Bill Callahan :: Shepherd in a Sheepskin Vest

© Hanly Banks Callahan

It feels good to be writing again
Clear water flows from my pen
And it sure feels good to be writing again
I’m stuck in the high rapids as night closes in’
Writing‘ – Shepherd in a Sheepskin Vest

Pris dans le flot incontrôlable de la création, Bill Callahan écrit à nouveau, après une interruption de six ans, sa vie prise dans le mouvement précipité, heureux et dramatique du mariage, de la naissance de son fils et du décès de sa mère.  Le trop longtemps attendu Shepherd in a Sheepskin Vest paraît sous la forme d’un double LP, unique dans la discographie solo du texan et de Smog.
Vingt chansons, certaines d’entre elles des sketches informels, d’autres illustrent la responsabilté accablante de la parentalité. A 53 ans, il s’approche d’un avenir peut-être moins propice à l’impulsivité.
Point de guitare électrique ici, Bill choisit de s’exprimer dans le plus simple appareil, à la guitare acoustique et contrebasse ‘Morning is my Grandmother‘, au xylophone bricoleur sur le sublissime ‘Released’, à l’arrangement de cordes qui change comme une marée montante sur ‘Young Icarus‘.
L’écoute reste un défi, il évite constamment la structure des compositions traditionnelles. Après la première chanson, la production est presque entièrement dépourvue de sens, capturant ces voix comme elles auraient pu l’être dans une pièce.
C’est sous les mouettes et un chien noir que le récit plonge dans un sillon sombre et émotionnel, que les guitares lui emboîtent le pas ‘Black Dog On The Beach‘ et que l’album débute son odyssée pastorale.  Estampillé génie lyrique, sa capacité à tirer le tapis sous des certitudes n’est pas altérée. Loin du père tranquille, il ressent ce besoin protecteur et ses tensions inhérentes, alterne humour et gravité dans une sinuosité qu’il maîtrise (presque) à la perfection ‘Son of the sea’ et ‘The Ballad of the Hulk‘.
‘What Comes After Certainty‘, chanson d’amour enivrante sonne ici comme un accord universel et annonce au loin, parmi la liste restreinte des collaborateurs du disque, son épouse, Hanly Banks qui harmonise sur une couverture du folklore traditionnel ‘Lonesome Valley’. Callahan décrit ce titre comme ‘le berger de l’album, et le reste des chansons est le troupeau’.
Funambule de l’humeur – souvenez-vous de ‘I used to be darker, then I got lighter, then I got dark again’ de Jim Cain – les textes sont d’une remarquable simplicité, plus directs, dans cette recherche permanente et infructueuse de l’équilibre, cocoonnés dans ce mysticisme qui lui offre un répit et réconfort.

Hervé