Candidate

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Lorsque l’on parle de musique nancéienne des années 80, on avance souvent le nom de Kas Product. Mais derrière l’arbre qui cache la forêt se trouve une multitude de groupes, à l’époque rassemblés sur une compilation signée Dum Dum Records,  comme Dick Tacy, Geins’t Naït (dont un album sort ces jours-ci chez ICI D’ailleurs), Double Nelson, OTO et Candidate. Ces deux dernières formations voient aujourd’hui leur unique album enfin réédité par le label Desire Records.

L’occasion est trop belle pour revenir sur la genèse et l’histoire de Candidate, groupe formé en 1983 par Bidou, Cécile et quelques synthés. Après une cassette et un 7″ avec Gangrène sorti sur la structure Permis de Construire, le duo bien trop souvent comparé à l’autre duo nancéen sort Side by Side en 1987. Beauté froide comme la ville qui a vu naître le groupe, Candidate fait partie de ces trésors oubliés qui, fort heureusement, finissent un jour par être redécouverts.   En avance sur son temps, Side By Side est l’exemple même d’album que, tous les nouveaux groupes se réclamant de la cold wave, devraient écouter au moins une fois avant de sortir du grenier leurs claviers.

Rencontre avec Cécile

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Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, peux-tu revenir sur la naissance de Candidate ?

Ça commence par deux jeunes gens, fous de musique et assoiffés d’aventures qui dans un contexte morose (les 30 glorieuses étaient bel et bien terminées) n’avaient aucune intention de se laisser anéantir par la gueule de bois post soixante-huitarde, la fermeture des sites industriels dans la région et l’embourgeoisement à outrance de Nancy. 1983, rencontre. 1984, création du duo, notre souffle de vie !

Il y avait aussi tous ces nouveaux instruments qui devenaient accessibles comme les premières boites à rythmes et les premiers synthés…C’était très excitant !

D’où venait le nom Candidate ? C’est en référence au titre de Joy Division sur Unknown Pleasures ?

Non, rien à voir avec Joy Division. C’est venu d’un film américain sur les syndicats pendant la crise de 29…mais ça fait si longtemps…je ne me souviens plus du titre du film…le mot CANDIDATE y a été prononcé des dizaines de fois. C’est rentré dans nos têtes comme dans du beurre ! Avant ce film, nous avions choisis provisoirement POLTERGEIST… les esprits frappeurs !

Quelles étaient vos influences à l’époque avec Bidou ? 

En ce qui me concerne, j’aimais tout ce qui était étrange ou qui contenait des nouveaux sons :

Résident, Flying lizard, Tuxedomoon, B-52’s, Devo. Bidou m’a fait découvrir entre-autres, les Ramones et les Damned. Mon frère m’a initié au prog avec Fripp, Wyatt et Eno…mais bizarrement quand on créait les morceaux de Candidate, nous n’écoutions pas de musique.

Comment le label Desire Record en est venu à sortir conjointement les albums de Candidate et d’Oto, deux groupes nancéens. Quelle a été ta première réaction à cette demande ?

En fait, il faudrait poser cette question à Jérôme Mestre du Label Desire Records.

De mon côté, la Mèche des Dick Tracy a restauré l’année dernière toutes les vidéos de Candidate que j’ai postées sur youtube. Entre temps, Serendip Lab avait sorti une compile de musique electro 80 avec nous et Oto. Puis David de Hartzine m’a contacté pour une interview et a fait le pont entre Desire Records et moi !

Avant de sortir Side By Side, vous avez sorti une cassette et un split 45t avec Gangrène sur Permis de Construire. Pourquoi n’avoir pas profité de la réédition pour ressortir les morceaux se trouvant sur la cassette ?

C’est prévu ! Tout ce qui concerne la partie Candidate sera compilé sur un deuxième vinyle…il faut patienter…les idées fusent, le temps et l’argent manque !

Votre premier album est sorti chez Dum Dum Records.  Comment s’est faite la rencontre avec Christian Vincent ?

Franchement, aucun souvenir…je ne sais plus du tout comment cela s’est fait. Naturellement sans doute…(sourire)…

Dans une itw récente tu as dit que le changement de politique en France a fait beaucoup de mal à la musique ? Peux-tu expliquer le contexte ?

Pas toute la musique mais celle underground et surtout chantée en anglais. En 1986/87 il y a eu pour la première fois une politique des quotas dans les médias réservé à la chanson en français. De par ce fait, les maisons de disque voulaient nous signer uniquement si je chantais en français. Elles voulaient un autre Rita Mitsouko !!! Pour moi, pas question.

Si Candidate naissait aujourd’hui, penses-tu que le groupe aurait une toute autre carrière ?

Difficile à répondre car l’intérêt de Candidate était d’explorer de nouveaux espaces. Aujourd’hui, jouer a deux avec des machines est devenu normal mais à l’époque quand on jouait sur scène, il nous est arrivé qu’on nous demande où se cachait le batteur !

Ceci dit, ma dernière formation à Berlin dans les années 90, « Miss Cee and Sir George » était basée sur le même principe du début de Candidate : moi à l’orgue et au chant, Sir George à la guitare et à l’ordinateur…sa copine ne nous a pas laissez continuer !!!

Phil Manzanera de Roxy Music a failli produire votre second album qui n’a jamais vu le jour. Peux-tu nous expliquer cette rencontre et les raisons qui ont empêché cette belle aventure ?

Un fabuleux personnage d’une grande gentillesse et d’une capacité d’écoute remarquable, dans un magnifique écrin qu’est son studio installé dans un cottage anglais aux alentours de Londres. J’ai senti qu’il respectait notre travail mais il voulait des partenaires en France pour la distribution et la promotion. Notre manager s’est cassé les dents sur les maisons de disque parisiennes qui à l’époque, ne savait même pas qui il était ! Ça m’a définitivement dégoûtée et je suis partie voir ailleurs…

En 1987, Nancy connaissait la fin d’une période assez prolixe en matière de musique. Peux-tu  nous rafraîchir la mémoire sur le contexte de l’époque pour un groupe comme le votre ?

La technologie dans le domaine musical était en pleine évolution avec du positif mais aussi avec beaucoup de ratés comme dans tout domaine pionnier. Créer un morceau electro sans ordinateur, imaginez !!! On a eu deux années difficiles mais on commençait a retomber sur nos pattes…si j’étais resté à Nancy, peut-être que l’histoire de Candidate aurait continué.

Ceci dit, il y avait à Nancy, d’autres groupes qui continuaient ou se créaient comme Gainst Nite, Double Nelson ou Wroomble Experience…

Dans une interview accordée à l’époque, vous dites que vous n’êtes pas très attachés à la ville de Nancy. Pourquoi ?

Vraiment, la ville de Nancy dans les années 80 était dans le creux de la vague. Il y a même eu deux années où nous n’avions plus de salle de concert, genre club, ni de bars sympas…on était obligé pour se retrouver, de squatter des cafés de jazz ou des vieux lounges d’hôtels décrépis ou les cafés de la place Stan ! Mais avec la bande d’amis que nous avions, nous sommes devenus par contraste hyper actifs. Donc finalement Nancy était très attachante surtout grâce aux âmes en peine qui voulaient faire de leur vie quelque chose qui tienne debout spécialement dans le domaine créatif.

Quelles étaient vos relations avec les groupes de l’époque comme Dick Tracy, Oto…

On mangeait, buvait, dormait, jouait, riait et s’engueulait ensemble ! Il fallait se tenir chaud !

On parle de Candidate comme la seconde vague de Nancy après celle initiée par Kas Product. Est-ce que cette comparaison avec l’autre duo nancéien vous a aidés à l’époque ?

C’était surtout les jaloux ou les ignares qui nous comparaient à Kas Product pour nous dénigrer ! (sourire). Nos rapports avec eux étaient plus que cordiaux. Je connaissais Mona d’avant les Kas quand je prenais mes cours de batterie a Lillebonne avec le batteur de son groupe de Jazz.

Il paraît d’ailleurs que nous étions dans le même Lycée à Bruxelles avant que nos familles déménagent simultanément à Nancy !

Qu’ont fait les membres de Candidate après la dissolution du groupe en 1991 ? Il me semble que tu es dans l’art maintenant ?

Yves Saintyves (Bidou) a créé Rythmic Republic en pleine effervescence Techno dans les années 90. Aujourd’hui il a réactivé depuis quelques mois avec Roseeta Perrier leur projet Techno-dynamite « Touch Us ». Ils vont jouer le 24 mai à la Buvette à Nancy. C’est sur eux qu’il faut focaliser maintenant car Candidate est mort, vive « Touch Us » !…la nostalgie n’a qu’un temps !!!

De mon côté, en déménageant à Berlin, j’ai eu pendant 5 ans un duo avec Peter Hollinger, batteur de l’avant-garde allemande. Juste voix et batterie sans machine. Puis mon combo « Miss Cee and Sir George »…et mon dernier enregistrement remonte à 2002 avec John King, compositeur New-yorkais. Ce fut une belle conclusion musicale en ce qui me concerne, la peinture prenant le dessus. Je peint, j’expose et je continue à utiliser ma voix pour des « voice overs » dans des documentaires.

Aujourd’hui, beaucoup de groupes se réclament de formation de votre génération et surtout de la même musique que Candidate ? Que penses-tu de la musique d’aujourd’hui ?

Franchement, je n’ai jamais pris conscience, au moment de la vie de Candidate que nous puissions laisser une marque, une influence. Je suis très étonnée par les gens qui me contactent aujourd’hui que cela soit de France, d’Espagne, de Grèce, des États-Unis ou du Brésil.

Ce qui se passe en musique aujourd’hui, c’est comme toujours : cela va de paire avec la technologie. On peut avoir aujourd’hui accès à tout facilement grâce à l’internet. A savoir si aujourd’hui, il y a vraiment quelque chose d’original qui sort ? Je ne sais pas mais je pense que l’originalité de notre époque est que si on veut, on peut tout écouter et tout mélanger…les nouveaux sons sortent des nouveaux outils mais à part ça, pour l’instant, je pense qu’on se tourne plus vers le passé…l’avenir fait-il peur ?

Damien

Candidate x Desire Records