Artic Monkeys « AM »

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Dès le premier titre de ce cinquième album, il est évident qu’Alex Turner, leader inspiré du quartet originaire de Sheffield, a voulu mettre la barre très haut.
« Do i wanna know », titre dévoilé au début de l’été, dont le riff de guitare entêtant se glisse insidieusement dans nos cerveaux reptiliens, est d’ores et déjà un classique. Son beat groovy ainsi que les mélodies soul du refrain amplifient la dimension nocturne et alcoolisée du texte désabusé de Turner.
 

Le décapant «  R U Mine ? » et sa rythmique syncopée ne font que rajouter une pierre à cet édifice électrique peuplé de voix de faussets rappelant le meilleur de T. Rex.
D’ailleurs, le fantôme de Marc Bolan plane au-dessus de ce « I want it all » glam-rock  jusqu’à la moelle.

Le plus surprenant à la première écoute, est la dimension groove présente sur la majorité des titres. La diction de Turner flirte souvent avec le hip-hop et certains titres donnent l’impression que l’ex kid de Minneapolis et Tony Iommi auraient pu batifoler ensemble et mettre au monde ce groupe mutin ( Arabella ).

Même sur les ambiances plus apaisées, l’inspiration reste intacte, et « Mad Sounds » que l’on croirait composé pour la bande son du film Velvet Goldmine nous donne envie de contempler un ciel rempli de satellites d’amour.
Récemment, Turner confiait à Etienne Daho pour Les Inrockuptibles que, sur ce titre, il voulait obtenir une espèce de crasse à la Transformer de Lou Reed et qu’après chaque écoute de celui-ci il avait l’impression qu’il fallait qu’il prenne une douche après. Cette anecdote prend tout son sens à l’écoute de ce titre revival-glam particulièrement réussi.
Que ce soit sur le poppy/groovy « Fireside » accompagné du classieux Billy Rider-Jones ou sur le R’n’B « Knee Sock » sur lequel Josh Homme pose sa voix,  le disque offre un éclectisme musical impressionnant ainsi qu’une étonnante maturité capturée par James Ford présent à la production depuis le premier album du combo.Le groupe depuis Humbug  affine son style et trouve progressivement  sa propre voie en prenant de multiples risques.« Why’d you only call me you’re high ? » hybride hip hop/pop fonctionne à merveille et prend toute sa dimension dans son clip halluciné.  

« Now it’s three in the morning, And I’m trying to change your mind, Left you multiple missed calls And to my message you reply. Why’d you only call me when you’re high? ».

II semblerait que Turner aime les relations compliquées  et qu’il en ait fait le thème principal de cet album.

« Let me be your teddy bear Take me with you anywhere I don’t care I wanna be yours »

sont les mots du poète punk John Cooper Clarke sur le titre « I wanna be yours » qui clôt magnifiquement l’album de ce groupe en pleine mutation.

Il y a fort à parier que Turner puisse être dans les prochaines années l’un des plus grands songwriters britanniques à l’instar d’un Damon Albarn aux multiples projets. En attendant le deuxième album de son projet The Last Shadow Puppet où il est accompagné du non moins talentueux Miles Kane, ce AM sera cet automne, sans aucun doute, un disque de chevet très confortable.

Cyrille Bicat

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