Campanella :: Vivid

Hormis son patronyme et son origine géographique, l’artiste qui nous intéresse aujourd’hui n’entretient aucun rapport avec notre chère et tendre Misaki aka SUIYOBI NO CAMPANELLA. En revanche, il porte en lui cette volonté qu’ont ses compatriotes de mélanger les genres au sein d’un même style, d’en respecter scrupuleusement les codes tout en les détournant, pour le meilleur comme pour le pire, quitte à dérouter ou annihiler son potentiel public. Enfin, je dis ça, mais cette schizophrénie musicale ne dérange véritablement qu’en dehors du Japon. Le patchwork sonore, le puzzle esthétique, sont des notions complètement intégrées aux gènes de l’artiste.

Pur produit du nébuleux collectif Made Day Maider (encore un jeu de mots accidentellement improbable), membre actif de Slum RC et du duo Cosapanella, Campanella voit son premier album, Vivid (2014) enfin édité en vinyle, probablement suite au succès des ventes de Peasta (2016) dans le même format. L’œuvre est ici généreuse, à l’image du flow de son créateur. Le démiurge nippon pose sa voix faussement indolente sur des prods balayant un spectre large et fédérateur, des années 90 à nos jours. Comme ça, pas de stupide guéguerre entre les « c’était mieux avant » et les « j’ai 40 ans et je veux vivre avec mon temps ». Si Ramza se taille la part du lion avec quatre titres new school futuristes (dont l’excellent New Way New Game en ouverture), la crème de la crème du rap game tokyoïte n’est pas en reste. Bushmind et OMSB récitent leur petit DJ Krush illustré, JJJ décharge sa science de la bass music à la cool sur ‘I Make It’, shobbieconz fusionne Madlib et Washed Out sur ‘You No’, mais c’est bien ‘Illicit Tsuboi’ qui remporte la timbale avec sa proto disco funk complètement barrée (les cinq minutes éreintantes du bien nommé ‘Mothership Connection’, enjolivées par le très jolie timbre de l’inconnue au bataillon Maria). Côté featurings, le disque est fourni en poids pas moyens et bien lourds, de Febb (paix à ton âme) à Kid Fresino en passant par One Man Slang Band et son pote Yuksta III (de Slum RC).

Bref, si tu n’y connais que dalle en hip-hop de l’archipel et souhaite acquérir un premier disque pour comprendre comment ça fonctionne, Vivid est fait pour toi. De toute façon, si t’as les oreilles déjà éduquées, tu sais que tu ne peux faire l’impasse sur cet indispensable.

Florian