ATLAS, TAKEO MORIYAMA, V/A MIDNIGHT IN TOKYO 2

ATLAS Breeze LP (Studio Mule)

C’est en recevant l’Intaglio de Motohiko Hamase que je me suis rendu compte que j’étais passé à côté de cette autre merveille rééditée par Studio Mule. Originellement sortie de sa tanière en 1987, la bête avait en effet revu le jour en mars de cette année. Directement commandée, aussi directement reçue. Et bordel, je regrette pas. Ce disque représente tout ce que je détestais à l’âge de 20 ans mais que j’apprécie désormais à l’approche des 40. Phil Collins, Robert Palmer, le jazz fusion insouciant, les percussions improbables, les chants féminins doucereux, les couleurs pastels qui dégueulent… Certains morceaux sonnent comme des génériques de talkshows ricains des années 80 (After Brunch With You ferait littéralement péter un câble à mon Gregos), d’autres comme des chansons composées un jour de gueule de bois et refusées par Sade Adu. Dans son ensemble, cet Ovni d’un kitsch absolu est malgré tout capable de transformer une journée ayant mal commencé en un bonheur orgasmique sans précédent. Tu me vois marcher dans la rue, souriant de toutes mes dents en faisant le signe « je montre du doigt avec le pouce en l’air », esquissant un petit pas de danse nonchalant parce qu’on me sourit en retour, je suis un winner, la vie est cool ? Ben voilà, c’est tout à fait ça : City Pop mon amour !

TAKEO MORIYAMA East Plants 2LP (BBE)

Bon c’est bien, les Anglais de BBE se spécialisent dans la réédition deluxe de classiques du jazz japonais avec des batteurs de ouf guedin eud’dans. J’en veux encore. Toujours. Plus.
Le loulou du jour s’appelle Takeo Moriyama, a joué aux côtés d’Aki Takase, Akira Miyazawa ou bien encore Yosuke Yamashita, et surtout continue à faire parler de lui (son dernier projet en date, The Heavyweights, le voyait accompagné de Masahiko Satoh et Peter Brötzmann – ça va, tranquille).
East Plants est son deuxième album solo. Je ne connais ni le premier, ni le troisième. Mais si je dois me baser sur celui-ci, j’ai bien envie de craquer mon slip et les traquer sur la Toile. T’as l’impression que chaque titre surpasse le précédent en terme d’inspiration mélodique (des influences européennes de l’Est, un côté hard bop à la Wayne Shorter assez prononcé) et d’interprétation magistrale (malgré leur côté un peu jazz à papa speed, Banbu et Fields sont des modèles de sauvagerie rythmique proches du free). De cette écoute exigeante, tu en ressors complètement lessivé mais heureux comme un âne.

VARIOUS ARTISTS Midnight In Tokyo II 2 LP (Studio Mule)

Après une première compilation orgiaque et décalée, Studio Mule récidive. Certes, à les écouter, les nuits à Tokyo ne semblent pas de tout repos (on le savait déjà), mais elles se parent surtout ici d’un troublant vernis flirtant sans cesse avec le gentiment malsain. Rien n’a foncièrement changé entre les deux volumes. On danse toujours au ralenti. On continue à se prendre parfois les pieds dans le tapis. L’hédonisme n’est qu’apparence et il finit toujours par se noyer dans une mélancolie indélébilement envahissante. Franchement, faire péter l’Hikobae de Genji Sawai (morceau que tu ne sais même pas à quelle vitesse écouter) en ouverture de marche fait clairement figure de note d’intention : prend garde à la gueule de bois au bout de la nuit.
Bon, ceci dit, tout n’est pas complètement vert de gris non plus, surtout si tu prends en compte la présence de morceaux foutrement énergisants (On The Coast par Shigeru Suzuki, In The Hot City du Air Suspension Club Band) ou d’anomalies psychédéliques étonnantes (Om et son Windmill jazz-folk-World) parmi ces vagues mid-tempo au ralenti. Prends Mystery Of Asian Port par les fantasques Parachute, par exemple. De part sa couleur surannée et électrique, proche d’un morceau des Charlots version orientale, il n’aurait pas dépareillé dans un épisode du Mr. Boo de Michael Hui.
Studio Mule réussit donc une balance assez inédite (pour le moment ; on verra ce que dira le volume 3) et tire indéniablement son épingle du jeu impitoyable des compilations de musique japonaise faite pour danser.