrais  » morceaux.
Bizarrement, mes premiers morceaux étaient en français, j’aimais bien Marc Seberg, Etienne Daho, mais ça a commencé à prendre une autre tournure lorsque j’ai découvert Psycocandy de The Jesus and Mary Chain. Au tout début, je ne comprenais pas cette musique, ça me paraissait être du bruit et rien de plus, mais petit à petit, je suis complètement rentré là-dedans.
Sont venus ensuite nous accompagner Eric Jumbert, un super bassiste membre du club des Pastelistes et Nicolas Gautier, un excellent batteur qui, je crois, avait déjà un peu d’expérience dans divers groupe…

Quelles étaient vos influences à l’époque ?
En premier lieu My Bloody Valentine, Sonic Youth, les Pastels’s, Jesus and Mary Chain, les Pale Saints, Ride, toute la vague noisy, en somme…

Comment vous êtes-vous retrouvé sur Lithium  le label de Vincent Chauvier ?
Complètement par hasard. Nous avions enregistré sur 4 pistes une démo (que je viens de ressortir sur Bandcamp sous le titre Beginning Blue Uncut ) composée de 8 morceaux. Je ne sais pas trop comment, cet enregistrement a circulé et est arrivé aux oreilles de Vincent Chauvier, à Nantes. Au même moment, on a aussi été contacté par Alan Gac de Rosebud, que nous avons rencontré… C’était assez miraculeux   ! Du coup, nous avons dû faire un choix et, assez naturellement, on a opté pour Lithium. Je dois dire que j’étais plutôt séduit par la personnalité de Vincent   : il avait une vraie réflexion sur l’industrie du disque, on avait aussi pas mal de goûts musicaux en commun… bref, je le trouvais intéressant.
D’autre part, on se sentait effectivement en accord avec ce qu’il avait déjà sorti. Même si nous avions une proximité évidente avec Lucie Vacarme, notamment en raison du côté Sonic Youth, j’ai été encore plus impressionné par Dominique A, qui était l’un des premiers à chanter en français tout en s’inspirant de Suicide ou Young Marble Giants, des groupes qui faisaient aussi partis de nos références.

Avez-vous des souvenirs de l’enregistrement de l’EP Beginning Blue ? Dans quel studio a-t-il eu lieu ? Avec qui ?
L’enregistrement a eu lieu à Paris d’une part au Studio de la Madeleine pour les prises de son, puis au Studio de la Bastille pour le mixage. Nous avons eu toute liberté concernant le choix des morceaux et on a pu enregistrer dans de très bonnes conditions : 5 jours dans un studio 24 pistes avec un super ingénieur du son, Stéphane Caisson.
Le seul souci que nous avons eu, c’est que notre batteur de l’époque s’est montré trop impressionné par le studio et nous a planté là   : j’ai dû assurer les parties de batterie moi-même alors que je ne suis pas batteur… d’où peut-être un manque de puissance et de dynamique. Je n’étais pas totalement satisfait du résultat, que je trouvais un peu mou, mais c’est souvent comme ça…
Voilà pourquoi aussi je propose maintenant la démo qui est bien plus brute et proche du son que nous avions à l’époque, notamment en concert.


Quelles étaient vos relations avec les groupes du label Lithium et la scène indie française en générale
?
Eh bien nous avons eu quelques échanges avec les membres de Lucie Vacarme, surtout le chanteur, David. Mais ils étaient à Toulouse, nous à Paris, si bien que nous ne nous sommes jamais rencontrés « pour de vrai ». Par ailleurs, je me rappelle avoir assisté au premier concert de Diabologum à Paris, ainsi que celui de Dominique A, à l’Européen. De toute façon, notre passage sur le label a été bref, puisque nous nous sommes faits éjecter assez rapidement.

Vous n’avez pas trop souffert de la mise en avant de Dominique A et Diabologum, les deux têtes d’affiche de lithium ?
En fait, il faudrait poser la question à Vincent Chauvier. Personnellement, même si j’ai quelques reproches à faire à Vincent, je n’ai pas le sentiment que nous ayons été défavorisés. Avec Dominique A, les registres étaient quand même très différents. En revanche, dans la mesure où Vincent ne semblait plus bien comprendre ce que nous voulions faire musicalement, il est possible qu’il ait préféré s’investir davantage avec Diabologum.

Quels étaient les retours presse après la sortie de l’EP ? Vous avez eu une chronique dans le Melody Maker. C’était pour vous une sorte d’aboutissement pour un groupe comme vous qui jouait une forme d’indie shoegaze, un style né en Angleterre ?
Globalement très bons, on a eu pas mal de bonnes chroniques. Eh oui, celle du Melody Maker était un peu un titre de gloire, surtout qu’elle arrivait juste au moment où l’ami Arnaud Viviant, ce grand critique rock, nous avait descendu en flèche chez Bernard Lenoir.
Je me rappelle aussi qu’un label anglais, Bad Girl records, si mes souvenirs sont bons, étaient prêts à nous signer   : mais il aurait fallu déménager là-bas et s’engager à fond, ce qui n’était pas forcément possible pour tous les membres du groupe…


Candle n’a vécu que très peu de temps. N’a sorti qu’un EP et pourtant d’après ce que l’on entend dans
Beginning Blue Uncut, il y avait matière pour continuer l’histoire du groupe. Pourquoi avoir choisi de poursuivre en changeant de nom pour Carmine  ?
En réalité, c’est exactement le même groupe. C’est juste que nous voulions nous détacher de nos influences anglo-saxonnes (explorer d’autres univers musicaux, tenter le chant en français ou en allemand comme nous l’avons fait avec l’album Lumielle) et nous voulions un nom sans connotation anglaise, un nom qui ait un sens dans toutes les langues… De plus, cela a correspondu avec notre éviction de Lithium, la création de notre propre label, Karina Square, et un changement de direction musicale…

Pouvez-vous nous raconter une anecdote que personne ne connaît sur Candle  ?
Allez, trois scoops énormes qui vont faire la une des gazettes  : le groupe s’est formé en premier lieu suite à une petite annonce dans le magasin Danceteria, célèbre à l’époque…
Puis j’ai fait la connaissance de Nicolas Gautier, le batteur, car nous faisions tous deux le standard «  jeu  » sur Europe 1 de l’émission de Jean Roucas  !!!
Lors d’un concert à Saint-Denis en 91 ou 92, je me suis embrouillé, je ne sais plus pourquoi, avec un vigile qui devenait menaçant  ; Isabelle est venue à la rescousse et du haut de ses 1,55 m à hurler sur le colosse de 1,90 m, le mec n’en revenait pas, il est resté scotché sur place et est devenu doux comme un agneau…

Aujourd’hui, beaucoup de groupes se réclament de la même musique que Candle  ? Que pensez-vous de la musique d’aujourd’hui   ?
Je pense qu’ils y a plein de bonnes choses. Je viens de découvrir Bas Jan, que je trouve extraordinaire, les dignes successeurs des Raincoats ou d’Electrelane.  Il y a aussi Ulrika Spacek qui sonnent très noisy 90’s…
En France, j’aime bien En attendant Ana, qui sont de toute évidence très influencés par la noisy pop des Pastel’s, Field Mice ou Shop Assistant…
Sinon, je suis assez fan de Beach House ou de Girls In Hawaii… Et dans un registre plus chanson française, j’aime beaucoup Chevalrex et Bertrand Betsch…

Propos recueillis par Damien