Bob Dylan :: Shadows of The Night

La sortie d’un album de Bob Dylan n’est plus accompagnée de son lot d’excitation depuis bien longtemps. On n’attend plus rien du Zim même si quelques sursauts de génies sont apparus dans les années 90 comme le tiercé gagnant God As I Been To You, World Gone Wrong et Time Out Of Mind.
Bob Dylan n’est plus que l’ombre de lui-même, mais on écoute chaque nouvel album par curiosité. Parfois surpris, souvent déçus. Chaque fois, on se dit qu’il nous y reprendra plus. Mais la tentation était trop forte encore une fois avec Shadows of The Night. Album présenté comme « Dylan chantant Sinatra », Shadows of The Night rappelle sur le papier, et non sans ironie, les reprises d’Hugues Aufray dans l’album « Aufray chante Dylan ».

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On ne va pas refaire un hiatus sur l’apport de Bob Dylan à la musique. Grâce à lui, la musique a été politisée, poétisée et radicalisée comme jamais et par personne. Il a ouvert la voie à beaucoup d’artistes. Pas mal pour celui, qui justement, n’avait pas de voix.
Bob Dylan n’a plus rien à prouver. Alors à quoi bon sortir un album de reprises de classiques de la musique Américaine ? Des classiques popularisés en leur temps par justement des belles voix comme celle de Frank « The Voice » Sinatra, Billie Holiday, Dean Martin et tant d’autres. Pourquoi se rabaisser à chanter les chansons des autres quand on a le talent d’écriture comme le sien ?
C’est bien simple. Bob Dylan est au crépuscule de sa carrière et de sa vie. C’est le moment où il se remémore son enfance. Cette jeunesse pendant laquelle il écoutait sur les postes de radios ces musiques qui le berçaient. Mais le problème dans tout cela, c’est que ces reprises ont un goût amer. Ces relectures des chansons de sa jeunesse font un peu penser à ces petits vieux qui vont à la messe pour se donner bonne conscience et s’assurer une entrée au Paradis juste avant le grand saut. Comme baroud d’honneur, on aurait préféré voir un Dylan revanchard, montrant à la face du monde, et aux petits prétentieux qui veulent prendre sa place, qu’il en a encore dans le gosier.
Qualitativement, on ne peut pas reprocher grand-chose. Ça joue bien. Tout est bien huilé. Tellement bien huilé que cela en devient dérangeant et ennuyant. On cherche la petite faille. L’erreur qui rendra Dylan plus humain. Même sa voix est propre. Bien placée.
Certains affirment que sa voix n’a jamais été aussi belle. Laissez-nous rire. La voix de Dylan n’a jamais été belle. Elle est juste identifiable entre mille et a participé à la légende. Bob Dylan tente juste de crooner comme ses idoles d’enfances. Cette « croonite aiguë » doit être une maladie qui s’attrape à la fin d’une carrière lorsque l’on n’a plus rien à dire. Rappelez-vous d’Iggy Pop reprenant les standards de la chanson française. C’était horrible à entendre. C’est la même chose ici. Dans notre délire rétro(réac)maniaque, on préférera toujours lorsqu’il chantait avec le nez et des glaires dans la gorge.
Shadows of The Night nous offre un bien triste Self-Portrait de Bob Dylan. Ce n’est parce que l’on fait The Voice que les fauteuils se retournent à chaque fois.

The times they are a-changin’.

Damien

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