Bruce Lamont :: Broken Limbs Excite No Pity

© Anna Michal Paul

Écrite par un soleil caniculaire, cette chronique devrait ravir ceux qui recherchent l’obscurité, la nuit, ceux qui embrassent l’ombre plutôt que la lumière.

Bruce Lamont est un saxophoniste atypique, évoluant avec son groupe Yakuza et de par ses diverses collaborations avec, entre autres, Nachtmystium, Swans, Correction House, Wrekmeister Harmonies, ou encore Scott Kelly (Neurosis), sur une scène plutôt metal, voir inclassable, relativement sombre et avant-gardiste. Ses diverses pérégrinations musicales nourrissent Broken Limbs Excite No Pity, son nouvel album solo, captivant et inspiré.

Dès l’ouverture du disque, ‘Excite No Pity’ donne le ton en nous plongeant crescendo dans une brume électrique, tel une cérémonie ancestrale appelant à une transe mystique. 8-9-3, titre néo-folk, dans l’esprit d’un Death in June apocalyptique, est tout de suite plus anxiogène avec ses boucles qui semblent se répéter comme un mantra infernal, et le saxophone de Bruce Lamont, bourdonnant tel un essaim de guêpes. MacLean garde cette dimension néo-folk, plus classique même, moins pesant, avec une délicatesse presque lumineuse. ‘Goodbye Electric Sunday’ s’impose un peu comme le climax de l’album. Morceau lancinant porté par une voix caverneuse, un riff presque surf mais répété mécaniquement, entrecoupé d’arpèges froides, rappelant certains vieux classiques du black metal, et un saxophone jazzy conférant à l’ensemble une atmosphère lynchéenne. ‘Neither Spare Nor Dispose’ prend des allures d’incantation, d’invocation des éléments, qui nous porte à la façon des vikings de Wardruna. Sur ‘The Crystal Effect’ se dégage une impression de pluie diluvienne, où tout est gris, froid, à l’image de certaines ambiances créées par Hans Zimmer pour la bande son de Blade Runner 2049. L’album se termine sur une note plus folk avec ‘Moonlight And The Sea’, plus mélancolique, et toujours ce saxophone qui vient habiter la nuit, avec des airs de Bohren and Der Club of Gore qui rencontrerait les Swans. La production, signée Sanford Parker, que l’on connaît pour avoir déjà travaillé avec de nombreux groupes qui ne sont pas des références de la musique festive, j’ai nommé Yob, Pelican, Cough, Eyehategod et j’en passe, ainsi que l’essentiel des projets du dit Bruce Lamont, vient parfaitement sublimer cette bien belle offrande.

Broken Limbs Excite No Pity est des disques dont on parle peu mais qui mérite toute votre attention. Laissez-vous porter par l’orfèvre Bruce Lamont qui, avec son saxophone et beaucoup de subtilité, vous propose une expérience assez singulière qui saura vous donner goût à l’obscure.

Jocelyn H.