Bertrand Burgalat « La Nuit est Là »

Bertrand Burgalat "La Nuit est Là"

J’ai eu assez de chance pour connaitre mon arrière grand-mère, mes deux arrières-grands mères même. J’en ai des souvenirs assez confus. Comme souvent quand c’est confus dans notre mémoire, on attache des petits détails autour d’une entité. Ma première arrière-grand mère avait transformé sa maison en une annexe du refuge de la SPA locale. Dans ma tête je l’ai donc rangée avec l’odeur de pisse de chat et l’image d’une énorme cage en plexiglas avec un perroquet gris du Gabon dedans qui sifflait la Marseillaise. Mon autre Grand-mère, c’est le pâté en croûte qu’on mangeait chez elle le dimanche midi et la boîte de boudoir au sucre qu’elle me donnait quand nous partions.

Je dois confesser que je n’avais jamais écouté du Bertrand Burgalat avant ce disque. Mais par contre il était déjà dans ma mémoire. Je l’avais rangé avec l’image qu’on connait de lui, de dandy à grosse lunettes et à costards seventies. Un des avatars du monde moderne dans lequel nous vivons étant que, bien souvent, on voit un artiste avant de l’entendre. Je vois Burgalat depuis 15 ans, mais je ne l’avais jamais entendu. Mais Burgalat était quand même dans ma mémoire. A.S Dragon aussi. Enfin plutôt les seins de la chanteuse. Dans ma mémoire A.S Dragon c’était un groupe de rock vintage avec une chanteuse qui se déssape dès que le volume monte. Remarque que la seule fois que je les ai vus, jouant sur une remorque de camion posée sur un terrain de basket, elle ne s’était pas mis à poil. Malheureusement. Je me souviens également que l’ampli du guitariste avait pris feu au bout de 2 morceaux, confirmant de fait ce qu’on me dit depuis toujours sur les Amplis Vox AC-30, ils sont fragiles. Ce matin j’ai donc pu enfin mettre de la musique sur l’image de Burgalat qui est dans ma tête depuis 15 ans. A l’écoute du premier morceau j’ai eu un peu peur. Ca part piano solo, piano scolaire même. Pendant que le premier morceau s’écoulait j’ai jeté un oeil sur la fenêtre Itunes qui m’annonce 20 morceaux et 1h25 de musique. Là je me suis dit, ça va être long. Et ce le fut. Pas forcément pénible, mais long. L’album est un double live donc. Burgalat avec A.S Dragon en backing band, mais sans la chanteuse aux petits seins. Il y aussi quelques morceaux de Burgalat avec Aquaserge, que je ne connais pas non plus. Le premier morceau passé, ça s’enflamme un peu, le groupe entre en action, le groove monte. Tour à tour j’ai pensé à Henri Salvador ou à Katerine qui se prendrait au sérieux, le tout posé sur des glaçons des années 80 et un zest de Jacques Demy.

Tout est propre et lisse, ça joue bien, les textes sont beaux, la voix plaisante. En fait ce disque à toutes les composantes d’un repas du dimanche midi chez mon arrière grand-mère : très bon quoiqu’un peu trop gras, sans fautes de goût, mais beaucoup trop long.

Jean Elliot Senior

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