Antrru :: Мрамори

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Voilà bien longtemps que je n’étais pas allée chiner vers l’est, à repérer quelques trésors enfuis au-delà de frontières vers lesquelles on oublie encore trop de tourner le regard et de tendre l’oreille. Dernière sortie remarquée du label biélorusse Ezhevika (dont la page bandcamp permet de jolies découvertes), le nouvel album de Antrru, jeune producteur de Saint-Pétersbourg, porte le nom étrange de Мрамори bien difficile à traduire, puisqu’il mêle deux mots signifiant marbre et mer en russe… Langue dans laquelle Anton Kiltsov a choisi d’écrire entièrement ses paroles, un pari inédit fort bien relevé puisqu’il offre une originalité supplémentaire, un délicieux exotisme qui se fond tout naturellement dans ses compositions aux allures de ballade océane. Evoquant le bruit des vagues et les longues heures à contempler l’horizon, Мрамори se révèle une plongée rafraîchissante au coeur d’un univers peuplé de guitares minimalistes, de synthés analogiques et de rythmiques épurées. Seul maître à bord, Antrru utilise sa voix et ses mots comme un instrument, distille des moments de douce mélancolie doublés d’envolées synthétiques, à emmener certains titres vers les fonds marins et en laisser d’autres voguer au gré des embruns : on se laisse emporter par Забывать Все et Нуар, convaincre par Прощай, happer par les souvenirs de Если я et séduire par la simplicité de Тишиной (AMVI rework). Entre berceuses pop et brise électronique, Antrru nous invite avec Мрамори à savourer toute la quiétude d’un été au bord de l’eau ou à s’embarquer vers le large sans se retourner.

Carine