Bill Callahan « Dream River »

Bill Callahan Dream River chronique review drag city modulorA chaque nouvel album de Bill Callahan, la même question subsiste. Quand le songwriter américain connaîtra-t-il la consécration d’un Leonard Cohen, d’un Johnny Cash ou encore d’un Kris Kristofferson ? Faut-il qu’il rencontre le même destin des regrettés Vic Chesnutt, Sparklehorse ou Jason Molina ? De cette injustice, l’ex-Smog en a probablement cure et mène depuis les années 90 une carrière qui n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Pourtant, le natif du Maryland n’a pas hésité à appeler son dernier album Dream River.

La pochette d’Apocalypse (2011) offrait un détail d’une peinture avec en arrière-plan une montagne surmontée de deux pics en forme de cornes comme si elles représentaient les vieux démons rencontrés par Bill Callahan. Sur Dream River, une montagne est toujours présente sur la pochette mais on se situe au pied de celle-ci comme si l’Américain voulait dire qu’il se trouvait au pied d’un mur infranchissable et face à une vie sans  perspective. Bill Callahan c’est le granit des montagnes. De celles qui ont vécu l’Histoire avec un grand H et peuvent en raconter des centaines. Comme celui de cet homme dans The Sing qui n’a pu dire au barmaid d’un hôtel que les seuls mots « BièreMerci ». Comme d’habitude, l’heure n’est pas à la gaudriole avec Bill Callahan, et pourtant, de Dream River se dégage une profonde spiritualité et sensualité. Même une impression de légèreté planante s’affirme avec des titres comme Small Plane et Seagull, chantés par celui qui a intitulé un de ses albums I Wish We Were An Eagle. La voix habitée et sépulcrale accompagne un son toujours plus somptueux et mélodique dans la lignée d’Apocalypse  et rappelle parfois la liberté jazzy de Happy Sad de Tim Buckley ou encore la soul de Gill Scott-Heron sur Summer Painter. Tout ici semble maitrisé, à sa place. Il n’y a rien d’autre à faire que de se laisser transporter par le magnétisme mélancolique de Bill Callahan.

Un proverbe dit qu’ « Un roi sans justice est une rivière sans eau ».  Avec Dream River, Bill Callahan se rend justice lui-même et devient par la force des choses l’un des rois, en bonne place parmi ses pairs.